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Commission Charbonneau: la mafia, les Hells Angels et le Fonds de solidarité FTQ

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KEN PEREIRA
Capture d'écran

EN DIRECT - Ken Pereira a expliqué à la commission Charbonneau pourquoi il a dévoilé à Alain Gravel au printemps 2009 tout ce qu'il avait constaté à la FTQ-Construction sur son directeur général Jocelyn Dupuis et l'infiltration du crime organisé.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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L'ex-syndicaliste, directeur du local des mécaniciens industriels 1981, explique que tout en résistant à plusieurs tentatives pour acheter son silence sur les dépenses exorbitantes de l'ex-directeur général de la FTQ-Construction, il demeurait confronté à l'hostilité de l'exécutif de la FTQ-Construction et de son nouveau directeur général, de Richard Goyette.

Ce dernier, proche de M. Dupuis, faisait circuler dans le syndicat la rumeur que Ken Pereira avait volé toutes les factures, soit 11 ans de dépenses de Jocelyn Dupuis, alors que les documents qu'il avait volés ne couvraient qu'une période de six mois. Or, il subissait notamment, au même moment, les pressions du mafieux Raynald Desjardins pour régler son contentieux avec M. Dupuis.

Il a aussi expliqué avoir été passablement secoué lorsque des policiers de l'escouade des stupéfiants de la Sûreté du Québec l'on interpellé sur la route pour lui dire que sa vie « était en danger ».

Il comprend que des individus qu'il a rencontrés, probablement certains qui ont tenté d'acheter son silence, étaient sous écoute policière. Il est fort possible qu'il s'agisse d'écoutes dans le cadre de Diligence (NDLR). Les policiers lui proposent de collaborer avec eux et lui offrent une certaine protection, ce qu'il accepte.

« Vous allez payer mes tabarnaks » - Pereira

Mais avant de couper les ponts avec son syndicat, M. Pereira va rencontrer le président de la FTQ Michel Arsenault à son bureau, où se trouve aussi son attaché politique Gilles Audette. Il lui raconte alors « l'histoire au complet », soit tout ce qu'il a jusqu'ici confié à la commission, y compris les rencontres avec Raynald Desjardins et les liens de ce dernier avec Jocelyn Dupuis.

Seulement, soutient M. Pereira, la réaction de M. Arsenault aurait été de dire : « Si t'es dans la drogue, mon homme, que veux-tu qu'on fasse? ». Pereira, outré, blessé, répond : « Vous autres, vous allez payer mes tabarnaks ». Il quitte aussitôt, appelle le journaliste d'Enquête Alain Gravel et lui dit : « Alain, je pense que j'ai quelque chose pour toi »...

M. Pereira a cependant précisé que Michel Arsenault et Gilles Audette étaient par ailleurs bien déterminés à ce que les favoris du président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, fassent mordre la poussière au clan de Jocelyn Dupuis. M. Audette était en colère contre la FTQ-Construction pour avoir laissé le crime organisé entrer au syndicat.

 Il a aussi expliqué avoir enregistré près de 20 heures de conversations, clandestinement, de dirigeants de la FTQ-Construction, avec l'aide de deux collègues du local 1981.

La FTQ-Construction déchirée par une lutte de clans

Pereira est aussi revenu sur ce qui a amené la fracture entre le président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, et son dauphin et directeur général, Jocelyn Dupuis.

Selon l'ancien syndicaliste, dès 2007, Jocelyn Dupuis et Richard Goyette voulaient faire un putsch pour le sortir de la FIPOE, qu'il dirigeait, et de la SOLIM, le bras immobilier du Fonds de solidarité FTQ, au profit de Pierre Morin, lui-même, pourtant, un homme de confiance de Jean Lavallée.

M. Dupuis lui aurait affirmé avoir pour cela l'appui du président sortant de la FTQ Henri Massé, mais M. Pereira n'a pas de preuve autre que les propos de M. Dupuis.

Ken Pereira affirme même avoir averti M. Lavallée de la tentative de putsch, mais ce dernier ne paraît pas le croire.

Mais au congrès novembre 2007, le scénario élaboré par M. Dupuis ne se déroule pas comme prévu : Jean Lavallée, en colère, réussi à renverser la situation. Résultat : M. Lavallée garde tout et M. Morin est congédié de la FIPOE. Jocelyn Dupuis le récupérera rapidement à la FTQ-Construction.

C'est à partir de ce moment que Jean Lavallée et Jocelyn Dupuis constituent des clans rivaux au sein de la FTQ-Construction.

M. Pereira raconte aussi, après la diffusion de ses premières révélations à Enquête au printemps 2009, avoir rencontré Henri Massé, appelé par le nouveau président Michel Arsenault comme médiateur pour ramener la bonne entente au sein de la FTQ-Construction.

Il aborde avec ce dernier le cas des factures de Jocelyn Dupuis, mais aussi les liens de ce dernier avec le Hells Angels Ronnie Beaulieu. M. Massé admet que, dans le passé, M. Beaulieu a a en effet eu accès au Fonds de solidarité, et reconnait qu'il a fait l'erreur d'y porter lui-même son dossier. Il lui suggère aussi d'oublier le passé.

Pereira refuse un pot-de-vin de 300 000 $

Ken Pereira soutient que Louis-Pierre Lafortune de Grues Guay lui aurait offert, par l'intermédiaire d'un tiers, 300 000 $, qu'il a refusés.

Il s'agissait alors d'au moins la quatrième tentative pour qu'il cesse de brandir les factures exorbitantes de restaurant de Jocelyn Dupuis pour l'écarter de la FTQ-Construction et d'éviter qu'il ne rende le tout public, ce qu'il fera en rencontrant l'équipe d'Enquête.

L'ex-syndicaliste a commencé lundi un témoignage-choc sur l'infiltration de la FTQ-Construction et du Fonds de solidarité FTQ . L'ex-syndicaliste a expliqué mardi comment il a été confronté à cette réalité après avoir volé des factures exorbitantes de restaurant de l'ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis à l'été 2008.

L'ancien directeur de l'Association nationale des mécaniciens industriels (local 1981 - FTQ-Construction) a soutenu qu'Eddy Brandone, secrétaire-trésorier de la FTQ-Construction, Raynald Desjardins, mafieux notoire, et Louis-Pierre Lafortune, cadre supérieur chez Grues Guay sont tour à tour intervenus pour le dissuader de faire un esclandre avec ces notes de frais.

L'ensemble de ces interventions, a-t-il dit, lui ont permis de comprendre que la FTQ-Construction était sous l'influence du crime organisé de différentes manières et que Jocelyn Dupuis entretenait des relations avec les Hells Angels, dont Normand « Casper » Ouimet, qu'il a vu deux fois dans son bureau, et la mafia, dont Giuseppe Bertolo et Raynald Desjardins. Ce dernier, a-t-il dit, semblait être le vrai « boss » de la FTQ-Construction.

Ken Pereira a soutenu que tout le monde à la FTQ-Construction était au courant des liens troubles de Jocelyn Dupuis, qui était l'homme fort du syndicat depuis la fin des années 90, mais que personne n'osait l'affronter en raison de la crainte qu'inspiraient ses relations. Il dit avoir prévenu « tout le monde » à la FTQ-Construction des pressions qui étaient exercées sur lui, mais en vain. « Ça a passé dans le beurre », a-t-il dit.

L'ex-syndicaliste a soutenu au cours de son témoignage que Raynald Desjardins, qu'on lui avait présenté comme un intermédiaire dans sa lutte avec Jocelyn Dupuis, lui a tenu des propos surprenants au Hilton de Laval : « C'est pas la décision à Jocelyn, c'est la mienne. C'est assez que Tony et Johnny gèrent le Fonds, c'est à peu près temps qu'ils laissent une partie du gâteau à nous autres, à moi pis à Jocelyn ». Il s'agit de Tony Accurso, précise M. Pereira.

Pereira soutient que les propos de Raynald Desjardins sur le Fonds de solidarité-FTQ l'ont éclairé sur « la guerre entre Jocelyn et Johnny pour la tête de la FTQ », qui s'est notamment jouée par acteurs interposés aux élections de novembre 2008. L'enjeu, dit-il, était « la chaise au Fonds de solidarité ».

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