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Un Montréalais figure parmi les manifestants de Greenpeace accusés de piraterie (VIDÉO)

03/10/2013 10:15 EDT | Actualisé 03/12/2013 05:12 EST

MONTRÉAL - Les deux activistes canadiens de Greenpeace appréhendés en Russie — dont le Montréalais Alexandre Paul — ont été formellement accusés de piraterie pour leur implication dans une action menée près d'une plateforme pétrolière dans l'Arctique.

Le militant québécois et son compatriote Paul Ruzycki, de Port Colborne, en Ontario, ont été inculpés jeudi par un tribunal de Mourmansk, dans l'extrême nord-ouest de la Russie, a confirmé Diego Creimer, porte-parole de Greenpeace.

«On ne pensait pas que des accusations seraient portées. Je trouve ça un peu farfelu», a laissé tomber à l'autre bout du fil Nicole Paul, la mère du Montréalais âgé de 35 ans.

«Ça n'a aucun sens. Ils manifestaient de façon pacifique. On s'entend que la piraterie, ça implique des armes, la prise de contrôle d'une autre embarcation. Greenpeace n'a rien fait de tel», a-t-elle fait valoir.

Nicole Paul est consternée de constater la façon dont son fils unique et ses camarades ont été traités par les autorités russes.

Au cours des sept dernières années, a-t-elle exposé, Alexandre Paul a multiplié les voyages en bateau aux quatre coins de la planète afin de défendre la cause qui lui est chère — il a bien passé une nuit sous les verrous en Écosse, mais il a été relâché sans qu'aucune accusation ne soit portée contre lui.

«Jamais ça ne s'est passé de la façon dont ça se passe présentement. Ils sont traités comme des terroristes. (...) C'est pas facile à vivre», a-t-elle soufflé.

Tous les membres de l'équipage — 28 militants, un vidéaste et un photographe — ont subi le même sort que les deux Canadiens.

Le ministre québécois des Relations internationales, Jean-François Lisée, a personnellement décroché le téléphone lundi soir pour assurer Mme Paul que le dossier de son fils serait pris en charge et qu'il ne tomberait pas dans l'oubli, a indiqué la principale intéressée.

Les services consulaires canadiens sont également intervenus, notamment en facilitant le transfert d'un montant d'argent à Alexandre Paul afin de lui permettre de se procurer des vêtements et des cigarettes.

Dans un courriel transmis jeudi à La Presse Canadienne, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, John Babcock, a fait valoir qu'Ottawa était «au courant de la situation impliquant les deux Canadiens» et que «des services consulaires leur étaient offerts (...) tel que prévu».

«Pour des raisons de confidentialité, nous ne pouvons donner plus d'informations sur cette affaire», a conclu M. Babcock.

Ottawa réagit beaucoup trop mollement au goût de Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie et Arctique pour Greenpeace.

«On a une fin de non-recevoir, un mutisme total du côté du fédéral. (Le ministre des Affaires étrangères) John Baird n'a pas répondu à notre demande de rencontre urgente pour voir ce que peut faire le gouvernement canadien d'un point de vue diplomatique», a déploré M. Bonin en entrevue avec La Presse Canadienne.

«C'est inacceptable, a-t-il poursuivi. Le gouvernement devrait exiger des réponses de la part de la Russie et exiger un traitement convenable pour des gens qui sont non violents et qui font face à des accusations complètement disproportionnées.»

Alexandre Paul et Paul Ruzycki se trouvaient à bord du navire de Greenpeace, l'Arctic Sunrise, qui a été saisi par les autorités russes à la suite de la manifestation qui a eu lieu le 18 septembre dans l'Arctique.

Des officiers armés de la Garde côtière russe seraient descendus d'un hélicoptère à l'aide de cordes, puis auraient rassemblé les membres de l'équipage sur le pont, les auraient forcés à se mettre à genoux et auraient pointé des armes à feu en leur direction, selon l'organisation environnementale.

L'abordage est survenu quelques heures après que des militants de Greenpeace eurent tenté d'escalader une plateforme de forage de Gazprom afin d'attirer l'attention sur les risques environnementaux liés aux forages dans l'Arctique.

Le groupe environnemental soutient que l'arraisonnement était tout à fait «illégal», puisque le vaisseau se trouvait en eaux internationales au moment où les autorités sont intervenues.

Greenpeace est en mission dans l'Arctique pour surveiller les activités de vaisseaux mandatés par la société pétrolière Rosneft et son partenaire américain ExxonMobil, qui mènent des essais sismiques et des travaux géologiques dans la mer de Kara en préparation pour le forage en mer.

Un combat qui s'apparente à celui de David contre Goliath, estime Patrick Bonin.

«On fait face à des géants pétroliers, les moyens employés sont démesurés, tout comme cette lutte dans laquelle on s'insère. C'est pour ça qu'on a besoin d'une mobilisation planétaire face à des entreprises qui sont prêtes à tout pour exploiter le pétrole», a-t-il suggéré.

En plus des activistes du Canada, des militants de l'Argentine, du Brésil, de la Grande-Bretagne, de la Finlande, des Pays-Bas, de la Pologne, de la Russie et de la Suède se trouvaient à bord du navire de Greenpeace.

Des vigiles et des activités publiques en solidarité avec les 30 détenus auront lieu samedi dans plusieurs pays à travers le monde.

Au Canada, il y aura des vigiles à Montréal et à Toronto.

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