EXCLUSIF - "You don't buy. I don't sell. Pas de demande, pas d'offre". C'est à travers une nouvelle campagne choc en France que le groupe féministe des Femen a décidé de prendre position contre la prostitution et pour la criminalisation des consommateurs. Un engagement qui intervient alors qu'une proposition de loi, qui doit être déposée au Parlement par le groupe socialiste, envisage pour la première fois d'infliger une contravention aux clients de prostituées.

Cette campagne de photos, prises dans Paris par le photographe Dmitry Kostyukov, vise à interpeller, une nouvelle fois, l'opinion sur le sort réservé aux femmes. "La position de FEMEN est ferme: la prostitution est un trafic d'êtres humains, c'est l'exploitation d'un sexe par l'autre au moyen de la force ou du mensonge; la société doit l’interdire strictement", prône la porte-parole du mouvement "sextrêmiste", Inna Schevchenko. [Suite de l'article après notre diaporama]


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  • "Dès le commencement des activités FEMEN en 2008, ses militantes se sont battues contre la prostitution, contre cette machine à broyer qui avaient déjà avalé beaucoup de leurs amies et qui aurait pu les avaler elles aussi."

  • "Pendant sa campagne "Ukraine is not a brothel" FEMEN s'est érigé contre ce système destructeur, dans la rue d'abord, puis en politique, en soumettant un projet de loi au gouvernement pour la criminalisation du client".

  • "La position de FEMEN est ferme: la prostitution est un trafic d'êtres humains, c'est l'exploitation d'un sexe par l'autre au moyen de la force ou du mensonge; la société doit l’interdire strictement."

  • "La légalisation de la prostitution est pour le système patriarcal une victoire définitive dans la guerre des genres, la légitimisation d'une société où les hommes attablés appellent en bavant les serveuses sexuelles pour passer leur commande."

  • "Dans l’acte de prostitution se rejoignent deux formes de pouvoir social, le sexe et l’argent, en une interaction. Sous deux formes (sexuelle et économique) les hommes détiennent un pouvoir substantiel et systématique sur les femmes. Dans la prostitution ces disparités de pouvoir se rejoignent en un acte qui réaffirme le statut social et économique dominant de l’homme sur la femme."

  • "L’Europe doit se défaire de sa vision romantique de la prostitution choisie. Ces situations existent certes, mais dans un infime pourcentage, et ne doivent pas servir d’excuse (facile et lâche) pour ignorer la souffrance de millions d'autres."

  • "Ce sera faire preuve d'honnêteté que d'admettre que la prostitution n'est pas, la plupart du temps, exercée par des européennes. A Paris par exemple, les prostituées sont asiatiques à Belleville, ouest africaines à Barbes, slaves à Pigalle. La prostitution parisienne est exercée par des femmes pour assurer leur survie économique. Appelez ça un “choix” si vous le souhaitez, mais admettez qu'elles n'en ont pas tellement d'autres."

  • "FEMEN refuse la prostitution. L’achat des femmes par les hommes doit être interdit et punit. Nous refusons la légalisation de la domination masculine. Accepter légalement l'existence de la prostitution c'est plonger plus profond dans les abysses du patriarcat, et perdre une opportunité cruciale de le combattre. Accepter légalement la prostitution c'est nourrir l'idée une société archaïque dans laquelle les femmes ne sont pas égales aux hommes."


Jusqu'à 1500 euros d'amende, mais pas de prison

Pour l'heure, les clients des prostituées ne sont pas inquiétés par la police ou la justice en France. La proposition de loi élaborée par les députées socialiste Catherine Coutelle et Maud Olivier prône l'abrogation du délit de racolage public (alors que le Sénat a déjà abrogé celui de racolage passif), préconise des mesures de réinsertion à destination des prostituées et imposerait pour la première fois la verbalisation des clients interpellés par les forces de l'ordre.

S'inspirant en grande partie du rapport de Maud Olivier, présenté à la mi-septembre, la proposition de loi ne reprendra cependant pas l'idée de sanctionner les clients ayant recours à la prostitution par une peine d'emprisonnement, en cas de récidive.

"La proposition de loi a pour objet de réduire la demande de services sexuels en sanctionnant les clients par une contravention de 5e classe (avec une amende de 1 500 euros (2 100 $CAN) maximum)", précise le groupe socialiste. La contravention pourrait être doublée en cas de récidive, précise-t-on dans l'entourage des députés.


Une question "légitime" pour Najat Vallaud-Belkacem

L'idée a reçu le soutien de la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. "Il est un dernier acteur de l'ensemble prostitutionnel auquel on ne s'est pas intéressé pour le moment, c'est le client. Et moi j'estime que la question de la responsabilisation du client est tout à fait légitime", a-t-elle déclaré, tout en écartant l'option d'une peine d'emprisonnement.

"Ce texte, qui est profondément abolitionniste, vise à tarir la demande. Il n'y a de prostitution que parce qu'il y a des clients, et les clients sont responsables aussi de la situation des personnes prostituées", a précisé la porte-parole du PS Laurence Rossignol.

Un choix que soutiennent activement aujourd'hui les Femen à l'échelle de l'Union européenne. "L’Europe doit se défaire de sa vision romantique de la prostitution choisie. Ces situations existent certes, mais dans un infime pourcentage, et ne doivent pas servir d’excuse (facile et lâche) pour ignorer la souffrance de millions d'autres", plaide encore Inna Schevchenko.

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