DIVERTISSEMENT

Dear Criminals : banditisme de coeur (ENTREVUE)

02/09/2013 11:13 EDT | Actualisé 02/11/2013 05:12 EDT
Courtoisie

Dans l'arrière-cour de la maison du FME, quatre chaises en plastique, un espace gazonné, des cafés, des clopes et les trois membres du nouveau groupe Dear Criminals, Frannie Holder (Random Recipe), Charles Lavoie (Lackofsleep, b.e.t.a.l.o.v.e.r.s) et Vincent Legault (aussi de Random Recipe). La raison de notre rencontre est simple et le moment agréable : récemment arrivé dans le paysage musical québécois, la formation sortait en août un EP intitulé Weapons aux titres de chansons pas très jojo comme Lover's Suicide.

La chanteuse Frannie, qui ne s'est pas fait prier pour chanter aux côtés de Lavoie (de Sherbrooke), blague par ailleurs au sujet de ce titre, seul véritable point de discorde dans le groupe, paraît-il. « J'ai appris les chansons à l'oreille. Celles que Charles avait déjà écrites. On ne s'était pas compris sur l'utilisation de l'apostrophe. Un amoureux ou des amoureux... Anyways. C'est le genre d'histoire dans laquelle l'amour est impossible. Celle où tu te vois rentrer dans le mur, mais tu y vas pareil. »

« Je suis tombée sous le charme tellement j'aimais les chansons de Betalovers, le projet personnel de Charles. Nous avions joué dans le même concert au Divan Orange, il y a quelques années. De mon côté, j'étais avec Random Recipe. J'ai dit que j'adorais sa voix et ses tounes pis que je voulais entendre d'autres affaires... Finalement, nous avons pris contact plus tard. Ça fait environ un an qu'on a décidé de faire Dear Criminals. C'est pas évident de partir un band ces temps-ci. C'est fucking difficile. Mais on le fait d'abord pour nous. Parce que ça fait du bien et que les trois avons le goût de ce folk émotif [...] Je dirais que ce projet laisse plus de place aux subtilités de ma voix. »

« Disons que Frannie et moi sommes les deux emo de Random », de renchérir Legault, qui s'est en bonne partie chargé des arrangements de l'album. « Les titres ne sont pas vraiment révélateurs de l'ambiance générale. Nous sommes allés chercher le cru des paroles. »

Cette aventure Dear Criminals, qu'ils n'auraient pas cru possible il y a quelques années, s'est avérée assez concluante. C'est un projet qui aujourd'hui leur fait du bien. Un folk émotif, hanté et calme qui comble une autre part artistique de ces trois musiciens impliqués aussi dans d'autres destins. À voir la complicité entre les trois personnes, on sent que Dear Criminals va bien au-delà des raisons artistiques. Frannie semble avoir un plaisir fou à taquiner Charles, qui a tout un sens de l'humour et une belle répartie. En retrait quelque peu, Vincent sait rétorquer avec aplomb aussi.

En parallèle de Betalovers

« Oui, j'écris toujours pour Betalovers », affirme Charles Lavoie, dont la voix enracinée se marie très bien (la pièce Took It From Me, par exemple) avec celle fragile, à fleur de peau, un peu en fausset de Frannie. Il a sans conteste du talent au chant, qui rappelle parfois Patrick Watson (avec plus de coffre) comme sur la très réussie Plastic Flowers.

« Mais j'avoue que souvent les chansons ont une finalité Dear Criminals », de poursuivre Lavoie. « Pour l'instant, j'avais mis davantage mon énergie dans ce groupe. Mais j'ai des tounes qui sonnent pas vraiment pour le groupe et que je vais probablement développer pour moi. C'est juste que nous étions pas mal impliqués dans le EP et la préparation des trois concerts donnés au FME. Après, je verrai. »

Les trois musiciens qui se retrouvent dans ce folk brumeux, hanté, sensible - et pas très criminel au final - n'ont pas de plan précis avec le groupe et semblent bien heureux ainsi. « On ne voulait faire de vrai album complet, indique Holder. « D'ailleurs, est-ce encore pertinent ces efforts pour un album complet ? C'est tellement dur ces temps-ci. Pour nous, un EP c'était plus léger, moins angoissant. Les chansons ont quand même une vie et c'est ce qui est important. Elles continueront d'évoluer dans les spectacles. »

L'album a été réalisé par Philippe Brault (directeur artistique et musicien accompli très respecté) et enregistré dans son studio de Montréal. Aux dires des Criminals, il a été excellent pour ramasser et peaufiner le travail déjà accompli. Il aurait davantage mis « une brillante touche d'ingénieur ».

Après le FME, le groupe garde l'oreille tendue pour les propositions. Mais l'album de Random Recipe à sortir en octobre prendra de toute évidence pas mal de temps... « Ce sera à suivre. On croit beaucoup à Dear Criminals, mais on ne se met pas de pression. Ce projet, je le vois dans le temps. C'est moins cadré que Random Recipe. On a plus de flexibilité, disons. »

« Le plan est ouvert », ajoute Lavoie. « Nous voulons faire preuve de beaucoup de liberté. Des propositions sont venues, mais on a refusé car elles ne correspondaient pas à nos envies. »

« C'est une belle façon de survivre au plan artistique en tout cas », d'enchaîner Vincent Legault. « Puis nous sommes contents du résultat. Jouer en première partie de Martha Wainwright au Festival de jazz, c'est bien. C'est d'abord un coup de cœur cette histoire de Dear Criminals. »

Pour tous ceux qui aiment les atmosphères folk de nuit, les couches délicates, le dépouillé, les harmonies vocales inquiétées, mais vivantes, les dégradés mélancoliques et feutrés, les spleens plus tranquilles à la Timber Timbre (mais ne poussons pas trop loin les comparaisons). Pour ceux qui croient encore à la pertinence du travail de Cat Power (pour faire plaisir à Frannie, une admiratrice quasi finie) et de ces autres chanteuses/chanteurs qui partagent leur fragilité et leur sensibilité.

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