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Le pétrole des sables bitumineux ne bénéficierait pas au Québec, selon l'IRIS

09/09/2013 04:36 EDT | Actualisé 08/11/2013 05:12 EST

Le Québec n'aurait aucun avantage économique ou environnemental à faire venir par oléoduc du pétrole des sables bitumineux de l'Alberta plutôt que de s'approvisionner de pétrole d'outre-mer, selon une note de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS).

Les chercheurs de l'IRIS se penchent sur le projet d'Enbridge d'inverser le flux du pipeline 9B entre North Westover en Ontario et Montréal-Est pour acheminer, à terme, 300 000 barils par jour de pétrole brut issu des sables bitumineux vers le Québec et l'est du pays.

Les chercheurs veulent notamment contrer l'idée selon laquelle faire venir du pétrole des sables bitumineux pour la consommation courante au Québec serait une option plus sensée au plan environnemental qu'importer du pétrole d'ailleurs.

L'étude rappelle que la majorité du pétrole consommé au Québec est actuellement importé d'outre-mer, principalement d'Algérie, de la mer du Nord ou de Terre-Neuve-et-Labrador.

Mais selon les chercheurs Renaud Gignac et Bertrand Schepper, le pétrole des sables bitumineux est jusqu'à 67 % plus polluant que la majorité du pétrole actuellement importé d'outre-mer, surtout en raison des émissions élevées de gaz à effets de serre qu'entraîne la phase d'extraction.

« Pour extraire le pétrole des sables bitumineux, du pétrole non conventionnel, on doit d'abord couper à blanc tout ce qu'il y a de forêt boréale, puis faire fonctionner de la machinerie lourde pour creuser et extraire le pétrole », explique Renaud Gignac, en entrevue à RDI.

« Avec l'analyse du cycle de vie (extraction, transport et raffinage), on constate qu'avec le sable des bitumineux, l'extraction pèse beaucoup plus lourd dans la balance des gaz à effet de serre. De son côté, le transport du pétrole par bateau sur une très longue distance représente une quantité marginale dans le calcul des émissions », poursuit-il.

Retombées économiques

L'Institut est également d'avis que les retombées économiques seraient minimes avec la création d'une centaine d'emplois à long terme.

« Ces emplois rapporteraient au trésor québécois environ 6,3 millions de dollars au cours de la première année, soit moins de 0,01 % du total des revenus du Québec pour 2013-2014 », ce qui représente une contribution marginale au trésor public, dit l'IRIS.

Les chercheurs considèrent aussi que le prix à la pompe ne changera pas pour les consommateurs. « Les raffineries ont un petit avantage avec le pétrole des sables bitumineux par rapport au baril de Brent (de la mer du Nord), mais l'impact ne se fera pas sentir à la pompe », dit Renaud Gignac.

Selon l'IRIS, dès que le pétrole peut être vendu sur les marchés extérieurs, les prix convergent et la différence est ramenée à zéro.

Effet sur la production albertaine

Selon l'IRIS, la décision du Québec de permettre le projet 9B pourrait entraîner une augmentation de 12 % de la production de pétrole albertain.

« Avec la mise en veilleuse des projets Keystone XL et Northern Gateway, les projets de sables bitumineux sont freinés dans le temps. Il y a un goulot d'étranglement pour le pétrole qui est produit (et qui manque de débouchés). Si le Québec décide de ne pas aller de l'avant, la production en Alberta ralentira, de même que les émissions », affirme M. Gignac.

Par ailleurs, les chercheurs de l'IRIS affirment qu'Enbridge présente un mauvais bilan de sécurité et font en conséquence une mise en garde au gouvernement. « Enbridge est responsable du plus grave déversement terrestre de l'histoire des États-Unis, du pétrole bitumineux dans la rivière Kalamazoo, au Michigan (en 2010). On compte aussi 70 déversements dans son réseau d'oléoducs par année », dit M. Gignac.

Équiterre appelle Québec à prendre ses responsabilités

À la lumière de l'étude de l'IRIS, l'organisme Équiterre interpelle le gouvernement provincial, considérant que le projet rapporterait peu sur le plan économique, mais aurait un grand impact environnemental.

« Nous tenons à rappeler que 20 municipalités québécoises ont demandé au gouvernement du Québec de tenir sa propre évaluation environnementale, le processus d'évaluation fédéral ne passant pas la barre pour ces municipalités », affirme Steven Guilbeault, porte-parole d'Équiterre, dans un communiqué.

« [Le gouvernement] s'est lui-même engagé à tenir ses propres consultations et une étude environnementale indépendante, dont les détails se font toujours attendre », ajoute-t-il.

Le projet Énergie Est de TransCanada

La publication de cette étude survient au moment où un autre projet de transport de pétrole issu des sables bitumineux vers l'est du pays, le projet Énergie Est de TransCanada, fait l'objet de vives discussions.

Le gouverneur du Maine, Paul LePage, a estimé lundi qu'il s'agissait d'un grand projet qui pourrait rendre une plus grande quantité de pétrole disponible aux États de la côte Est.

M. LePage dit qu'il préférerait que le pétrole soit transporté par oléoduc plutôt que par train, évoquant la tragédie de Lac-Mégantic, qu'il a qualifiée de « scénario catastrophe ».

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