DIVERTISSEMENT

Carré rouge sur fond noir : la grève étudiante vue de l'intérieur

26/08/2013 08:03 EDT | Actualisé 26/10/2013 05:12 EDT
Myriam Lefebvre

Le printemps érable n’est pas encore assez lointain pour qu’on le considère comme un souvenir collectif que, déjà, les documents en retraçant les points forts commencent à abonder. Lundi soir, on dévoilera Carré rouge sur fond noir, un documentaire posant un regard on ne peut plus réel sur « l’envers du décor » des associations étudiantes qui ont mené les troupes pendant la grève étudiante de 2012, l’un des conflits les plus importants de l’histoire du Québec.

Les réalisateurs Santiago Bertolino et Hugo Samson ont braqué leur caméra sur les activités de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), ses porte-paroles de l’époque, Gabriel Nadeau-Dubois et Jeanne Reynolds, leurs collègues Maxime, Victoria et Justin, ainsi que d’autres figures dominantes du mouvement, pendant toute la durée de la grève, des premiers balbutiements de celle-ci, au début de l’année 2012, jusqu’à l’élection du Parti Québécois et de Pauline Marois, le 4 septembre. Aucun aspect n’est escamoté dans le long-métrage, des réunions exécutives aux préparations de points de presse, des prises d’assaut de la rue par la population en colère aux négociations avec le gouvernement. Rappelons qu’en six mois, les événements ont provoqué 3500 arrestations, et que la manifestation du 22 mars avait réuni pas moins de 200 000 personnes.

On s’introduira ainsi dans une séance d’information tenue lors d’une assemblée étudiante au Cégep du Vieux-Montréal, le 24 janvier, et on s’arrêtera à toutes les étapes qui ont conduit à un boycott scolaire qui allait finalement durer plus de six mois. On entendra Gabriel Nadeau-Dubois scander que la suspension des cours n’a rien d’une partie de plaisir et, en contrepartie, ses camarades s’interroger sur les conséquences possibles d’un débrayage qui s’étire. On assistera à des échanges portant sur la manière de composer avec les médias ou avec le vandalisme. On fera état de journées marquantes, comme celle où le Cégep du Vieux-Montréal a fermé ses portes pour imposer une dynamique de lock-out, et celle où le Cégep de Valleyfield a forcé un retour en classe. On revivra évidemment le Salon du Plan Nord et l’émeute qui a suivi, la démission de Line Beauchamp, l’adoption de la loi 78, les manifestations nocturnes, le mouvement des casseroles qui ont tinté dans la métropole et l’annonce par Pauline Marois de l’annulation de la hausse des droits de scolarité.

On verra même Gabriel Nadeau-Dubois préparer soigneusement sa démission de la CLASSE et contacter un journaliste du Devoir pour lui confier en exclusivité les raisons de son départ, martelant sans relâche qu’un « all-in » contre Jean Charest s’avère la solution à l’impasse. Et on constatera enfin, à certains moments, le découragement et la lassitude qui gagnent même les leaders les plus convaincus. « J’suis fatigué, j’suis tanné », laissera d’ailleurs tomber GND à la 13e semaine de cette saison mouvementée.

Concentré sur les actions étudiantes, ce portrait-vérité ne donne pas dans la nuance. On ne tend jamais le micro aux politiciens ni aux gens en faveur de la hausse des frais de scolarité pour offrir un contrepoids. Il faut également souligner que le charisme de Gabriel Nadeau-Dubois et de ses acolytes, Martine Desjardins (ex-présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec) et Léo Bureau-Blouin (ancien président de la Fédération étudiante collégiale du Québec), surplombe souvent l’ensemble. Mais Carré rouge sur fond noir dépeint bien les hauts et les bas qu’ont dû traverser les militants, sans verser dans la complaisance et sans trop de sensationnalisme. Il s’agira certainement là, à long terme, d’une archive précieuse pour témoigner d’un pan majeur de notre société.

Carré rouge sur fond noir sera présenté en primeur lors d’un événement spécial au cinéma Excentris, ce lundi, 26 août, à 20h30, en présence notamment de Gabriel Nadeau-Dubois. Le film y prendra ensuite l’affiche le 30 août. Une version écourtée de 82 minutes sera aussi diffusée ce soir, à 21h, à Télé-Québec. À 22h30, une séance de clavardage aura lieu sur Twitter (#carrerougefilm).

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