Le gouvernement veut renforcer l'enseignement de l'histoire

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MARIE MALAVOY
PC

Le gouvernement Marois instaure un cours obligatoire sur l'histoire nationale du Québec contemporain au collégial dès l'automne 2014, en plus de lancer une consultation en vue d'une réforme des programmes d'enseignement de l'histoire du Québec au primaire et au secondaire.

La ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, et le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, en ont fait l'annonce lundi après-midi, à Montréal.

Le gouvernement dit répondre ainsi aux préoccupations d'une majorité de Québécois qui se disent insatisfaits de l'enseignement de l'histoire nationale. La ministre Malavoy se défend par ailleurs de vouloir politiser l'enseignement de l'histoire.

« Il y a des grands moments de notre histoire qui expliquent ce que nous sommes. Si on veut être capable de décoder le monde qui nous entoure, les débats qui ont lieu actuellement, qui ne sont pas inventés par un parti ou par l'autre, mais qui existent du simple fait que nous sommes des francophones en Amérique du Nord, il y a des questions qu'on se pose, il y a des gens qui sont des tenants d'une option constitutionnelle ou d'une autre, si on veut comprendre ça, il faut comprendre ce qui a précédé », a affirmé Mme Malavoy, en conférence de presse.

Programmes revus au primaire et au secondaire

Pour ce qui est de la refonte des programmes au primaire et au secondaire, les consultations seront lancées cet automne et un rapport sera remis en décembre. On y entendra notamment les professeurs et autres professionnels du milieu de l'enseignement de l'histoire.

Le sociologue Jacques Beauchemin, qui est aussi sous-ministre associé au ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, ainsi que Nadia Fahmy-Eid, professeure d'histoire à l'Université du Québec à Montréal, mèneront ces consultations.

« Le mandat est de consulter les groupes et les individus. Parallèment, une section web sur le site du ministère de l'Éducation permettra aux gens de donner leur avis, qui sera pris en considération », a dit la ministre Malavoy.

Dès janvier, le ministère de l'Éducation retravaillera les programmes sur la base de cette consultation. Des projets pilotes permettront à l'automne 2014 de mettre en application une partie des orientations.

« C'est donc une refonte des programmes d'enseignement de l'histoire. C'est une démarche rigoureuse, claire, transparente, et, nous le souhaitons, rassembleuse. Nous aurons à travers cette démarche un regain de fierté », a ajouté Mme Malavoy.

Cours d'histoire obligatoire au cégep

Au collégial, le nouveau cours sera instauré dès l'automne 2014. Le Comité-conseil de la formation générale doit se pencher sur les objectifs et les standards du cours, ainsi que sur la place qu'il occupera au sein de la formation collégiale commune.

« Les jeunes adultes qui arrivent dans nos collèges, ceux qui vivent dans une société où l'instantanéité devient la règle suprême, ont besoin de profondeur, de repères, d'une analyse de la société québécoise, qui, comme les autres sociétés modernes, tend à se complexifier, et ce, à un rythme très rapide », a dit le ministre Duchesne.

« Les carences quant aux connaissances [des collégiens] sur le Québec et son histoire sont criantes. En enseignement obligatoire, le cours de littérature québécoise est le seul à aborder les éléments culturels et identitaires de notre nation. Il y a moins de 5 % des étudiants qui ont un cours d'histoire du Québec au collégial », ajoute Pierre Duchesne.

Par ailleurs, le ministre Duchesne ne pouvait pas encore estimer les coûts de l'instauration du nouveau cours.

« Il y a plusieurs possibilités, soit l'ajout d'heures d'enseignement ou l'utilisation des cours complémentaires. Ça va influencer les coûts, mais pas de façon exagérée. On verra comment utiliser le bassin de professeurs d'histoire existant », explique-t-il.

Des changements plutôt bien accueillis

Le Mouvement national des Québécois (MNQ) se réjouit de l'annonce de Québec.

« L'enseignement de l'histoire nationale étant lacunaire à tous les niveaux d'enseignement, le MNQ est heureux de constater que les réformes annoncées se feront en concertation avec les deux ministères », peut-on lire dans un communiqué.

Le MNQ fait partie de la Coalition pour l'histoire, une organisation qui regroupe des enseignants, mais aussi des mouvements nationalistes comme la Société Saint-Jean-Baptiste, qui réclame depuis plusieurs années que « le concept de nation québécoise » soit plus présent dans l'enseignement de l'histoire.

La Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ), syndicat qui regroupe quelque 33 000 membres, notamment chez les professeurs de cégep, dit quant à elle qu'elle « accompagnera la démarche » du gouvernement pour l'instauration du nouveau cours au collégial.

« Maîtriser le fonctionnement des institutions québécoises et l'origine des enjeux actuels au moment où les jeunes adultes acquièrent le droit de vote renforce la formation citoyenne dont nous faisons la promotion depuis de nombreuses années », affirme la présidente de la FNEEQ, Micheline Thibodeau, dans un communiqué.

De son côté, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) salue la décision d'augmenter l'offre de cours dans la formation générale, mais ne croit pas que le cours d'histoire doive être obligatoire, un changement « beaucoup plus facile à dire qu'à faire », selon elle.

« Plusieurs craintes sont déjà émises par les collégiens ayant des horaires de cours très chargés - parfois plus de 45 h -, il leur semble ainsi impossible de rajouter des heures de cours à la formation de l'ensemble des étudiants », lit-on dans un communiqué de la FECQ. La Fédération dit qu'elle consultera ses membres sur l'implantation du nouveau cours.

L'historien Denis Vaugeois salue aussi la décision de Québec.

« Au cégep, il n'y a pratiquement pas d'enseignement d'histoire du Québec. La démarche du ministre Duchesne est presque inespérée », a-t-il dit en entrevue à RDI, lundi.

« À l'élémentaire et au secondaire, les contenus ne posent pas de problème, c'est la répartition de la matière qui ennuie surtout les professeurs ».

« La première année, on leur fait enseigner les événements, et la seconde année, on reprend la même matière sous des angles thématiques. Les élèves disent "on a vu ça l'année passée" ».

Par ailleurs, M. Vaugeois ne pense pas qu'il y ait lieu de s'inquiéter quant à une politisation de l'histoire dans les classes, notamment en ce qui concerne la question nationale.

« J'espère que les partis d'opposition vont dire "enfin". On attendait ça depuis longtemps. J'aurais préféré que le gouvernement libéral antérieur fasse cette annonce pour dissiper les inquiétudes [quant à un parti pris politique]. Et la parole [lors des consultations] ne sera pas aux politiciens, mais aux enseignants, spécialistes et historiens. Ces gens-là sont sérieux. Ce n'est pas de la propagande qu'ils font en classe », dit-il.

Le gouvernement de Pauline Marois avait déjà fait part de sa volonté de revoir la façon dont l'histoire est enseignée aux jeunes Québécois. Le ministre Duchesne avait notamment dit vouloir faire de l'histoire du Québec une matière obligatoire au cégep en mai dernier.

Cette initiative avait été saluée par certains et décriée par d'autres, notamment dans le milieu de l'éducation.

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