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Des pharmaciens affichent illégalement des rabais sur les médicaments

03/09/2013 07:10 EDT | Actualisé 03/11/2013 05:12 EST
Radio-Canada

Exclusif - Les pharmaciens sont nombreux à contrevenir, parfois sans le savoir, à la réglementation sur la vente de médicaments au Québec, en affichant des rabais sur les médicaments, ce qui est considéré comme un geste illégal par leur ordre professionnel.

Un reportage de Thomas Gerbet

Nous avons visité une dizaine de pharmacies de plusieurs enseignes, prises au hasard dans la grande région de Montréal. Dans chacune d'elle, certains médicaments des tablettes publiques étaient annoncés en prix spécial. Dans la grande majorité des cas, il s'agissait de l'acétaminophène (par exemple Tylenol).

Comme pour un téléviseur ou un morceau de viande, des médicaments sont affichés à prix réduit pour attirer le consommateur. Ils sont par exemple en « solde » chez Jean-Coutu, en « liquidation » ou à « prix gelés » chez Pharmaprix ou encore à « prix de malade » chez Brunet. Une pharmacie proposait même d'accumuler des points de fidélité avec l'achat d'acétaminophène.

Ce n'est pas tant le rabais en tant que tel que sa promotion qui est interdite par le Code de déontologie des pharmaciens, remis à jour en 2008. L'article 98 interdit « toute annonce d'un rabais, d'une ristourne, d'un cadeau, d'un timbre prime, d'un boni ou de tout autre avantage de même nature applicable à l'achat d'un médicament ».

Ce règlement est d'autant plus valable pour l'acétaminophène, qui est la principale cause d'intoxication médicamenteuse au Québec.

« Le pharmacien vend un produit qui n'est pas un produit de consommation comme les autres, donc on ne doit pas promouvoir son utilisation ou son achat plus que nécessaire. » — Manon Lambert, directrice générale de l'Ordre des pharmaciens du Québec

La directrice générale de l'Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ), Manon Lambert, confirme qu'il est interdit d'afficher un prix spécial à rabais. « Si vous voyez ça, je vous invite à appeler au bureau du syndic de l'Ordre des pharmaciens », indique-t-elle.

Les sanctions peuvent aller de simples réprimandes, jusqu'à des amendes de 6000 $ et, dans des cas plus graves ou de récidive, le permis d'exercice peut être suspendu ou retiré.

À Longueuil, un pharmacien nous a répondu qu'il a le droit d'offrir des rabais « sur des boîtes de petites quantités », mais il n'a pas été en mesure de nous dire sur quel règlement il s'appuie.

À Vaudreuil-Dorion, une pharmacienne a avoué être au fait de cette interdiction, mais a rejeté la faute sur l'enseigne qui leur demande d'afficher ces rabais.

Le pharmacien offrait des rabais à ses proches

Un pharmacien de Saint-Hyacinthe, Guy Ravanelle, a été condamné cet été a une amende de 5000 $ et au paiement des frais d'avocat de la partie plaignante. Durant près de 10 ans, il a accordé à des patients des rabais de 5 à 50 %. Selon la décision du Conseil de discipline de l'Ordre des pharmaciens datée du 1er août 2013, les bénéficiaires étaient « des clients de longue date, des membres de la famille élargie des employés et ex-employés ». Selon l'article 50 du Code de déontologie, le pharmacien ne doit pas « verser, offrir de verser ou s'engager à verser à quiconque tout avantage relatif à l'exercice de sa profession ».

Pas de contrôle accru après l'entrée en vigueur de la loi 41

La prochaine entrée en vigueur de la loi 41, qui donne plus de pouvoirs aux pharmaciens, n'entraînera pas de renforcement des contrôles pour cibler les pharmaciens contrevenants.

« Des améliorations ont été faites ces dernières années », explique la directrice générale de l'OPQ.

Des inspecteurs surveillent les pharmacies en amont et une trentaine de professionnels sont condamnés par le Conseil de discipline de l'Ordre chaque année.

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