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«Fabriquer l'aube» de Vincent Vallières: un nouvel album correct, mais prévisible (CRITIQUE, VIDÉO)

13/09/2013 06:50 EDT | Actualisé 18/11/2013 05:12 EST

vincent vallières

Le chansonnier Vincent Vallières plaît depuis des années avec sa musique folk (osons l’ajout du mot rock) un tantinet country qui parle de «nous» et comme «nous», avec un certain lyrisme dans l’âme et un pitch sans flafla. À la veille de l’automne, le musicien de 35 ans revient souffler ses pièces imagées, légères et accrocheuses avec le très attendu Fabriquer l’aube, son sixième album. Une suite très correcte mais prévisible d’une carrière enviable, quoiqu’à la longue un peu ennuyante.

L’auteur-compositeur-interprète qui sait pondre des succès «dévastateurs» comme le single On va s’aimer encore (de l’album Le monde tourne fort, paru en 2009) propose un opus à deux vitesses, que nous pourrions qualifier d’un peu coincé entre les normes musicales établies et une tentative de briser l’étiquette d’une proposition qui manque (ici et là) de coffre. D’un côté, des ballades acoustiques sentimentalistes parfois réussies, parfois traînantes et conformistes. De l’autre, des sédiments de rock plus perceptibles, révélateurs d’une nature qui change.

Mentionnons la ligne de guitare électrique qui gronde sur En regardant finir le monde en ouverture d’album, gracieuseté Olivier Langevin (aussi le réalisateur), ou encore la chanson Pas à vendre, sur laquelle Vallières paraît s’amuser pour vrai. Ou d’y croire. Enfin.

Homme intègre, homme engagé, homme humble, homme humaniste, homme à notre hauteur. On aime Vincent Vallières. On comprendra qu’il n’est pas simple de délaisser pour lui une recette gagnante. Sans oublier les concerts partout en province et sur plusieurs scènes majeures des plus grands festivals d’ici; d’excellentes positions dans les palmarès de diffusion ou de vente; des apparitions publiques nombreuses et bien d’autres signes d’une carrière professionnelle réussie.

Pourtant, quelque chose cloche dans cette musique qui ressemble parfois au travail de Richard Séguin, mais avec moins de conviction dans l’interprétation et dans l’écriture. Uniforme et sans grand éclat.

Notons à cet égard la voix un peu lente et monotone de Vallières qui n’a jamais été son plus grand atout. Certaines pièces du nouvel album nous révèlent encore une fois ce timbre blafard qui peut agacer. Pensons à Je bûche, que Vallières a du mal à incarner. L’écriture peut également décevoir. Une image? «Je baragouine peut-être ma langue; mais là je te parle avec mon cœur», raconte Vallières sur L’amour c’est pas pour les peureux.

Certains thèmes comme l’isolement à Fermont, le doute de Lili et la vie d’un mineur à Asbestos (l’auteur s’est inspiré de la vie de ses grands-parents) sont porteurs, mais les rimes utilisées peuvent paraître simplistes à l’occasion. «C’est la dernière chanson d’amour de la terre; notre dernier repaire; la dernière prière», écrit-il dans La chanson de la dernière chance. Un peu facile. Mais bon, lorsqu’on passe à travers les textes on se rend compte que la qualité de la plume du parolier dépasse de loin celle de nombreux autres artistes québécois.

Le plus abouti

Nos attentes étaient élevées quant à la sortie de Fabriquer l’aube, ce qui explique ici quelques déceptions. Pour une approche plus positive, soulignons le très beau travail quant à la production sonore, tout comme le jeu des musiciens qui ont collaboré sur le disque, notamment le batteur Simon Blouin, le bassiste Michel-Olivier Gasse ainsi que les guitaristes Andre Papanicolaou (aussi au piano, beaucoup plus présent) et Olivier Langevin (qui a délaissé les sons pesants de Galaxie ou de Gros Mené). En fait, dans l’ensemble, c’est très bien foutu.

La véritable surprise de tout ce projet provient d’un charmant entretien avec Vincent Vallières dans un café de la rue Mont-Royal alors qu’il a affirmé, en fin de discussion, avoir le désir de «jouer sur le tone du rock». Il a ajouté du même souffle «je n’ai pas à choisir entre les deux (folk ou rock), je veux faire les deux»…

Il existe un autre détail révélateur, peut-être, de la suite Vincent Vallières. La pochette de Fabriquer l’aube propose l’image d’une enfant (la fille du chanteur) qui court dans le joli décor d’un ciel rosé-orangé, un cerf-volant à la main. L’avenir de cette ville, en bas, semble paisible.

Sur la couverture du feuillet, qui se cache à l’intérieur de l’objet, un Vallières à l’attitude résolument rock, qui dégage une attitude de guitariste britannique photographié sur le toit d’un édifice new-yorkais (en réalité la photo a été prise dans la ville de Sherbrooke, comme l’expliquera le chanteur en entrevue). Même état d’esprit pour les quelques autres images de Jocelyn Riendeau. Un processus de transition chez l’artiste?

Profiter de la ride

Certains espéraient découvrir sur Fabriquer l’aube un Vincent Vallières dégourdi, un brin enragé. Un jeune homme au sommet qui brasse un peu la cage pour réveiller son monde. Or, quelques traces bien peu convaincantes de cette énergie se révèlent sur son 6e album, toujours un peu mou. Mais pour ceux qui aimaient déjà l’offrande sur les Chacun dans son espace, Le repère tranquille et autres albums précédents, ils ne seront pas déçus. Fabriquer l’aube s’avère le plus abouti des six disques de Vallières.

En écoutant à répétition la deuxième pièce de Fabriquer l’aube, Stone (qui a déjà joué beaucoup à la radio), on ne peut que s’en convaincre. Son morceau (no 3 Top 100 BDS à la fin août 2013), particulièrement le refrain, témoigne de la désarmante efficacité pop de Vincent Vallières, mais aussi de la qualité générale qui sous-tend l’album. Belle couleur, beaux arrangements, belle mélodie. Or, Stone dégage quelque chose de plus. Ici, Vallières est excellent. Et oserions-nous dire, beaucoup plus convaincant que sur bien d’autres pièces. Il chante encore la vie et les travers du quotidien; il a la même voix; il fait la même musique, mais quelque part on sent l’étincelle, qui manque trop souvent.

À souhaiter que son monde devienne stone plus souvent. Lui, au moins, il peut se permettre de «profiter de la ride et faire confiance au vent».

Réalisé par Olivier Langevin (avec l’aide de Pierre Girard et Vincent Vallières), puis enregistré à Montréal au studio de Pierre Marchand et au studio Planet à l’été 2013, Fabriquer l’aube sortira le 17 septembre.

Vincent Vallières donnera un spectacle-lancement à La Tulipe le même jour.

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