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Écart entre gains de productivité et salaires depuis 30 ans, note l'IRIS

27/08/2013 02:15 EDT | Actualisé 26/10/2013 05:12 EDT

Même si la productivité par heure travaillée a augmenté de 32 % au Québec au cours des 30 dernières années, les revenus de travail n'ont augmenté que de 15 %, selon une étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) publiée mardi.

L'IRIS calcule que si cette divergence était comblée, le revenu de travail moyen augmenterait de 6000 $ par année, passant d'un taux horaire de 26 $ à 29 $.

Les données utilisées dans cette étude portent sur les années 1981 à 2010.

Les chercheurs Mathieu Dufour et Philippe Hurteau calculent que pendant cette période, la part du produit intérieur brut (PIB) que recevaient les travailleurs et travailleuses a diminué de 12 % alors que celle profitant aux entreprises a augmenté de 16 %.

Les chercheurs remettent en question les analyses économiques, et du même coup les politiques publiques, qui tiennent pour acquis que les salaires augmentent nécessairement dans la même proportion que le PIB. Selon eux, il faut créer des conditions propres à permettre aux travailleurs de combler ce retard.

Salaires et conditions de travail

Pour expliquer cet écart, les chercheurs avancent notamment que les travailleurs ont perdu une bonne part de leur pouvoir de négocier durant cette période.

Puisque l'accessibilité à l'assurance emploi a diminué durant ces trois décennies (le pourcentage des chômeurs couverts est passé de plus de 80 % au début des années 1980 à 47,7 % en 2012) et que les gouvernements n'ont pas indexé les prestations sociales, les travailleurs ont perdu de leur capacité de faire pression sur leur employeur, estiment les chercheurs.

La libéralisation des échanges et les flux de capitaux ont aussi rendu les entreprises plus mobiles, augmentant la précarité pour les employés, expliquent-ils.

Les travailleurs sont donc plus enclins à accepter des postes moins bien rémunérés, ou avec de moins bonnes conditions de travail, amenant une pression à la baisse sur les salaires.

« Force est de constater que dans les 30 dernières années, nous avons créé plus de richesse, mais nous ne l'avons pas partagé équitablement. Ce faisant, on érode le cercle vertueux sur lequel s'appuyait justement la croissance : c'est avec de bons salaires qu'on peut espérer une économie forte », soutient dans un communiqué le chercheur Mathieu Dufour, également professeur d'économie à la City University de New York.

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