Les huiles de beauté : un terrain glissant

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La tendance est aux huiles au rayon des produits de beauté. Pour les cheveux, le visage et le corps, on l'applique à toutes les sauces. L'industrie actuelle a fait des huiles de beauté des cosmétiques raffinés et recherchés. Mais à quel prix?

La trousse de Néfertiti
Dans l’Antiquité, le cold cream (formulé par un des pères de la médecine) était une simple mixture d’huiles d’amandes et d’olive, de cire et d’eau de rose, tandis que les onguents parfumés d’Égypte étaient à base d’huile de palme ou d’olive.

La révolution blanche
Au vingtième siècle, l’invention de l’huile minérale, moins sensible à l’oxydation, ainsi que celle de la crème Nivea modifièrent ce tableau. Avec Nivea, la crème moderne était née, soit une émulsion homogène d’eau et d’huile.
Du coup, les huiles pures et grasses perdirent leur popularité.

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Les huiles beauté, de la tête aux pieds
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La mort animale
Quelques huiles rares continuèrent à avoir un certain succès, notamment celles de vison et de cachalot. (Cette dernière a été employée par les Japonais jusqu’en 1988). La crise de la vache folle discréditera cependant tout ce qui était animal et/ou industriel, hormis l’huile d’émeu (tirée d’un volatile similaire à l’autruche), toujours appréciée des peaux eczémateuses. On assista alors à une montée du végétal dans l’univers cosmétique, suivie d’une vague bio, similaire au déjà-vu alimentaire.

La poussée végétale
À l’heure actuelle, les huiles végétales de beauté connaissent une grande popularité, d’autant plus que leurs vertus sont bien documentées. En plus d’hydrater la peau, les huiles contribuent à l’adoucir, à l’assouplir et à la lisser. Elles la renforcent aussi en supplémentant sa couche cornée en gras.

De surcroît, elles sont bien tolérées, hormis celles d’arachides ou de soja qui peuvent parfois induire des allergies.
Toutes ces qualités s’avèrent appréciables pour une population vieillissante dont la peau et les cheveux (desséchés par les traitements chimiques) présentent des besoins accrus de lubrification.

Les acides de vie
De façon indifférenciée, les huiles peuvent s’employer sur le visage, le corps, les zones rugueuses (coudes, talons, etc.), les ongles ou les cheveux. En fait, c’est leur texture (plus ou moins lourde) qui détermine souvent l’usage qui en sera fait.
Cela dit, on peut classer les huiles végétales en trois groupes.

Riches en omégas 9, les huiles de type oléique (olive) s’avèrent de bons choix pour les peaux délicates (amande) ou grasses (noisette).

Bourrées d’omégas 6, les huiles de type linoléique (pépin de raisins, argan, etc.) pénètrent plus aisément la peau.
Débordantes d’omégas 3, les huiles de type linolénique (bourrache, onagre, etc.) s’avèrent intéressantes pour les peaux sèches.

La valeur ajoutée
Outre les omégas, les huiles renferment en sus divers nutriments (enzyme Q10, vitamine E, polyphénols anti-UVB, phytostérols antioxydants, etc.), ainsi que d’autres substances variées.

Par exemple, l’huile de carotte regorge d’un beta-carotène qui accentue le bronzage, tandis que l’huile d’argan contient un composé qui régule la production de sébum.

Les limites du jardin
En dépit de ces qualités, les huiles n’ont pas les vertus anti-âge du rétinol ou pro-botox de certains peptides.
Contrairement aux AHA ou à la vitamine C, leur impact sur les taches pigmentaires est nul.
Leur effet capillaire hydratant est aussi limité si elles restent en surface (ce qui advient souvent) au lieu de pénétrer plus en profondeur. Quant à leurs propriétés anti-oxydantes, elles sont souvent amplifiées de façon abusive.

Le labo sous les racines
De plus, toutes les huiles végétales ne s’équivalent pas en pureté ou en qualité.
Une huile peut provenir de grains rancis, être colorée ou «coupée» avec de l’huile minérale.
Dans les huiles oil-free, des silicones peuvent remplacer la phase huileuse du produit. Cela est inoffensif pour la peau, mais ce l’est moins pour l’environnement. (La production des silicones est très polluante.)
Une huile peut aussi être estérisée via un procédé qui la transformera en un fluide soyeux (en séparant ses molécules de base). D’où les huiles satinées, idéales pour le visage ou les cheveux fins.

Le retour à la nature
Certains labels bios (comme BDIH ) autorisent un maximum de 10% de substances estérisées dans une huile, tandis que d’autres labels (Écocert) n’émettent aucune restriction.
Pour leur part, les tenants du naturel intégral prônent le retour à des huiles de beauté pures, pressées à froid et n’ayant subi aucune manipulation. Il faut alors s’attendre à une texture plus poisseuse (mais très nourrissante), aussi à un soin plus fragile à la chaleur et à la lumière.

Le palme controversé
Nettement plus controversé demeure le dossier de l’huile de palme.
Cette huile est la plus consommée au monde, ce qui a entraîné la déforestation des forêts tropicales et la destruction des tourbières.

Comparé à l’industrie agroalimentaire, l’industrie cosmétique emploie peu d’huile de palme, soit 20% pour la fabrication de savons, de crèmes, etc.

Plusieurs compagnies (Body Shop, L’Oréal, Proctor & Gamble, Unilever, etc.) se tournent néanmoins vers des huiles de palme bios ou certifiées durables.

Les écologistes soulignent néanmoins que la production d’huile certifiée ne peut suffire à la demande. De plus, cette certification ne garantit pas l’arrêt de la déforestation. Le dossier n’est donc pas réglé.

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