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La charte des valeurs ne passe pas à Montréal

10/09/2013 01:05 EDT | Actualisé 10/11/2013 05:12 EST

Le projet de charte des valeurs québécoises a frappé un mur à Montréal où l'on retrouve les plus importantes communautés culturelles du Québec. Tour à tour, les candidats à la mairie ont pris position et tous se sont prononcés contre la charte.

Ils se sont également tous prononcés en faveur de l'utilisation de la clause dérogatoire, l'exemption, qui permet aux municipalités de se soustraire à la charte.

« Moi je n'accepte pas que Montréal soit soumis à ce genre de charte si elle est appliquée tel quelle, ce n'est pas acceptable », a déclaré le candidat à la mairie Denis Coderre.

Il envisage, s'il est élu, de demander un statut particulier pour toute la ville, y compris pour ses hôpitaux et ses écoles.

« On va travailler pour s'assurer que cette charte-là ne voit pas le jour. Malgré tout, si elle passait, c'est sûr que l'exemption serait appliquée. Le problème, c'est qu'on va avoir une ghettoïsation de Montréal. Vous allez avoir des municipalités qui ne l'ont pas, vous allez avoir des municipalités qui l'ont. Si mon ami Lionel était médecin, ça veut dire qu'au Jewish il pourrait avoir sa kippa, mais s'il était à Montreal hospital ou à Sainte-Justine, il faudrait qu'il l'enlève », a déclaré Denis Coderre.

Plus tôt, le chef de la Coalition Montréal, Marcel Côté, a vivement réagi.

« Ce n'est pas une grande journée pour le Québec aujourd'hui et pour Montréal. C'est une véritable gifle. Il ne faut pas oublier qu'à Montréal, 40% de la population est soit née à l'étranger, soit de minorité visible. Il y a beaucoup de ces gens-là qui portent le turban, portent le voile, la kippa. Ces gens-là ont des droits, on les respecte. Il n'y a pas de problème à Montréal ».

Selon lui, la charte est particulièrement discriminatoire envers les femmes:

« À Montréal, il y a beaucoup de femmes qui travaillent dans des CPE qui vont être obligées d'abandonner des choses importantes pour elles. Alors pourquoi on vise des femmes ainsi? On a enrobé ça dans un discours mielleux de valeurs québécoises. Il y a des valeurs internationales, universelles qui existent, on devrait tenter de les respecter ».

M. Côté apprécie la possibilité d'utiliser la clause de retrait pendant cinq ans, et n'a pas l'intention de s'en priver s'il est élu, ce qui permettrait au Conseil municipal d'autoriser certains signes religieux aux employés.

« Évidemment nous allons demander l'exemption. Non seulement nous allons demander une exemption, nous allons le demander à la communauté métropolitaine, nous allons inciter les autres villes de la région. Je ne peux pas croire que Brossard et Laval, par exemple, qui ont d'importantes minorités, vont accepter une telle gifle pour leurs femmes ».

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, préfère limiter pour l'instant ses engagements à une intervention au niveau municipal, mais voit tout de même l'impact négatif de la charte pour limiter l'accès à l'emploi dans le secteur public aux femmes qui portent le voile.

« J'estime malheureux que l'accès à l'emploi qui est le mode d'intégration par excellence des nouvelles communautés, tout particulièrement des femmes, soit désormais limité puisque l'on parle de l'emploi dans le secteur public, les écoles primaires, les écoles secondaires, les CPE. Alors on vise directement un groupe de femmes essentiellement et c'est fort malheureux », dit-il. « Si je suis élu maire de Montréal, je demanderai d'exercer le droit de retrait de l'application de la charte ».

Discours semblable de la part de Mélanie Joly, candidate à la mairie pour le Parti du vrai changement.

« On trouve que la démarche gouvernementale ne sert en rien Montréal. Montréal est un exemple d'harmonie et la charte ne va que diviser la population. Dans le contexte de notre administration, il est évident qu'une des premières résolutions que nous allons adopter c'est de nous soustraire par rapport à cette charte-là. Parce qu'on est contre la charte des valeurs québécoises et faire en sorte que les gens puissent porter leurs signes religieux. Pour nous la ville est déjà laïque dans son fonctionnement. Ça ne sert pas Montréal et quand Montréal ne va pas bien, c'est tout le Québec qui en souffre », a-t-elle déclaré.

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