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Dominique Côté : un chanteur d'opéra québécois catapulté à Bollywood ! (VIDÉO)

18/09/2013 06:33 EDT | Actualisé 18/11/2013 05:12 EST

Des milliers de téléspectateurs ont connu Dominique Côté grâce à ses rôles dans les téléromans Emma et Virginie. D’abord formé et engagé en tant qu’acteur, il s’est ensuite découvert un talent pour le chant classique qui lui permet aujourd’hui d’être l’une des têtes d’affiche de Lakmé, une production digne d’un Bollywood, présentée en reprise à l’Opéra de Montréal, six ans après avoir connu un succès retentissant auprès du public.

Originaire de Notre-Dame-du-Rosaire, un petit village de 300 habitants au sud de Montmagny, dans le Bas-du-Fleuve, Dominique Côté est le fils d’un garagiste et d’une cuisinière. Malgré l’intérêt de sa mère pour les chorales, jamais l’opéra n’a résonné entre les murs de la maison familiale. Par contre, le théâtre a rapidement été identifié comme une passion par le petit garçon. « Quand j’avais six ans, pendant les fêtes du centenaire de mon village, j’avais eu un petit rôle dans une pièce qui faisait un survol de l’histoire du village. J’avais tellement aimé ça que, semble-t-il, j’en parlais sans arrêt. Je voulais faire des spectacles dans le salon à longueur de journée ! »

Par la suite, vinrent sur sa route, un professeur de théâtre inspirant au secondaire, des études en interprétation au cégep de St-Hyacinthe, des années à jouer sur les planches, devant la caméra et à faire du doublage. La carrière du jeune acteur allait parfaitement bien, jusqu’au jour où sa voix s’est brisée lors d’une session d’enregistrement où il devait hurler en interprétant un homme de la préhistoire. « Je me suis pété la voix complètement ! En allant voir le médecin, il m’a dit que j’avais un polype hémorragique sur une corde vocale. C’était assez grave. La seule solution pour éviter que ça explose et que ça détruise ma corde vocale, c’était de rester complètement muet pendant trois mois. Peu à peu, le polype a rapetissé et une opération a enlevé ce qui restait. »

Accident vocal

Malgré le succès de l’opération, son médecin, le Dr Louis Guertin, lui fait remarquer que sa voix n’aurait jamais dû se rendre jusque-là et qu’il aurait tout avantage à la rééduquer avec un professeur. Peu de temps après, Côté rencontre la sommité en voix et en chant, Lucette Tremblay. « Au départ, elle ne voulait pas me prendre, car elle se trouvait trop vieille pour un cas compliqué comme le mien. On devait se rencontrer uniquement pour qu’elle me recommande à un autre spécialiste. Finalement, on a eu un coup de foudre mutuel et elle a choisi de me garder. On a travaillé intensément, presque tous les jours, pour rééduquer ma voix. À un moment donné, elle m'a dit que je connaissais peu ma voix et que j’avais ce qu’il fallait pour chanter de l’opéra. J’ai pensé qu’elle était folle ! Et je n’avais pas d’intérêt pour l’opéra, à l’époque. On a donc continué de se voir uniquement pour développer ma voix, par plaisir. »

Vint alors une audition pour une version concert des Misérables avec l’OSM, en 2005. Bien que le baryton s’y soit rendu nonchalamment en espérant seulement vivre une expérience d’audition pour un rôle chanté, il a eu la surprise de sa vie en étant engagé. « À partir de là, tout a changé. J’ai vécu un trip intense à chanter avec un orchestre symphonique, j’ai fait de belles rencontres dans le milieu musical et j’ai eu envie de travailler très sérieusement ma voix et mon répertoire classiques. Je savais déjà lire la musique, puisque j’avais passé les cinq années de mon secondaire à jouer de la trompette et du tuba, mais j’ai tout de même suivi plusieurs cours de perfectionnement théorique et de solfège pour me mettre à niveau. »

Plus qu’un chanteur qui chante

Après deux tentatives infructueuses pour être admis à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, Dominique Côté y a fait sa place en 2009-2010. « Ça a pris du temps avant qu’ils croient que j’étais sérieux. J’avais un parcours tellement différent des autres chanteurs. Je pense que certaines personnes du milieu avaient un préjugé défavorable à mon endroit, en pensant que j’étais un acteur qui chante, et non un vrai chanteur d’opéra. »

Parmi les productions auxquelles il a pris part durant sa formation à l’Atelier, notons le Nelligan d’André Gagnon et de Michel Tremblay, où il a joué le rôle-titre. « Nelligan a été un rôle très important pour moi. Les barytons jouent presque toujours des personnages de père, de méchant ou de clown, mais on me demandait cette fois d’interpréter un jeune poète tourmenté. C’était un cadeau pour moi d’aller jouer dans ces zones-là, en conjuguant l’interprétation vocale et le jeu. »

«Les contraintes sont gigantesques !»

Alors que les partisans de la vieille tradition opératique prônent la technique vocale avant tout, Dominique Côté est de ceux qui mettent la voix et le jeu sur un pied d’égalité. Malgré les défis que cela implique. « Ma première surprise comme interprète qui chante sur une grande scène, avec un orchestre qui joue dans la fosse, c’est que ça n’a rien à voir avec le niveau de jeu des comédiens. Sans rien enlever au théâtre, je trouve que c’est vraiment plus difficile d’interpréter à l’opéra. Les contraintes sont gigantesques ! Étant donné qu’on doit sans cesse suivre l’orchestre et le chef, on ne peut pas écouter notre petite voix qui suggère de prendre deux minutes de plus pour vivre un passage. C’est comme si un acteur jouait avec le metteur en scène face à lui constamment. »

Au-delà des contraintes de spontanéité, les chanteurs d’opéra doivent aussi être très prudents avec leur voix. « Quand on joue au théâtre, on a besoin de notre voix, mais on peut généralement s’en tirer avec une seule octave. À l’opéra, on doit gérer deux octaves parfaitement du début à la fin. Il faut négocier avec ça tout le long du spectacle. On ne peut pas tout donner dans le premier de trois actes et ne plus rien avoir vers la fin. »

L’opéra implique également une écriture vocale à ce point relevée que l’interprétation n’est pas toujours envisageable. « Si ton personnage est en train de mourir, mais que le compositeur a écrit une ligne vocale hyper aiguë, avec l’orchestre super puissant, tu n’as pas le choix de tout donner en chantant, sinon on ne va rien entendre. Il faut apprendre à naviguer à travers tout ça. C’est très complexe. »

Lakmé : une fête aux saveurs orientales

Si l’interprète de Lakmé, Audrey Luna, fait face à une partition particulièrement difficile du début à la fin, la situation est différente pour le personnage de Frédéric, interprété par Dominique Côté. « Mon personnage n’est pas sur scène aussi longtemps que celui de Lakmé. Frédéric sert avant tout à contextualiser l’histoire. Il est en Inde depuis plus longtemps que les autres Anglais. Il connait mieux la culture et la façon de fonctionner. Il explique les codes à respecter et à quoi faire attention. Les Anglais sont quand même là pour envahir l’Inde. Ils ne sont vraiment pas les bienvenus. »

Production teintée aux couleurs de Bollywood, Lakmé raconte une histoire d’amour interdite mêlant religion et sentiments. Après avoir présenté le spectacle à guichets fermés en 2007, l’Opéra de Montréal a choisi de gâter les amateurs à nouveau. « Je crois que les gens apprécient Lakmé d’abord et avant tout pour la musique traditionnelle et ses très beaux airs. Mais aussi, le public adore le côté coloré et hyper chargé des costumes et des décors. C’est un peu comme une vision bande dessinée de l’Inde. On est très loin du réalisme, tant du côté de la direction artistique que de l’histoire. C’est Bollywood power ! »

Chanter en famille

Profitant du rôle de soutien qu’il interprète dans Lakmé et celui qu’il a défendu dans La Chauve-Souris la saison dernière pour se faire la main en chantant dans la salle Wilfrid-Pelletier, Côté admet ressentir un stress particulier à l’idée de performer devant les siens. « Certains ne m’ont jamais entendu chanter ou la dernière fois remonte à longtemps. J’ai envie qu’ils m’entendent à mon meilleur. Je veux leur prouver que les choses vont bien. À vrai dire, la pression est proportionnelle au plaisir de chanter chez moi, d’être dans mes affaires et de travailler avec Alain Gauthier, à la mise en scène, que je connais très bien. C’est un rapport presque familial dans le travail. »

Au cours de la prochaine année, Dominique Côté consacrera un mois et demi à une tournée nationale de récitals aux côtés de la pianiste Anne Larlee, dans le cadre d’une tournée de 25 villes des Jeunesses musicales du Canada. Il ira jouer sur la scène de l’Opéra de Limoge dans L’affaire Tailleferre, en plus de passer une partie de l’hiver au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour chanter dans La fille du tambour Major, de la Société d’Art Lyrique du Royaume.

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