POLITIQUE

Ségrégation et Charte des valeurs: Drainville invite Trudeau à faire preuve de plus de mesure dans ses propos

29/08/2013 09:36 EDT | Actualisé 29/10/2013 05:12 EDT
PC

CARLETON-SUR-MER, Qc - La première ministre Pauline Marois a évoqué la possibilité que la réforme de la loi 101 se solde par un échec, jeudi, alors que son gouvernement se prépare à lancer un vaste débat sur la place des symboles religieux dans les institutions publiques.

En concluant une réunion de ses députés en Gaspésie, Mme Marois a affirmé que le projet de loi 14, dans une impasse depuis le printemps dernier, a peu de chances d'être adopté.

Le gouvernement a déjà accepté plusieurs modifications et il est difficile d'envisager d'autres changements à la loi, a indiqué la première ministre lors d'une conférence de presse dans le centre des congrès où son caucus était réuni depuis mercredi.

«Elle peut être appelée au vote, je n'exclus rien, mais à ce moment-ci, les chances de la voir adoptée m'apparaissent plutôt minces», a-t-elle dit.

La ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, doit cependant encore discuter d'amendements avec la Coalition avenir Québec (CAQ), dans l'espoir de dégager une entente.

«On veut faire de cette loi un outil de promotion, d'avancement, de défense, de progrès de la langue et si on l'édulcore trop, on n'arrivera pas à atteindre cet objectif», a cependant prévenu la première ministre.

Mme Marois a affirmé qu'en cas d'échec sur le front législatif, le gouvernement poursuivra tout de même ses efforts dans ce dossier.

«On agira sur les fronts où on est capables d'agir en matière linguistique», a-t-elle dit.

Mme Marois a déclaré qu'il ne fallait pas conclure que devant les difficultés appréhendées du projet de loi 14, le gouvernement a choisi de se concentrer sur la place des symboles religieux, avec son projet de charte des valeurs québécoises.

«Autant pour la langue que pour la question des valeurs, ce ne sont pas des sujets qu'on a mis à l'ordre du jour depuis un an ou depuis trois mois», a-t-elle dit en faisant valoir que ces deux aspects étaient inscrits à son programme électoral.

Comme son ministre responsable des Institutions démocratiques Bernard Drainville l'a fait mercredi, Mme Marois a elle-aussi souligné l'ouverture du chef de la CAQ François Legault sur la neutralité religieuse de l'État.

«Nous accueillons très favorablement le fait que M. Legault souhaite débattre de ces questions et a un certain nombre d'idées à présenter, qui sont un peu différentes des nôtres, mais au moins, il en a, et il a un point de vue et une position», a-t-elle dit.

Les propositions du gouvernement pour son projet de charte des valeurs québécoises devraient être connues dans les prochains jours.

La CAQ a proposé cette semaine d'interdire les symboles religieux aux membres de la fonction publique en position d'autorité, comme les juges, procureurs de la Couronne, enseignants et policiers.

Des fuites dans les médias ont laissé entendre que le gouvernement souhaiterait étendre cette interdiction à tous les employés de l'État.

Mme Marois a d'autre part invité le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, à modérer ses propos dans le débat sur la place des symboles religieux et la laïcité, qui a animé l'actualité au cours des derniers jours.

«Les propos qu'il a tenus n'invitent pas au calme, n'invitent pas à la sérénité et jettent plutôt de l'huile sur le feu, a-t-elle dit. S'il y a un État qui a été respectueux de ses minorités, qui a été respectueux de la liberté de religion des personnes, c'est bien l'État québécois et le gouvernement du Parti québécois en particulier.»

Dans un discours mercredi à Georgetown, à l'Île-du-Prince-Édouard, M. Trudeau a rappelé que le leader noir américain Martin Luther King avait lutté contre la ségrégation et la discrimination et «refusait de permettre de croire qu'il y avait des citoyens de seconde classe».

M. Trudeau a déclaré que son parti allait combattre cette forme «d'intolérance et de division».

Alors que le débat sur la laïcité a pris beaucoup de place dernièrement, le gouvernement étant accusé de vouloir faire diversion sur les dossiers économiques, Mme Marois a affirmé que cela ne l'empêche pas de maintenir le cap sur la création d'emploi.

«Vous savez très bien que nous sommes capables de faire plusieurs choses en même temps et particulièrement quand on est une femme», a-t-elle dit en soulignant cette dernière pointe avec humour.

Quelques manifestants ont défilé devant le centre des congrès où les membres du gouvernement étaient réunis, jeudi, pour réclamer notamment que le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) évalue les impacts de la filière pétrolière en Gaspésie.

Maude Prud'homme, porte-parole du regroupement Tache d'huile, a affirmé qu'un moratoire est nécessaire afin de déterminer notamment si le secteur pétrolier peut continuer ses activités sans contaminer les sources d'eau souterraine.

«On n'a aucune preuve que les travaux sont suspendus et on veut une consultation, une étude en profondeur des conséquences possibles», a-t-elle dit.

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