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Plus de 130 morts et 200 disparus dans un naufrage au large de l'Italie

03/10/2013 05:30 EDT | Actualisé 03/12/2013 05:12 EST

Un bateau transportant environ 500 immigrants originaires de l'Afrique à destination de l'Italie a fait naufrage jeudi près de la petite île de Lampedusa, en Sicile, faisant au moins 130 morts et 200 disparus. 

Selon les sauveteurs de la garde côtière et de la police douanière cités par les médias, plus de 150 passagers ont été récupérés vivants jusqu'à maintenant. Les autorités craignent un bilan d'environ 300 morts.

Dans la matinée, la mairesse de l'île, Giusi Nicolini, a précisé sur les ondes d'une chaîne d'informations que plusieurs « enfants en bas âge » et des femmes figuraient parmi les victimes.

Selon son récit, les passagers du navire auraient allumé des feux de détresse pour signaler leur présence à des navires marchands avant de prendre feu et de sombrer dans la Méditerranée. « Ils sont dans l'eau depuis l'aube ce matin », a-t-elle expliqué.

« On n'a plus de place, ni pour les vivants ni pour les morts, a déclaré, effondrée, la mairesse de Lampedusa. C'est une horreur, une horreur; ils n'arrêtent pas d'apporter des corps. »

L'accident s'est produit à 0,3 mille nautique (550 mètres) de la côte. Selon les enquêteurs, le bateau serait parti de Libye, mais d'après le responsable de l'assistance sanitaire à Lampedusa, Antonio Candela, les victimes seraient pour la plupart Somaliennes et Érythréennes,

Le skipper du bateau a été arrêté, a confirmé à l'AFP le vice-premier ministre Angelino Alfano. Il s'agit d'un Tunisien de 35 ans qui avait été expulsé d'Italie en avril.

Les recherches autour de l'épave, à 40 mètres de profondeur, ont été interrompues jeudi soir et reprendront vendredi vers 4 h 30, heure locale.

Le responsable de l'assistance sanitaire, Antonio Candela, a souligné qu'un autre navire contenant 463 immigrants provenant de la Syrie a débarqué à Lampedusa dans la nuit de mercredi à jeudi.

Rome a décrété vendredi un deuil national. Une minute de silence sera effectuée dans toutes les écoles ainsi qu'avant tous les matchs de football du championnat.

Le pape François s'était rendu à Lampedusa, cet été,en signe de solidarité avec les dizaines de milliers de migrants qui y arrivent chaque année au terme d'un voyage périlleux.

De son côté, le Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, s'est exprimé par voie de communiqué. En choc, il s'est dit consterné par le phénomène en hausse et recommande une action rapide pour sauver le plus de vie possible.

L'UE et la gestion des migrants

Plusieurs pays européens comme l'Italie, la Grèce, Malte et Chypre sont particulièrement touchés par cette immigration illégale. Ils déplorent le manque de solidarité des partenaires de l'UE. La règle en vigueur au sein de l'ensemble européen attribue la responsabilité du traitement de la demande du migrant et de son hébergement au premier pays dans lequel il pose le pied.

Depuis le début de l'année, plus de 22 000 clandestins ont débarqué sur les côtes du sud du pays, soit près de trois fois plus que sur l'ensemble de 2012.

La tragédie de Lampedusa illustre le problème de l'affluence de migrants sur les côtes européennes et le manque de coordination entre les États de l'Union européenne (UE) en cette matière. L'Office des migrations internationales estime que 25000 réfugiés ont péri en mer Méditerranée au cours des 20 dernières années.

Les États du sud, plus sollicités que leurs voisins nordiques, déplorent cette réalité qui n'a pas évolué depuis sa mise en place en 2003.

La maire de Lampedusa accuse l'Europe de « détourner le regard (..) face à l'énième massacre d'innocents qui a lieu devant (son) île. » Elle a rappelé dans un télégramme amer envoyé au premier ministre Enrico Letta que Lampedusa est depuis des années la destination des immigrés clandestins.

L'UE a toutefois mis sur pied un programme - Eurosur - destiné à améliorer la coordination entre les États pour prévenir des drames comme celui de Lampedusa. Le programme, qui entrera en vigueur le 2 décembre prochain, prévoit une surveillance accrue des bateaux de migrants, une lutte contre les réseaux criminels de passeurs et une assistance aux réfugiés en détresse.

Le programme Eurosur consistera en un échange d'informations et de renseignements dont les coûts sont évalués à 244 millions d'euros pour la période de 2014-2020. Le Parlement européen doit avaliser le texte du projet la semaine projet.

« Mais rien n'est prévu pour renforcer les patrouilles dans des zones maritimes dangereuses », affirme l'élue écologiste allemande Ska Keller, qui espère une amélioration du texte. La Commission européenne a toutefois demandé au Parlement de mettre en oeuvre Eurosur « aussi vite que possible ».

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