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L'opposition à la charte des valeurs québécoises prend de l'ampleur

12/09/2013 08:48 EDT | Actualisé 12/11/2013 05:12 EST

Le manifeste Pour un Québec inclusif, qui dénonce le projet de charte des valeurs québécoises présenté par le gouvernement québécois mardi, a recueilli quelque 3000 signatures en 24 heures.

Le document a été signé par plusieurs intellectuels de tous les horizons politiques, fédéralistes et souverainistes.

Les signataires s'inquiètent notamment « des conséquences néfastes qu'une telle politique de discrimination aura envers certains de nos concitoyens les plus vulnérables en leur retirant des droits fondamentaux », peut-on lire dans un communiqué, jeudi.

Ils estiment aussi que « l'imposition de restrictions vestimentaires est une solution abusive, inefficace et discriminatoire pour assurer une véritable laïcité de l'État. »

Les signataires considèrent de plus que le gouvernement instrumentalise le principe d'égalité homme-femme, et que celui-ci est déjà suffisamment protégé par les chartes.

L'intention de laisser en place le crucifix à l'Assemblée nationale est aussi une incohérence, selon eux, si on veut suivre le principe de laïcité.

D'après eux, le projet mis en place par Québec est incohérent, et constitue une vision de la laïcité imposée par une majorité.

Les auteurs du texte sont l'avocat Rémi Bourget, le constitutionnaliste Frédéric Bérard, la professeure de philosophie Ryoa Chung et la journaliste Judith Lussier.

Rappelons que le projet de Québec prévoit l'interdiction du port de signes religieux ostentatoires pour les employés de l'État. Le gouvernement propose aussi d'inscrire la neutralité religieuse de l'État dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, ainsi que le caractère laïque des institutions publiques. Le projet prévoit aussi d'encadrer les accommodements raisonnables, exigeant le respect de l'égalité entre les hommes et les femmes.

Le gouvernement souhaite par ailleurs protéger certains éléments emblématiques du patrimoine culturel québécois, comme le crucifix de l'Assemblée nationale.

La charte des valeurs, un débat de société

Un projet qui suscite la controverse

Ce manifeste s'ajoute aux nombreuses voix qui ont dénoncé depuis mardi le projet de charte des valeurs québécoises. Les partis d'opposition à Québec ont fait part de leurs inquiétudes à la suite du dévoilement du projet par le ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville. Plusieurs élus montréalais ont aussi dénoncé la politique. Des élus néodémocrates, conservateurs, libéraux et même bloquistes à Ottawa ont également critiqué le projet.

Dans une lettre ouverte au Huffington Post jeudi, le chef libéral Justin Trudeau dit faire confiance au jugement des Québécois, mais que le projet de charte des valeurs attaque la liberté d'expression des croyances.

« Certes, notre État et ses institutions doivent être neutres et laïcs, mais en vertu de quelle logique pouvons-nous restreindre la liberté d'expression et de croyance religieuse de certains Québécois parce qu'elles ne sont pas partagées par une majorité d'entre nous? Il ne faut pas diviser les Québécois sur un problème qui n'existe pas. »

Le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, a soutenu mercredi que le projet du gouvernement sème inutilement la discorde dans la population et recommande à Bernard Drainville de scinder son projet de loi en deux. Il y a possibilité, selon lui, d'arriver à des compromis sur des points de convergence : la neutralité de l'État, les balises pour les accommodements raisonnables et la question de la prestation de services à visage découvert.

De son côté, le ministre Drainville a dit, par l'entremise de son attaché de presse, que cette charte est « soumise à la population, dans son ensemble. On veut entendre les citoyens sur le tout. M. Couillard devrait respecter le droit des Québécois de se prononcer là-dessus. Nous on fait confiance à la population ».

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