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Une hausse des températures augmenterait les risques de conflits

02/08/2013 05:16 EDT | Actualisé 02/10/2013 05:12 EDT

Une métaétude, publiée dans la revue Science, conclut que les changements climatiques augmentent les risques de conflits partout sur la planète.

Un tel lien pourrait avoir des conséquences graves si le réchauffement climatique de la Terre se poursuit, mettent en garde les chercheurs des universités de Berkeley et de Princeton, à l'origine de ces travaux.

Les auteurs se sont penchés sur une soixantaine d'articles consacrés à ce sujet, dans les disciplines les plus diverses, comme l'archéologie, la climatologie, les sciences politiques et l'économie.

Par exemple, l'une de ces études révèle que les violences d'ordre criminel, comme les agressions, les meurtres, les viols et les violences domestiques, sont plus fréquentes quand la température est plus élevée.

Certains travaux examinent les effets de grandes inondations ou de sécheresses sur le nombre de conflits.

Les chercheurs ont aussi tenu compte d'études remontant très loin dans le temps, par exemple une recherche portant sur les causes de la disparition de la civilisation maya, en Amérique centrale, ou la chute des dynasties chinoises à la suite de sécheresses.

D'autres travaux pris en compte portent sur l'augmentation ou la diminution des conflits en fonction des oscillations du cycle du phénomène climatique planétaire El Niño (qui peut susciter des modifications importantes dans les précipitations et les températures sur plusieurs continents).

Les chercheurs constatent que l'augmentation de violence corrélée à une hausse de la température s'observe aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement.

Une étude fait le lien entre des récoltes moins bonnes à cause d'une sécheresse et une propension plus grande des hommes à prendre les armes, pour s'assurer un moyen de subsistance.

Lorsqu'ils tiennent compte de la soixantaine d'études, les chercheurs en viennent à la conclusion qu'une hausse de 2 degrés de la température globale d'ici 2050 pourrait entraîner une augmentation de 15 % des crimes touchant des individus et que les conflits entre les populations subiraient une hausse de 50 % dans certaines régions.

Leurs calculs montrent que pour une différence d'un écart type dans les températures ou les précipitations pour une période donnée (par exemple, la différence entre une année normale et une année où il fait très chaud), les crimes entre individus augmentent de 4 % et les violences entre les groupes augmentent de 14 %.

Prévoir l'avenir est toujours délicat, relativise Solomon Hsiang, professeur à l'École des politiques publiques de l'Université de Californie à Berkeley et principal auteur de l'étude, en entrevue à l'Agence France-Presse. Mais « nous pensons que les effets [que nous avons recensés] sont suffisamment importants pour que nous les prenions au sérieux et que nous nous demandions si ce que nous faisons ou pas aujourd'hui peut avoir une influence sur le degré de violence du monde de demain », poursuit-il.

Par ailleurs, la chaleur pourrait aussi avoir des effets physiologiques et entraîner des réactions violentes.

« Des conflits violents peuvent se manifester pour toute une série de raisons, dont la survenue est plus fréquente quand le climat se détériore », résume Solomon Hsiang.

Des bémols

Toutefois, des scientifiques remettent en question les conclusions avancées à la suite de cette métaanalyse.

La recherche n'explique pas comment la hausse des températures, par exemple, entraîne un changement de comportement au sein des populations.

Par ailleurs, des scientifiques considèrent que cette recherche fait trop de généralisations et ne tente pas de trouver d'autres causes aux conflits.

Halvard Buhaug, un chercheur en science politique à l'Institut international d'Oslo de recherches sur la paix, fait remarquer que le nombre de conflits a diminué en Afrique au cours des dernières décennies, même si la température a augmenté.

Selon lui, plusieurs conflits dans des régions d'Afrique s'expliquent principalement par les taux de mortalité infantile élevés, la proximité des frontières internationales et une forte densité de population.

Avec BBC et Nature News

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