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Alberta : une double mastectomie ratée

26/08/2013 04:34 EDT | Actualisé 25/10/2013 05:12 EDT

AVIS : IMAGES EXPLICITES - Lynn Burkitt, une femme de Medicine Hat, blâme Services de santé Alberta pour une double mastectomie qui lui a laissé un abcès creux et infecté sur sa poitrine et pour un double rouleau de gaze oublié pendant des mois dans son corps.

La femme de 52 ans, qui a subi des chirurgies censées combattre un cancer du sein, se dit gênée d'assister à la lente guérison de sa plaie ouverte de la taille d'un jeton de poker.

« Au début, vous pouviez facilement introduire votre poignet dans ma poitrine. Les dégâts ont été tels que j'ai l'impression d'être un monstre. Si c'était à refaire, je n'aurais jamais accepté ces chirurgies », regrette Mme Burkitt, qui estime avoir perdu une année de sa vie.

Selon elle, cette situation a eu des incidences négatives sur sa relation avec son partenaire. La patiente n'a pas été en mesure de travailler pendant un an. Son habillement ne lui permettait pas de sortir pour visiter des proches. Elle ne pouvait porter une prothèse ou un soutien-gorge à cause de sa plaie béante.

Longue et pénible histoire

Tout commence en 2010. La résidente de Medicine Hat, dans le sud de l'Alberta, subit une thérapie de radiation au sein droit pour guérir un cancer non invasif appelé carcinome canalaire in situ (CCIS).

Deux ans plus tard, Lynn Burkitt se plaint de douleur et d'une sensation de chaleur au sein droit. De retour à l'hôpital, les médecins suggèrent de nombreuses possibilités, depuis le zona jusqu'à une récidive du cancer. La mammographie ne montrera aucun cancer, mais la douleur persiste.

Ayant une histoire de cancer dans sa famille, Lynn Burkitt prend peur et demande une double mastectomie.

La double mastectomie a lieu le 6 juin à l'hôpital régional de Medicine Hat. Dans les jours suivants, la patiente se sent à nouveau mal. Elle subit une seconde intervention chirurgicale pour soigner une infection.

Peu après, la patiente se sent en forme au point de qualifier son médecin de héros. Son langage changera quelques semaines plus tard, avec l'apparition d'une puanteur que Lynn Burkitt qualifie d'horrible, d'indescriptible et de pourrie.

Des infirmières lui sont envoyées chaque jour, mais sans parvenir à réduire sa souffrance. Lynn Burkitt multiplie des séjours en salle d'urgence et reçoit des antibiotiques.

Une troisième chirurgie sera nécessaire pour réaliser qu'un double rouleau de gaze avait été oublié dans son corps. Les médecins le retirent alors, laissant un énorme trou qui doit encore guérir.

Des erreurs

Il peut être normal de laisser de la gaze dans une plaie ouverte, mais il faut la changer régulièrement. Dans le cas de Mme Burkitt, les infirmières ne voyaient pas le rouleau de gaze qui se trouvait loin à l'intérieur de la plaie, car le chirurgien avait suturé cette dernière.

Cette information n'avait pas été adéquatement communiquée au personnel soignant.

Dans une lettre datant du 10 janvier 2013, Services de santé Alberta a présenté ses excuses à Lynn Burkitt.

L'agence a également révisé les procédures à l'hôpital régional de Medicine Hat et a mis en place de nouvelles normes pour améliorer la communication entre les personnes qui donnent des soins à domicile et éviter d'autres erreurs.

Selon Services de santé Alberta, une alerte visuelle a été créée dans la charte des patients pour attirer l'attention des infirmières sur les personnes qui ont des besoins spéciaux. Une formation doit également être donnée au sujet des instructions sur les besoins des patients qui passent d'un secteur du système de santé à un autre.

Mme Burkitt ajoute cependant que personne ne lui a encore indiqué si des accusations avaient été portées en lien avec son état de santé.

Les soins à domicile

Le cas Burkitt a par ailleurs permis d'en apprendre davantage sur le monde des soins à domicile. Un patient sur dix y subit des conséquences de traitements inadéquats qui auraient pu être évités dans la moitié de cas, soutient une étude publiée en juillet dans le BMJ Quality & Safety Journal.

La directrice de l'Association canadienne de soins à domicile, Nadine Henningsen, parle de calamité d'erreurs dans des conditions où des patients espèrent éviter des problèmes de santé qui se contractent facilement dans les établissements hospitaliers.

Le nombre de patients qui poursuivent leur convalescence chez eux est d'ailleurs en augmentation exponentielle alors que les hôpitaux tentent de se désengorger et de réduire des séjours longs et onéreux.

En 2012, environ 1,4 million de Canadiens ont reçu des soins à domicile. Cette proportion est 55 % plus élevée qu'en 2011. 

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