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« Le voile n'est pas une obligation religieuse »

04/10/2013 09:01 EDT | Actualisé 04/12/2013 05:12 EST

S'appuyant sur l'expérience de la loi française interdisant le port du voile à l'école, au début des années 2000, le cheikh Khaled Bentounes, guide spirituel de la voie soufie Alawiya, recommande au gouvernement de Pauline Marois, dont le projet de Charte des valeurs québécoises interdirait les signes religieux visibles dans la fonction publique et le milieu de l'éducation, d'explorer une autre voie. Car « on risque de faire d'une question banale, un grand problème », dit-il.

Un texte de Kamel Bouzeboudjen

Pour le cheikh Khaled Bentounes, les gouvernements occidentaux ont l'impression que la présence du voile remet en cause la question de l'égalité des hommes et des femmes dans leur propre territoire.

D'un autre côté, « les musulmans se braquent dès qu'il s'agit des femmes, car pour eux, la femme est le dernier rempart de leur identité ».

« Il faut donc que les uns et les autres reviennent à la réalité. Et la réalité, ce n'est pas l'habit, c'est le comportement », tranche-t-il.

Selon lui, il s'agit de trouver des valeurs communes qui rassemblent tous les citoyens. « Est-ce que les valeurs de solidarité, de justice, d'humanisme rassemblent juifs, musulmans chrétiens et athées? »

Pour lui, il s'agit de construire « une société de citoyens et non d'identités ». « Dès qu'on commence à se référer à une identité, on se ferme à l'autre quel qu'il soit. Cela concerne tout le monde, y compris les musulmans », dit-il.

Le cheikh Bentounes défend le concept de diversité de religions, de cultures, de visions, qui est « une richesse pour le Québec à condition que la citoyenneté soit respectée par tous et que les minorités ne soient pas mises à l'index ». « Si les minorités sont marginalisées, on risque de se diriger vers des problèmes plus graves, il risque d'y avoir des conséquences pour les générations à venir », avertit-il.

« Le voile dit islamique n'est qu'un accoutrement culturel »

C'est la piste culturelle que prend cheikh Khaled Bentounes pour évoquer la question du voile et de la place de la femme en islam.

Pour lui, « les musulmans confondent en général le cultuel et le culturel par une inversion des préceptes ». Il affirme que le voile était un fait culturel dans tout le Moyen-Orient et dans le pourtour méditerranéen.

Le verset coranique, selon lui, qui évoque le voile s'explique par un contexte historique, qui ne fait en aucun cas du voile une obligation religieuse, mais seulement une recommandation, faite après l'agression d'une femme.

Cheikh Bentounes ajoute qu'Omar, le deuxième khalife du prophète, a interdit le port du voile aux célibataires. Ce qui confirme, pour lui, qu'il s'agit seulement d'une recommandation. « L'habit n'a jamais été lié à la foi », affirme-t-il.

Mais il explique qu'au fil du temps, le voile est devenu un emblème politique. « Certains courants de l'islam, ou mouvements, ont dicté cette codification », dénonce-t-il.

La question de l'égalité entre les hommes et les femmes en Islam ne fait pas de doute pour cheikh Khaled Bentounes. Il affirme que le verset 71 du chapitre 9 du Coran, « où il est dit que les croyants et les croyantes sont les alliés des uns et des autres », tranche la question clairement.

Plus encore, le cheikh explique que ce verset met les deux sexes au même niveau d'autorité puisqu'ils sont appelés à « commander le bien et interdire le mal ».

Pour le mettre en pratique, le prophète avait confié la police des marchés à une femme, selon ce qu'explique le cheikh Bentounes. Cette illustration prouve que la femme en Islam peut exercer des fonctions d'autorité, dit-il.

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