Scarification: les cicatrices plutôt que le tatouage ou le perçage

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TORONTO - Quand Holly Mosienko a décidé de dissimuler la cicatrice disgracieuse sur sa jambe, elle a opté pour une solution plus inusitée que la chirurgie esthétique: la scarification.

Sa cicatrice est donc devenue, sous les mains de l'artiste Blair McLean, un dragon.

La scarification est une forme extrême et permanente de modification corporelle offerte dans plusieurs salons de tatouage et de perçage au travers le Canada. Ce procédé, par lequel la peau est brûlée, coupée, grattée ou étirée, gagne en popularité.

Selon Mme Mosienko, qui, à 51 ans, gère un salon de perçage à Peterborough en Ontario, cette forme d'art corporel n'est pas tellement différente du tatouage et du perçage.

Elle a choisi la scarification pour des raisons pratiques, dit-elle. Notamment, elle savait que tatouer par-dessus la peau fragile de la cicatrice, causée par une chirurgie, serait trop douloureux.

Du croquis au design de sa peau, le procédé a pris une heure.

Blair McLean, l'artiste du New Tribe Tattoos and Piercings à Toronto, confirme que la scarification est souvent moins douloureuse que le tatouage. En fait, toutes les formes de scarification se font sur le même niveau cutané que le tatouage: sur le derme, bien au-dessus des tissus adipeux et musculaires.

Quelques pays interdisent cette pratique, dont le Royaume-Uni et plusieurs états américains. Récemment, l'Arkansas l'a bannie, mais une forte opposition populaire a fait renverser la décision. Le Manitoba l'a interdite en 2008.

Un porte-parole du ministère ontarien de la santé note que cette pratique présente d'importants risques pour la santé. «Certaines modifications corporelles brisent de la peau intacte ou des muqueuses en la coupant, en la perçant et en la brûlant. Il y a donc une augmentation du risque de cicatrice, d'hémorragie et de traumatisme psychologique, ainsi que d'exposition et d'infection aux pathogènes transmissibles par le sang, comme l'hépatite B, C et le VIH», expose David Jensen.

M. McLean, qui pratique la scarification depuis des décennies au Canada et ailleurs dans le monde (Tokyo, Londres, New York), affirme que l'interdiction pose encore plus de risque pour la santé publique.

«Cela oblige les gens à pratiquer de manière clandestine sur leurs amis. C'est ça qui augmente le risque d'infections et de problèmes», objecte-t-il.

Bien que la scarification tire ses origines de cultures tribales ancestrales, le mouvement de la modification corporelle dans les années 1980 a aussi ramené cette pratique, notamment au sein des fraternités, où les membres s'inscrivaient les initiales de leur maison sur le corps, en guise de symbole de fraternité éternelle.

Contrairement à cette tradition, la scarification est aujourd'hui devenue surtout esthétique, soutient M. McLean.

«Par le passé, les membres de fraternité ne se souciaient pas de l'apparence de leur cicatrice, c'était pour le symbole. Aujourd'hui, les raisons sont plus futiles.»

Pour les clients qui le font «pour les bonnes raisons», toutefois, c'est plus qu'une considération esthétique, précise l'artiste. «Certaines personnes ne veulent pas d'encre ou de pigments étrangers dans leur corps, comme c'est le cas avec les tatouages. Avec la scarification, le dessin vient uniquement de notre corps.»

D'autres recherchent une expérience intense, euphorique, ce qui rend le processus encore plus important.

«Au final, il ne s'agit pas que de ma paye, affirme-t-il. Je veux que ça signifie quelque chose, que ce soit spécial.»

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