POLITIQUE

Les coupes budgétaires annoncées affecteront les services, dénonce la protectrice du citoyen

25/09/2013 10:30 EDT | Actualisé 25/11/2013 05:12 EST
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QUÉBEC - Il ne faut pas croire les gouvernements lorsqu'ils affirment sabrer dans les budgets sans toucher aux services à la population, soutient la protectrice du citoyen dans son rapport annuel, déposé mercredi à l'Assemblée nationale.

En réalité, sur le terrain, quoi qu'en disent les politiciens, c'est tout le contraire qui se produit: l'écart entre les services promis et les services rendus à la population ne cesse de s'agrandir, dénonce Raymonde Saint-Germain.

«Ce n'est plus vrai qu'il n'y a pas d'impact direct pour les services aux citoyens», a estimé la protectrice en conférence de presse, inquiète de constater l'effet cumulatif des compressions budgétaires successives effectuées par les gouvernements au fil des ans.

Car dans les faits, déplore-t-elle, ces coupes budgétaires se traduisent, trop souvent, par des délais d'attente accrus à l'hôpital ou pour recevoir un soin en centre d'hébergement, ou encore par une diminution du nombre d'heures de services dispensés à une personne âgée ou handicapée. Et tout cela alors que les besoins ne cessent d'augmenter avec le vieillissement de la population.

Comme d'habitude, ce sont les ratés observés dans les services fournis par le réseau de la santé et des services sociaux, où on retrouve les clientèles les plus vulnérables, qui ont retenu l'attention de la protectrice et qui ont souvent fait l'objet de plaintes. Au total, le ministère de la Santé est sévèrement blâmé pour son laxisme.

Or, insiste-t-elle, les citoyens sont en droit de savoir quels services sont réellement disponibles pour eux, à quelles conditions, dans quels délais, et ce, partout au Québec, mais ce n'est pas le cas actuellement.

Cette année, la protectrice a reçu 1186 plaintes et 239 signalements reliés aux services de santé et services sociaux, un nombre en hausse de neuf pour cent par rapport à l'an passé.

Dans son rapport, exemples à l'appui, elle note des lacunes importantes et de grandes disparités dans l'offre de services d'hébergement aux personnes souffrant de déficience physique et intellectuelle.

Par exemple, dans un centre qui héberge des personnes handicapées, «on a constaté un manque de surveillance de la qualité des services, au point de vue de l'alimentation, de la qualité de l'encadrement de ces personnes-là, et même de la sécurité des personnes. Ça démontre qu'il n'y pas eu suffisamment d'inspections du ministère de la Santé».

Dans l'ensemble des ressources d'hébergement pour personnes handicapées, il n'y a pas eu une seule inspection depuis deux ans, et ce, malgré les recommandations en ce sens émises par la protectrice à l'époque.

La situation n'est guère plus rose dans les centres d'hébergement privés destinés aux personnes âgées en perte d'autonomie. Comme on manque de places dans les CHSLD publics, le gouvernement achète des places dans les ressources privées, où, encore là, la vérificatrice a constaté d'importantes lacunes, ayant même vu «des personnes laissées à elles-mêmes». Manque de surveillance, qualité variable des soins offerts, manque de formation du personnel, on voit que les failles sont nombreuses.

Ce choix de l'État de se délester de plus en plus au profit du secteur privé fait en sorte que «plus personne n'est responsable» de la qualité du service offert aux plus démunis de la société, a déploré Mme Saint-Germain.

En milieu carcéral, les constats sont les mêmes. Car les services disponibles aux détenus souffrant de santé mentale laissent aussi à désirer, peut-on lire dans le 43e rapport de l'organisme, qui porte sur l'année 2012-2013, donc chevauchant l'activité du gouvernement libéral et du gouvernement péquiste.

Par ailleurs, la protectrice critique la façon de procéder du gouvernement lorsqu'il a lancé son appel d'offres de 15 000 nouvelles places en garderie. Elle lui reproche de ne pas avoir inclus les garderies privées non subventionnées dans le projet.

Invité à commenter le rapport, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a réaffirmé exactement ce que la protectrice reproche aux élus, en soutenant avoir agi «sans qu'il y ait d'impact sur les soins aux patients». Il a dit que son gouvernement, loin d'effectuer des coupes, avait augmenté cette année le budget de la Santé de 4,8 pour cent.

Mais à ce propos Mme Saint-Germain a indiqué que les gouvernements injectaient davantage d'argent dans le réseau année après année, mais que cela ne les empêchait pas de sabrer dans plusieurs services à la population.

Pour ce qui est de la situation dans les CHSLD, le ministre Hébert a dit qu'il comptait compléter d'ici un an l'inspection de chacun d'entre eux et que la grille d'évaluation appliquée «était beaucoup plus rigoureuse» qu'avant.

Il a dit qu'il accorderait «une attention particulière» aux résidences d'hébergement privées ayant un contrat avec l'État.