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« Zone » au Théâtre Denise-Pelletier: un classique qui se contente de peu...

28/09/2013 11:03 EDT | Actualisé 28/09/2013 11:04 EDT
Sylvain Sabatier - Théâtre Denise-Pelletier

Tout au long de sa 50e année d’existence, le Théâtre Denise-Pelletier compte faire un survol des genres théâtraux qui ont composé son histoire. En ouvrant sa saison avec Zone, de Marcel Dubé, l’institution donne ainsi la place au classique des classiques québécois. Malheureusement, rarement un texte emblématique de notre dramaturgie aurait-il à ce point mérité de rester dans les archives…

Montée cinq fois au TDP depuis sa fondation en 1964, la pièce écrite en 1953 est l’une des œuvres québécoises les plus étudiées au secondaire depuis des décennies. Plusieurs générations de Québécois connaissent donc parfaitement l’histoire de Tarzan, Ciboulette, Moineau, Passe-Partout et Tit-Noir, cinq «adulescents» plongés dans un commerce de contrebandes de cigarettes.

Pendant que le chef de meute saute les lignes entre le Canada et les États-Unis, les quatre autres s’inquiètent, se questionnent, se confrontent et se rassurent. Peu de temps après le retour de Tarzan au bunker/hangar qui leur sert de repère, le quintette est amené de force dans un bureau de police afin de savoir si l’un d’eux est responsable du meurtre d’un douanier américain. Ce sera l’occasion pour eux de faire preuve de loyauté, d’amour et de trahison les uns envers les autres.

En écoutant les dialogues très appuyés de Marcel Dubé, on ne peut s’empêcher de remarquer à quel point l’auteur mettait l’accent sur les thématiques de l’espoir, du rêve et de l’avenir, en imaginant un Moineau qui rêve d’apprendre à jouer de la musique, un Tit-Noir qui espère le confort du mariage et d’un toit douillet, un Passe-Partout qui aspire au pouvoir et une Ciboulette qui entretient le rêve secret que son amour pour Tarzan soit vécu au grand jour. Si on se rappelle que le texte a écrit il y a 60 ans, en pleine noirceur politique et économique, on comprend la force des symboles et la nécessité de les mettre en scène, à l’époque.

Par contre, on peut aisément reprocher à cette production du Théâtre de la Catapulte d’Ottawa et du Théâtre français de Toronto d’avoir dirigé ses comédiens avec si peu de doigté que le contexte historique ne suffit plus à justifier autant d’emphase. Les problèmes d’interprétation se déclinent ici en deux catégories.

D’une part, en excluant l’interprète de Moineau, qui donne une grande vérité à son attachant personnage, aucun des acteurs n’arrive à sonner juste plus de 40 % du temps. On note tout particulièrement le monologue de Ciboulette qui nous fait décrocher dès les premières secondes, tant les émotions et les intentions du personnage ne semblent pas viscéralement ressenties par l’actrice. On remarque également que l’acteur qui joue Tarzan est plus occupé à jouer le chef, en bombant le torse, en reculant les épaules et en forçant le côté rauque de sa voix, qu’à posséder réellement l’aura d’un leader charismatique.

D’autre part, il arrive à de nombreuses reprises que le texte de Marcel Dubé irrite les oreilles des spectateurs de 2013. Écrite avant que le joual ne fasse réellement son entrée au théâtre québécois, la pièce est composée de dialogues où il manque de réel : trop peu d’abréviations et beaucoup trop de mots issus du langage joli et gentil d’autrefois.

Encore une fois, on peut observer l’objet théâtral en mettant en relief le contexte historique et l’évolution du théâtre depuis. Par contre, on est en droit de se demander pourquoi les acteurs prononcent presque toutes les syllabes des mots qu’ils se mettent en bouche. L’exercice manque terriblement de naturel et nous donne l’impression d’avoir affaire à des acteurs débutants. Pire, ces mêmes acteurs ne sont même pas constants dans leur prononciation dérangeante, y allant de passages où ils s’expriment avec un rythme d’aujourd’hui. Bien qu’agréables pour les oreilles, ces choix manquent totalement de cohérence.

Occasion sympathique de redécouvrir une frange de notre histoire théâtrale, cette production de Zone se contente visiblement de peu.

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