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Les itinérants somment Ottawa de s'entendre avec Québec

12/09/2013 02:19 EDT | Actualisé 11/11/2013 05:12 EST

Lors d'une manifestation regroupant quelque 200 personnes devant le centre Guy-Favreau, jeudi matin, à Montréal, le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) a annoncé qu'il mettait en demeure le ministre fédéral de l'Emploi et du Développement social, Jason Kenney, pour le forcer à conclure une entente avec le gouvernement du Québec à propos de l'itinérance.

Un texte de François Cormier

Les manifestants questionnent les choix du gouvernement conservateur d'abandonner la Stratégie de partenariats de lutte à l'itinérance (SPLI) pour se concentrer sur le « Logement d'abord (Housing first) », qui consiste avant tout à loger les itinérants. « Oui ça fonctionne, mais, selon nous, il ne pourra jamais y avoir un seul modèle d'intervention pour répondre aux besoins des gens », a indiqué la coordonnatrice adjointe du RAPSIM, Marjolaine Despars.

« À l'heure actuelle le financement fédéral permet autant les interventions dans la rue ou dans les refuges pour rejoindre les personnes itinérantes.(...) Ils veulent cibler l'intervention surtout en logement et qui cible spécifiquement les personnes itinérantes qui ont des problèmes de santé mentale graves et persistants »,dit-elle. Et selon le Réseau, les réalités des gens - autochtones, femmes, jeunes, vieux - sont différentes, ce qui nécessite une diversité d'interventions.

Le gouvernement a en effet annoncé dans le dernier budget une diminution des fonds accordés à la SPLI, qui passent de 135 millions par année à 119 millions.

Le député libéral de Westmount-Ville-Marie, Marc Garneau, dénonce les conservateurs. « Il y a une réduction de fonds. Ça va être coupé. Ça ne reconnaît pas que l'itinérance est un défi complexe que l'on doit aborder de plusieurs façons. Ce n'est pas seulement en mettant l'argent dans Logement d'abord » a-t-il déclaré.

Émilie Thuilier, de Projet Montréal, croit que le gouvernement fédéral doit aussi miser sur d'autres stratégies que le « Logement d'abord ».

« Ce n'est pas mauvais en soi, mais c'est partiel. En itinérance, il y a beaucoup de facteurs, il y a beaucoup de causes, il y a beaucoup de profils d'itinérants. Il n'y a pas une seule réponse », affirme-t-elle.

Quant à Damien Silès, de l'Équipe Denis Coderre pour Montréal, il affirme que le gouvernement fédéral ne fait qu'une partie du travail seulement.

« Le problème de l'itinérance est un problème global et on doit le traiter globalement. Il faut s'occuper et du logement et des services qui sont à côté. [...] Vous ne pouvez pas mettre des gens qui ont des problèmes de santé mentale sans avoir une aide bien spécifique. Ces gens ont besoin d'une aide. Il faut les accompagner », croit-il.

Louise Harel, de la Coalition Montréal, va plus loin et critique le gouvernement conservateur qu'elle soupçonne de mettre de l'avant des mesures économiques plutôt que des mesures sociales . « La stratégie du gouvernement fédéral est idéologiquement faite pour favoriser du logement privé et non pas pour lutter contre l'itinérance », conclut-elle.

Le bureau du ministre Kenney dénonce la « désinformation » au sujet des fonds alloués. « Le financement du programme destiné à prévenir et réduire l'itinérance n'est pas réduit. Le financement pour la SPLI a même été renouvelé pour les prochains 5 ans ».

Selon le gouvernement, la raison pour laquelle les fonds sont dirigés vers le programme « Logement d'abord » est simple. « Elle fonctionne mieux que toute autre approche pour réduire l'itinérance au pays. D'ailleurs, dans le cadre d'un projet mis en œuvre à Montréal même, presque toutes les 280 personnes qui y ont participé ont été logées dans un délai d'un mois suivant la mise en œuvre de ce projet », a indiqué le bureau du ministre.

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