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Le spectre de la guerre d'Irak et des fausses preuves bouscule le calendrier en Syrie

30/08/2013 07:09 EDT | Actualisé 29/10/2013 05:12 EDT
REUTERS

Cette fois, les Anglais ne tireront pas les premiers. Le Parlement britannique a rejeté jeudi 29 août l'idée d'une intervention militaire contre la Syrie. Un souvenir encore tenace a agité les sept heures de discussion qui ont précédé le vote: la guerre d'Irak. Le théâtre du Moyen-Orient, des accusations portant sur des armes de destruction massive détenues par un régime autoritaire, une administration américaine affirmant détenir des preuves et disant être prête à se passer du soutien des Nations unies, tout ça a un air de déjà vu.

Nous sommes le 19 mars 2003 au soir. Les premiers bombardements américano-britanniques sur Bagdad visent des bâtiments officiels et marquent le début de l'opération "Liberté pour l'Irak". La veille à Londres, les parlementaires ont donné leur aval à l'envoi de troupes dans le pays dirigé par Saddam Hussein. Avec 412 voix pour et 149 contre, Tony Blair dispose même d'une large majorité pour mener le conflit, appelant déjà ses concitoyens à offrir aux troupes armées "le soutien qu'elles méritent".

Dix ans plus tard, 285 députés (contre 272) ont rejeté la motion gouvernementale proposant une action militaire contre la Syrie. "J'étais déterminé à ce qu'on tire les leçons de l'Irak et je suis content qu'on ait fait entendre raison au Premier ministre ce soir", a réagi à l'issue du vote le chef du Labour, Ed Miliband. "Il n'y a pas de doute que l'expérience en Irak a augmenté le niveau de scepticisme à la Chambre des Communes", a quant à lui reconnu Jack Straw, député travailliste et ministre des Affaires étrangères au moment de l'invasion de 2003.

Pour tenter de convaincre les députés, le gouvernement avait pourtant publié les conclusions des services de renseignement britannique jugeant "hautement probable que le régime (syrien) soit responsable des attaques aux armes chimiques du 21 août" deenier. "Hautement probable", mais pas certain. C'est là ou le bât blesse. En 2003, c'est sur la base de certitudes ânonnées par l'administration Bush que les Britanniques s’étaient engagés dans la guerre. Des certitudes aujourd'hui qualifiées d'"erreurs", voire de "mensonges".

Resté dans les mémoires, le sévère et theâtrale réquisitoire de l'Américain Colin Powell à l'ONU, sonne aujourd'hui comme le point d'orgue d'une vaste opération d'enfumage. A l'époque comme en 2013, c'est sur la base d'écoutes téléphoniques et de photos satellites qu'ils avaient eux-mêmes réalisés que les Américains fondaient leur accusations.

Regardez un extrait du discours du secrétaire d'Etat américain, qu'il qualifiera lui-même en 2005 de "tâche" dans sa carrière :

Colin Powell, Georges W. Bush, Tony Blair et bien d'autres... une génération entière de responsables politiques marquées par le sceau d'une guerre qu'ils n'ont pas su justifier. A l'inverse, que retient-on de Jacques Chirac ou Dominique de Villepin à l'étranger, si ce n'est leur "non héroïque" à la guerre en Irak. On comprend mieux, dès lors, la mesure avec laquelle les dirigeants actuels traitent le dossier syrien.

En votant contre l'avis du gouvernement, les parlementaires britanniques semblent aussi tirer deux leçons de l'épisode irakien et des prétendues armes de destructions massives.

D'abord, que les inspecteurs de l'ONU doivent pouvoir faire leur travail et que celui-ci doit servir à quelque chose. On se souvient en 2003 que les chefs des inspecteurs de l'ONU en Irak, Hans Blix et Mohamed El-Baradei, avaient estimé que le déroulement des inspections ne justifiait pas le déclenchement d'une guerre.

Ensuite, que le droit international doit être du côté des nations qui disent le défendre. La communauté internationale, ont dit les députés britanniques, doit poursuivre son travail de sape et attendre les conclusions de la mission d'enquête de l'ONU avant de soumettre une résolution à un nouveau vote, même inexorablement bloqué par le Russie. Désormais, les certitudes des Etats-Unis ou des services secrets occidentaux, décridibilisées par la guerre en Irak, ne suffisent plus à légitimer un conflit armé. Les nombreux faisceaux de preuve de l'utilisation d'armes chimiques par le régime de Bahar al-Assad, comme l’enquête du Monde publiée mai 2013, non plus.

Quelles sont les preuves de l'utilisation d'armes chimiques?

"Si les services de renseignement américains, français ou britanniques ont des preuves (de l'utilisation d'armes chimiques en Syrie), qu'ils les partagent", a déclaré mercredi le chef de la diplomatie belge Didier Reynders. Si les preuves s'accumulent, aucune n'est irréfutable aux yeux de la communauté internationale. La France n'a pas souhaité préciser la nature des preuves qu'elle avance. Vendredi, François Hollande a indiqué au Monde disposer "d'un faisceau d'indices qui vont dans le sens de la responsabilité du régime de Damas", avant d'exclure "de prendre une décision avant de disposer de tous les éléments qui la justifieraient".

Quant à Barack Obama et David Cameron, ils évoquent "des conversations téléphoniques paniquées" entre un responsable du ministère syrien de la Défense et le chef de l'unité des armes chimiques, ainsi que des témoignages et images filmées sur place.

Barack Obama, qui avait jadis qualifié l'invasion et l'occupation de l'Irak d'"erreur tragique", a tenté de calmer les appréhensions des élus américains en mentionnant "une approche limitée, sur mesure" en Syrie pour "ne pas nous retrouver entraînés dans un long conflit, pas une répétition de l'Irak".

Plus tôt jeudi, la présidence avait confirmé la publication prochaine, "avant la fin de la semaine", d'une "version déclassifiée" d'un rapport du renseignement quant à l'usage d'armes chimiques par le régime Assad"... Fort heureusement, Colin Powell est à la retraite.

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