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Terre-Neuve: des histoires de fantômes dans le vieux Saint-Jean

16/10/2013 04:03 EDT | Actualisé 16/12/2013 05:12 EST
PC

SAINT-JEAN, T.-N.-L. - L'acteur terre-neuvien Steve O'Connell venait tout juste de terminer l'une de ces visites à pied du vieux Saint-Jean dont il est le guide lorsqu'il s'est arrêté pour contempler la nuit tomber sur l'une des ruelles les plus effrayantes de la ville.

«Les gens me demandent constamment si j'ai déjà vu un fantôme», raconte-t-il d'un ton calme, se rappelant une récente rencontre avec une touriste qui avait pris une photo pendant la visite.

«Elle m'a demandé: 'Pouvez-vous voir quelque chose derrière vous, là, où vous avez raconté cette histoire à propos de la montée Willicott?'. Et je lui ai dit: Oui. On dirait qu'il y a un visage dans la fenêtre, et il porte des lunettes et une barbe.»

«Elle m'a dit: 'C'est mon père. Il est mort il y a six semaines'.»

Bienvenue dans la ville hantée de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador. Elle compte quelque 500 ans d'Histoire qui nourrissent les légendes dont la ville regorge, de son statut de ville portuaire achalandée à celui de capitale incendiée à maintes reprises, dont un terrible brasier qui a rasé la quasi-totalité du centre-ville en 1892.

Les résidants de Saint-Jean discutent — comme s'ils parlaient du temps qu'il fait — de maisons hantées, d'épisodes surnaturels et de manifestations d'esprits bienveillants ou vilains.

«Ils en parlent constamment», confirme M. O'Connell.

L'une de ses amies s'est récemment interrogée sur la possible présence d'esprits dans sa maison de la rue Gower, dans le quartier historique. «Et je lui ai dit que non. Mais c'est évident qu'elle l'est ! Tout Saint-Jean est hanté!», a-t-il soutenu.

Dale Jarvis, conteur et folkloriste à la Fondation du patrimoine de Terre-Neuve-et-Labrador, guide quant à lui des groupes de touristes dans les rues venteuses et les allées sombres de Saint-Jean depuis 1997.

L'une de ses légendes favorites est celle du capitaine sans tête de la rue Queen. L'histoire remonte à plusieurs centaines d'années et rappelle un capitaine qui effectuait souvent le voyage entre l'Angleterre et Terre-Neuve, et y fréquentait une femme chaque fois que son navire jetait l'ancre à Saint-Jean. Une nuit, après avoir quitté la maison de cette femme, il fut pris en embuscade par l'amant jaloux de sa maîtresse, qui le décapita avec une épée.

Le fantôme se promènerait toujours près de l'endroit où il est mort, à la recherche de son meurtrier impuni, raconte M. Jarvis.

La rue Victoria, au coeur du centre-ville de Saint-Jean, détient le record du plus grand nombre de manifestations signalées, a-t-il poursuivi. L'une d'entre elles, qui donne particulièrement froid dans le dos, concerne deux femmes fantômes. «L'une des femmes est vue en train de tirer l'autre par les cheveux à travers la maison», soutient M. Jarvis.

D'autres récits sont un peu moins terrifiants.

«Il y a un conte assez populaire à Twillingate (sur la côte nord du «rocher») qui relate comment un gardien de phare a eu la vie sauve grâce à un esprit invisible alors qu'il tombait du phare. Il serait mort s'il ne s'était pas fait rattraper en pleine chute.»

M. Jarvis lui-même habite dans une maison du quartier de Georgestown qui serait hantée par un esprit bienveillant.

«Lorsque des objets disparaissent (...) nous demandons à la dame qui habite notre maison de les ramener et ils réapparaissent parfois dans d'étranges endroits.»

M. Jarvis entend fréquemment parler de gens qui ont reçu des signes d'un proche qui vient tout juste de mourir. «J'entends cela sans arrêt et ce sont des gens, vous savez, qui sont sains d'esprit et rationnels», a-t-il affirmé.

«Ce genre de récits n'est pas une chose étrange à Terre-Neuve-et-Labrador. Les gens adorent entendre parler de fantômes. C'est l'une des formes de contes qui est encore bien présente dans le monde moderne.»