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Les agriculteurs dénoncent l'accord de libre-échange avec l'UE

17/10/2013 04:24 EDT | Actualisé 16/12/2013 05:12 EST

S'il va de l'avant, l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (UE) marquera le début d'une concurrence qui sera très inégale pour beaucoup de producteurs agricoles québécois.

C'est ce que craignent notamment l'Union des producteurs agricoles (UPA) et la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ), qui ont joint leur voix, jeudi, pour dénoncer la conclusion prochaine de cette entente.

Le Canada a notamment consenti que soit doublé le quota sur les fromages de l'UE exportés vers le Canada en échange d'un accès accru au marché européen pour les producteurs canadiens de boeuf et de porc.

Selon l'UPA, l'importation de fromages européens au Canada passerait entre autres de 14 000 à 32 000 tonnes par année. L'ensemble des importations de fromages sur le marché canadien passerait de 20 000 à 38 000 tonnes si l'accord est conclu.

La fédération qui représente les agriculteurs de la province croit que le gouvernement Harper ne joue pas son rôle en ouvrant la porte à l'arrivée massive des fromages européens sur le marché canadien.

« Les fromageries qui planifiaient des investissements vont les reconsidérer, affirme le président de l'UPA, Marcel Groleau. Elles vont être prudentes pour voir les impacts de l'accord. » 

Marcel Groleau s'alarme également de constater que l'Europe appuie ses producteurs laitiers à l'aide de subventions, qui représentent, selon lui, plus de 60 % du revenu de ces producteurs.

« On a seulement adressé [sic] la question du marché sans aborder celle du soutien financier », déplore M. Groleau. « Les producteurs de lait européens ont des aides directes qui leur permettent de vendre leur lait à un meilleur prix aux fromagers européens, ce qui leur donne un avantage par rapport à leurs concurrents canadiens », ajoute-t-il.

La FPLQ, qui doit rencontrer vendredi le ministre québécois de l'Agriculture, François Gendron, exhorte le gouvernement Marois à tout mettre en oeuvre pour bloquer l'arrivée massive de fromages européens sur le marché canadien.

Le porte-parole de la Fédération, François Dumontier, croit que l'aide accordée par l'UE à ses agriculteurs est tellement élevée qu'il sera difficile de l'instaurer au Canada.

« C'est difficile de penser qu'on puisse l'être [à armes égales], déplore-t-il. Est-ce qu'on nous coupe les jambes pour nous offrir une béquille? Il va être difficile de concurrencer des producteurs laitiers subventionnés à 65 % de leur revenu. »

Selon la FPLQ, le Québec est le grand perdant de la concession faite par le gouvernement Harper en ce qui a trait au fromage, puisque la province produit plus de la moitié des fromages canadiens et plus de 60 % des fromages fins et artisanaux.

Même difficile pour le boeuf et le porc

S'il reconnaît qu'à long terme, les producteurs de boeuf et de porc pourraient profiter de l'accord de libre-échange, le président de l'UPA y voit quand même un problème.

« Ici, en raison de la gestion de l'offre, lorsqu'il y a des importations supplémentaires, on ajuste la production canadienne et nous en tenons compte sur notre marché, dit M. Groleau. On fait une place aux exportateurs. »

Il souligne que les exportateurs canadiens n'auront pas ce privilège en Europe. « Ils vont devoir se tailler une place sur le marché européen en tassant des concurrents, observe M. Groleau. Ça sera plus difficile pour nos producteurs de viande d'accéder à l'Europe que pour les fromagers européens d'accéder à notre marché. »

Le président de l'Union paysanne, Benoît Girouard, a quant à lui affirmé que cet accord de libre-échange ne favorisera que les grandes entreprises canadiennes, qui seront les seules, d'après lui, à être en mesure de dénicher des marchés en Europe.

La Presse Canadienne

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