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50 ans du Théâtre Denise-Pelletier : le « professeur de théâtre » le plus cool de l'histoire

19/09/2013 09:24 EDT | Actualisé 19/11/2013 05:12 EST
Courtoisie

Parmi les 5 millions de spectateurs qui ont assisté aux 500 productions présentées entre les murs du Théâtre Denise-Pelletier (incluant celles de la Salle Fred-Barry), près de 85 % sont des adolescents. Depuis 50 ans, l'institution située dans l'arrondissement Hochelaga-Maisonneuve invite la jeunesse québécoise à faire ses premiers pas au théâtre en leur présentant un mélange de classiques et de créations, d'ici et d'ailleurs.

En 1964, Gilles Pelletier et Françoise Graton, alors jeunes comédiens, ont fait appel à Georges Groulx (l'un des fondateurs du TNM) pour monter Iphigénie de Racine. C'est ainsi que le 29 février 1964, pour la première fois au Québec, une pièce de théâtre professionnelle était présentée devant un public exclusivement étudiant. Même si l'œuvre devait initialement être jouée à deux reprises devant les élèves du collège Sainte-Marie de Montréal, plusieurs autres collèges classiques ont démontré leur intérêt pour le projet, permettant ainsi à la pièce d'être jouée 11 fois. Forts de cet accueil enthousiaste, les créateurs ont donné naissance à la « Nouvelle Compagnie théâtrale » (NCT), qui a depuis la mission de présenter au public étudiant les chefs-d'œuvre de la dramaturgie.

L'éducation québécoise change de visage

À la suite du rapport Parent, qui a profondément changé le système d'éducation au Québec au cours des années 60, les collèges classiques ont cédé leur place aux écoles secondaires et aux cégeps. Un virage marquant dans la fréquentation du théâtre. « À partir de 68 ou 69, les écoles publiques ont commencé à venir plus souvent au théâtre, rappelle Pierre Rousseau, directeur artistique du théâtre depuis 18 ans. Mais les sorties scolaires n'étaient pas aussi bien préparées qu'aujourd'hui. Il n'y avait aucune discipline dans la salle et les jeunes lançaient souvent des choses sur scène ! »

Insistant tout particulièrement sur la préparation des élèves avant leurs visites au théâtre depuis la fin des années 80, les dirigeants de Denise-Pelletier rencontrent fréquemment les étudiants en classe afin de leur parler du texte, de leur présenter les maquettes des décors et les esquisses des costumes, en plus d'offrir des formations aux enseignants sur l'écriture, la mise en scène et plusieurs éléments associés au théâtre. « On n'est pas des "vendeux" de tickets, lance M. Rousseau. Le théâtre est une façon d'élargir les horizons et de rehausser le niveau culturel des jeunes. Par exemple, quand on a présenté Frankenstein l'année dernière, on a pu traiter de sciences, d'éthique, d'ambitions et de responsabilisation. C'était très formateur. »

theatre denisepelletier

La première chance des futurs grands créateurs québécois

Même si le répertoire de l'institution théâtrale est majoritairement composé de grands classiques, Pierre Rousseau et ses prédécesseurs ont toujours eu à cœur de donner une chance à de jeunes créateurs, qu'il soit question des auteurs qui signent les adaptations et les traductions, ou des metteurs en scène. « Des artistes comme Lorraine Pintal, Claude Poissant et Wajdi Mouawad ont fait leurs premiers grands plateaux de théâtre ici, indique-t-il. Serge Denoncourt a fait sa première mise en scène à Fred-Barry. On a toujours senti qu'il se passait quelque chose de spécial entre les jeunes artistes et nos jeunes spectateurs. »

Un jeune public reconnu pour son exubérance et sa grande sincérité, peu importe la décennie. « Avant chaque pièce, on doit faire un petit mot de présentation pour servir de paratonnerre à leur énergie, dit M. Rousseau. Les jeunes applaudissent fort, ils crient, ils sifflent, et puis ils se calment et nous écoutent avant de plonger dans la pièce. Malgré tout, ça reste un public qui réagit très spontanément. L'année où on a monté Don Juan avec Benoit Gouin, les jeunes étaient outrés de le voir parler de la sorte à son père. À la fin, quand Don Juan descendait en enfer et que Benoit tombait dans une trappe avec du feu qui sortait, les jeunes applaudissaient. Et ils lui criaient « chou » lors du salut ! »

Survol de la dramaturgie

Âgés de 11 à 20 ans, issus de toutes les classes sociales, vivant aussi bien à Montréal qu'à Shawinigan, Valleyfield, Ottawa ou dans le nord des États-Unis, les jeunes spectateurs sont nombreux à assister à quatre spectacles par année pendant cinq ans. « À la fin du secondaire, plusieurs d'entre eux ont vu 20 pièces, précise Pierre Rousseau. En venant chez nous, ils voient au moins un Shakespeare, une pièce Molière, Corneille ou Racine, une œuvre romantique, un Marivaux, une œuvre québécoise et du contemporain. J'essaie de leur faire goûter à tout pour les aider à comprendre ce qu'ils aiment au théâtre. »

C'est d'ailleurs dans l'optique de faire un survol des grands courants de son histoire que l'équipe du Théâtre Denise-Pelletier a construit la programmation de sa 50e année d'existence. La grande salle ouvrira ses portes le 25 septembre prochain avec un incontournable de la dramaturgie québécoise, « Zone », une pièce écrite par Marcel Dubé. Elle sera suivie par « Le Cid », un grand classique de Corneille, « Marie Tudor », un grand drame romantique, ainsi que « Commedia », une œuvre créée à partir des mémoires de Goldoni, le maître de la commedia dell'arte.

En plus de l'hommage qui sera rendu à Gilles Pelletier et Françoise Gratton le 3 octobre prochain, lors de la Semaine pour l'école publique, le Théâtre Denise-Pelletier soulignera sa moitié de siècle en rassemblant les membres des distributions qui ont déjà monté Le Cid, Marie Tudor ou joué du Goldoni sur la scène du vénérable théâtre, lors de chaque première de l'année.