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Pereira, Accurso et une anecdote éclairante...

02/10/2013 03:32 EDT | Actualisé 01/12/2013 05:12 EST

L'ex-dirigeant syndical Ken Pereira reconnaît avoir connu Tony Accurso et développé une relation ambiguë avec lui, mais seulement par volonté de trouver du travail à ses membres. Il aussi fait le récit d'une anecdote impliquant l'entrepreneur Giuseppe Borsellino qui apporte un éclairage intéressant sur son mystérieux passage à tabac en 2009, dont il avait fait état lors de son témoignage à la commission Charbonneau.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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L'ex-directeur général du local des mécaniciens industriels (1981) explique qu'il ne connaissait pas, avant son entrée à la FTQ, le puissant entrepreneur, réputé, par le passé, proche de la FTQ et influent au Fonds de solidarité FTQ.

Il le rencontre pour la première fois lorsque M. Accurso veut que son entreprise Gastier s'implante en Alberta avec l'aide d'un entrepreneur local et souhaite avoir pour cela l'aide de la FTQ.

Le projet concerne la mécanique industrielle, soit l'expertise du local 1981 que dirigeait M. Pereira.

M. Accurso connaît les problèmes qu'éprouve M. Pereira à placer ses membres au Québec et lui promet qu'il l'aidera pour en placer en Alberta. Accurso tient parole : ce sera un des seuls entrepreneurs d'importance à faire travailler ses membres. « Sans lui ça aurait été difficile », convient M. Pereira.

M. Pereira peinait en effet à placer ses mécaniciens industriels du local 1981 sur les chantiers du Québec, qui étaient dominés par un syndicat adverse, le local 2182 du CPQMC-International, que même M. Accurso, au Québec, n'ose pas défier.

M. Pereira explique que pour garder les bonnes relations avec M. Accurso, et sauvegarder les emplois de ses membres, il laisse ce dernier l'interroger longuement sur ses rapports avec les médias. M. Pereira a, à l'époque, commencé à divulguer aux médias de l'information sur les dessous de la FTQ-Construction.

M. Pereira croit que M. Accurso, à tort, pensait qu'il pouvait avoir accès à ce que les journalistes allaient sortir. « Est-ce qu'il y a quelque chose qui va sortir sur moi demain? », lui lançait, anxieux, l'entrepreneur.

Il souligne à cet effet que dès que Denis Lessard de La Presse écrivait un article sur le Fonds de solidarité FTQ, il recevait des appels de Jean Lavallée et Tony Accurso, qui avaient tendance à croire que tout venait de lui.

Borsellino tabassé après une rencontre avec le fils d'Accurso

En milieu d'après-midi, Ken Pereira a raconté une anecdote s'étant produite lors d'un gala de boxe au Centre Bell. L'histoire lui a été rapportée par Bernard Girard, de la FTQ-Construction, qui avait assisté à la soirée en compagnie de Jimmy Accurso, un des fils de Tony.

Selon cette version, Bernard Girard et Jimmy Accurso étaient assis tout près du ring pour ce gala, question d'être tout prêt de l'action. Avant le dernier combat, Jimmy Accurso décide cependant de monter dans la loge de son père pour y prendre de l'alcool. Bernard Girard l'accompagne.

« À sa surprise, Jocelyn Dupuis est là, Borsellino est là - Joe Borsellino, de Garnier - et trois à quatre gars de bicyc' - des motards. Ça c'est mot pour mot ce que Bernard Girard m'a dit », relate Ken Pereira.

« Jimmy [est] un peu offusqué. On a le compétiteur numéro un ou un des compétiteurs à M. Accurso dans la loge de son père, sans le demander. Ils se sont criés après [...] "Qu'est-ce que tu fais ici?" » poursuit-il en rapportant la question que Jimmy Accurso a posé à Dupuis et ses acolytes.

« Immédiatement, les bikers se sont levés, Jocelyn Dupuis s'est levé. Ils ont brassé solidement M. Accurso, Jimmy. Une chance - Bernard m'a dit - une chance que Bernard était là parce qu'il en aurait mangé une ».

« Borsellino a mangé une volée deux semaines plus tard dans son bureau », a poursuivi Ken Pereira.

Lumière possible sur un épisode mystérieux soulevé par Borsellino

Cette anecdote paraît recouper des révélations faites par M. Borsellino lors de son passage à la commission Charbonneau.

Le patron de Garnier Construction avait expliqué l'hiver dernier qu'il avait été sévèrement battu par trois hommes à la sortie de son bureau en juillet 2009. Il a convenu qu'on avait vraisemblablement voulu lui passer un message, mais a toujours affirmé qu'il n'a jamais su qui en était l'auteur, ou encore le contenu.

M. Borsellino avait subi de multiples fractures et son visage avait dû être reconstruit lors d'une intervention d'une durée de sept heures.

Il n'a jamais porté plainte à la police.

L'interrogatoire de Giuseppe Borsellino avait aussi permis à la commission d'utiliser de premiers enregistrements de l'opération Diligence. Une conversation de l'homme d'affaires avec Jocelyn Dupuis semblait révéler une lutte de pouvoir pour l'accès au fonds de solidarité FTQ l'opposant à Tony Accurso.

L'engouement de la FTQ pour le Touch

Ken Pereira a aussi nommé différents hauts dirigeants de la FTQ-Construction qui ont été sur le yacht Touch de Tony Accurso. Il était déjà connu que le président de la FTQ Michel Arsenault, l'exprésident de la FTQ-Construction Jean Lavallée et son ancien directeur général Jocelyn Dupuis y avaient séjourné.

M. Pereira soutient que Jean Lavallée lui a aussi dit qu'avaient séjourné sur le Touch un ex-haut dirigeant de la FIPOE, Pierre Morin, l'ex-directeur général adjoint de la FTQ-Construction Alain Pigeon et Lise Kincaid, la secrétaire personnelle de Jean Lavallée.

Jean Lavallée lui aurait aussi dit que c'était lui qui avait présenté à M. Accurso à Jocelyn Dupuis. M. Pereira sait aussi que Bernard Girard a été sur le Touch. Ce dernier, un allié de M. Pereira, siégait à l'exécutif de la FTQ et est toujours directeur général du local 791 des opérateurs de machinerie lourde.

Il soutient aussi que M. Arsenault lui aurait dit que son conseiller politique, Gilles Audette, avait aussi été sur le yacht, avec lui.

Mais M. Pereira ne voit pas vraiment de mal à ces pratiques, même s'il dit avoir refusé une invitation sur le Touch. Il croit que c'était simplement pour M. Accurso « un outil de travail ».

M. Pereira ajoute que le party de Noël de la FTQ-Construction se déroulait à L'Onyx, le restaurant de Tony Accurso. L'établissement était aussi fréquenté les vendredis par Jocelyn Dupuis, son frère Serge Dupuis, et Robert Paul, soutient Pereira.

Il a aussi souligné que Tony Accurso avait été présent « aux élections » de la FTQ-Construction, mais sans donner davantage de détails.

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