MONTRÉAL - Le cap des 12 000 signataires a été franchi cette fin de semaine pour le Manifeste pour un Québec inclusif, mis en ligne mardi et qui a abondamment circulé dans les médias sociaux.

De nombreuses personnalités ont apposé leur nom au bas du texte, dont Dan Bigras, Philippe Falardeau, Michel Rivard, Richard Desjardins, Gabriel Nadeau-Dubois, Laure Waridel et Lise Ravary.

L'un des auteurs du manifeste, l'avocat Rémi Bourget, se réjouit de constater que des militants de tous les partis politiques, incluant du Parti québécois et du Bloc québécois, ont signé le manifeste qui dénonce le projet de Charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois.

«Ça démontre qu'il y a du monde de tous les milieux, de tous les horizons, de toutes les régions qui sont très inquiets devant ce qui est proposé par le Parti québécois», soutient M. Bourget.

L'objectif du mouvement est clair: faire reculer le gouvernement. Mais aussi montrer aux troupes de Pauline Marois que ce ne sont pas tous les citoyens qui partagent la conception péquiste des valeurs québécoises.

«Jamais, dans l'histoire, l'exclusion, telle que nous la ressentons dans un projet de charte qui imposera à une minorité de choisir entre sa conscience et sa survie, n'a fait partie des valeurs québécoises», peut-on lire dans le manifeste.

Le texte de quelque 3000 mots accompagnant la pétition aborde les facettes politique, juridique et philosophique du débat entourant les accommodements raisonnables.

L'argumentaire a été développé conjointement par M. Bourget avec la chroniqueuse Judith Lussier, la professeure de philosophie Ryoa Chung et l'avocat constitutionnaliste et politologue Frédéric Bérard.

Pour les auteurs du manifeste, la Charte des valeurs québécoises est tout simplement inutile, puisque des balises claires pour encadrer les accommodements raisonnables existent déjà dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne et dans la Charte canadienne des droits et libertés.

Selon M. Bourget, trois critères doivent être réunis pour accorder ce genre d'accommodement: l'existence d'une croyance sincère dans la religion, une violation réelle de la liberté de religion et l'absence de contraintes excessives pour la majorité.

Le plus grand problème entourant la question des accommodements raisonnables en est un de perception, croit M. Bourget. Les auteurs du manifeste proposent de publiciser davantage ces balises par la publication d'un guide par la Commission des droits de la personne.

Une démarche d'éducation qui est nécessaire, pour les auteurs du manifeste, tant pour éclairer les gestionnaires qui sont confrontés à des demandes d'accommodements que les politiciens, qui nagent en eaux troubles.

«On ne fait pas des lois qui enlèvent des droits fondamentaux en se basant sur des anecdotes ou des préjugés», rage M. Bourget en faisant allusion à certains cas largement médiatisés d'accommodements qui ont marqué l'imaginaire collectif.

«Je trouve ça très maladroit de la part d'un gouvernement qui a été élu sous la promesse de ramener la paix sociale de lancer ce projet-là et de provoquer une nouvelle crise sociale», tranche-t-il.