DIVERTISSEMENT
15/08/2013 11:50 EDT | Actualisé 15/10/2013 05:12 EDT

Le prix des livres vendus dans les grandes surfaces pourrait augmenter

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QUÉBEC - L'époque où on se rendait dans une grande surface pour acheter à bas prix le dernier best-seller pourrait bientôt être révolue. Tout comme celle où on se procurait pas cher un livre sur un site d'achat en ligne.

Selon un des scénarios envisagés par le gouvernement Marois, le prix de vente d'un livre acheté à la librairie du coin, dans une grande surface ou sur le web serait obligatoirement à peu près le même.

Poussé par le milieu de l'édition, Québec examine présentement la pertinence de réglementer le prix des livres, sur support papier ou numérique, de manière à protéger le marché des petites librairies indépendantes, dont les parts de marché sont à la baisse, ayant chuté de 35 pour cent en 2006 à 28 pour cent en 2010.

Par exemple, durant les neuf premiers mois suivant leur parution, Québec pourrait fixer un prix unique pour les livres, interdisant d'emblée aux grandes surfaces et sites web de consentir des rabais aux consommateurs supérieurs à 10 pour cent pendant cette période.

Dans un marché en plein chambardement, la petite librairie du coin doit chaque jour davantage subir la concurrence des grandes surfaces comme Costco et Walmart, mais aussi celle du web où les lecteurs font de bonnes affaires grâce à des sites comme Amazon. Et c'est sans compter l'attrait récent des lecteurs pour le livre numérique, un marché en pleine croissance.

Depuis des années, le milieu de l'édition accroît la pression sur le gouvernement pour qu'il intervienne et légifère en faveur de la centaine de petites librairies indépendantes, dont l'avenir paraît de plus en plus incertain.

Le ministre de la Culture, Maka Kotto, a gagné du temps en décrétant que la question serait analysée sous toutes ses coutures en commission parlementaire, un exercice qui débutera lundi prochain. M. Kotto ne s'est jamais commis sur la question.

Lundi, persuadée que le statu quo n'est plus tolérable, l'Union des écrivains québécois (UNEQ), qui regroupe 1400 écrivains, lancera le bal en exhortant Québec à légiférer rapidement pour sauver les librairies d'une lente mais inexorable disparition.

Sans vouloir déclarer la guerre aux grandes surfaces, l'UNEQ fait valoir que «les librairies sont les gardiennes de la diversité de l'offre littéraire», en faisant une place à la poésie, aux essais et aussi aux jeunes auteurs, donc pas seulement aux best-sellers et aux auteurs déjà consacrés, indique en entrevue téléphonique une des membres du conseil d'administration de l'UNEQ, Sylvie Desrosiers.

«Une grande surface tiendra tout au plus 300 titres à la fois (québécois et étrangers), soit un pour cent des quelque 30 000 nouveautés que l'on peut trouver dans les librairies au cours d’une année. Hors d'une librairie, quelle place y a-t-il donc pour la poésie, l'essai de réflexion, le roman d'exploration? Si une telle question ne frappe pas par son évidence, posons-la autrement: les premiers romans de Dany Laferrière, de Jocelyne Saucier et d'Éric Dupont auraient-ils été vendus dans les grandes surfaces avant que ces auteurs ne deviennent célèbres?», s'interroge l'UNEQ dans son mémoire remis à la commission, en rappelant qu'une grande surface vend des livres «comme tout autre produit de consommation, c’est-à-dire sur la base de l’offre et de la demande».

Elle plaide aussi pour le maintien d'un nombre élevé de points de vente où il est possible de fréquenter les oeuvres des auteurs québécois.

Dans un contexte en pleine transformation où les habitudes des consommateurs changent, l'UNEQ se défend bien de mener un combat d'arrière-garde perdu d'avance.

Au contraire, affirme Mme Desrosiers, une auteure de romans jeunesse, le statu quo apparaît comme un «appauvrissement culturel» dont le Québec ne peut que sortir perdant. «Ca ne peut pas être un combat d'arrière-garde» et ça ne doit pas être perçu ainsi, dit cette romancière qui insiste pour que le livre soit «quelque chose qu'on valorise» davantage au Québec.

Elle mise donc sur la volonté politique du ministre Kotto et de la première ministre Pauline Marois pour mieux protéger ce secteur névralgique de la culture québécoise.