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13/08/2013 04:31 EDT | Actualisé 13/10/2013 05:12 EDT

Constats inquiétants sur la contamination à Lac-Mégantic (VIDÉO)

Du métal toxique d'arsenic et des niveaux anormalement élevés d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), qui sont potentiellement cancérigènes, contaminent la région de Lac-Mégantic, selon des analyses effectuées par la Société pour vaincre la pollution (SVP), en collaboration avec Greenpeace Canada.

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Radio-Canada et La Presse Canadienne ont pu consulter les résultats d'une première ronde d'analyses que la SVP a menées à partir d'échantillons prélevés le long de la rivière Chaudière, de même que dans le village de Frontenac. Les analyses ont été confiées au laboratoire indépendant AGAT, accrédité par Québec.

La SVP et Greenpeace disent vouloir ainsi informer la population de Lac-Mégantic et des environs de « certaines des substances auxquelles elle a été, est, et sera encore exposée », après que le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) eut « refusé de rendre publiques » les données qu'il possède sur la contamination à Lac-Mégantic.

Le cabinet du ministre du MDDEP, Yves-François Blanchet, a refusé de commenter les propos de la SVP et de Greenpeace.

De l'arsenic et de la « mousse au chocolat »

Les échantillons prélevés révèlent la présence « du cocktail chimique » que la SVP et Greenpeace appréhendaient trouver dans le secteur après avoir aperçu, flottant sur les eaux, un mélange épais de pétrole et d'eau, semblable à « de la mousse au chocolat ». Il y avait également des filaments d'huile, et la flore bordant la rivière était aussi empreinte d'huile.

De fait, il y avait bel et bien du pétrole de schiste dans les 7,2 millions de litres de pétrole brut que transportait le train de la MMA, a pu conclure la SVP par la suite, à partir d'informations émanant du ministère. Or, selon la SVP, ce pétrole de schiste, extrait par la fracturation chimique, risque de contenir des substances toxiques telles que des acides, des solvants, des métaux et des fongicides, qui sont utilisées pour faciliter l'extraction et le transport du pétrole.

Les points saillants de l'analyse

- Des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) cancérigènes en quantité élevée (7,1 mg/kg), soit une concentration 394 344 fois plus grande que la norme acceptable de Québec pour les eaux de surface.

- Un niveau d'arsenic qui dépasse de 28 fois la norme jugée acceptable par Québec pour les eaux de surface. L'arsenic ne se dégrade pas.

- Un taux extrêmement élevé d'hydrocarbures pétroliers dans la flore provenant des berges de la rivière Chaudière.

- La SVP a observé des berges souillées d'hydrocarbures jusqu'à Saint-Georges-de-Beauce, soit à 77 km de la zone de déversement.

Résultats d'analyse de la SVP (passez votre curseur sur les points rouges) :

« La contamination n'est pas arrêtée [...], les efforts de décontamination devront être continus pendant des années. [...] Certains citoyens devront prendre des décisions, parfois déchirantes », estime le groupe environnementaliste.

La directrice de la SVP, Anne-Marie Saint-Cerny, avance même que des Méganticois ayant regagné leur domicile pourraient devoir le quitter de nouveau. « Les gens sentent des odeurs qui montent de leur sous-sol », dit-elle.

Les analyses ont été effectuées aux 6e et 7e jours suivant la tragédie, qui s'est produite dans la nuit du 5 au 6 juillet. Une démarche éprouvante : « C'était tellement lourd, émotivement, dans la région, qu'on avait l'impression de creuser une tombe, reconnaît Anne-Marie Saint-Cerny. Les secouristes n'avaient pas encore retrouvé les corps. »

L'ampleur de la contamination encore inconnue

Le village de Frontenac, situé à 5 km de Lac-Mégantic, « a été exposé aux retombées de suie provenant du panache de fumée » dégagé par l'incendie, affirme la SVP.

« À Frontenac, les gens nous arrêtaient dans la rue pour nous parler de leurs inquiétudes, relativement à l'état de leur potager par exemple », explique Anne-Marie Saint-Cerny. À des fins d'analyses, des citoyens ont sorti des poubelles des feuilles de rhubarbe souillées qu'ils avaient arrachées de leur potager endommagé.

« Nous avons analysé une feuille de rhubarbe, dit-elle, sur laquelle aucune HAP n'a été décelée. » Soulagement? Pas forcément, car « le spectre total des substances contaminantes, leurs transformations éventuelles au contact de l'air, de l'eau et de la chaleur lors de l'incendie est encore inconnu, de même que leurs effets », prévient la SVP.

Les analyses menées par la SVP et par Greenpeace ne permettent pas d'évaluer l'ampleur de la contamination, puisque les deux groupes ont dû, faute de moyens, concentrer leurs recherches « sur les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et le métal toxique arsenic ».

Le groupe environnementaliste soutient que, s'il a les moyens de poursuivre les tests, il pourrait découvrir dans la région la présence de produits extrêmement toxiques, notamment du dioxyde de furane.

« Nous avons une toile de piscine pleine de suie que nous ont confiée des citoyens de Frontenac, affirme Anne-Marie Saint-Cerny. Nous cherchons à réunir les 900 $ nécessaires pour payer cette analyse. »

Le mutisme du ministère

Les environnementalistes comme Anne-Marie Saint-Cerny reprochent au ministère de ne pas informer les victimes : « Qu'ont-elles respiré, mangé et bu? Dans quel état est le sol sur lequel repose leur maison? » s'interroge Mme Saint-Cerny. Si une petite organisation comme la SVP parvient à mener quelques analyses à Lac-Mégantic, affirme-t-elle en substance, le ministère devrait, lui, à ce jour, avoir une bonne idée des substances qui ont contaminé la région.

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