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Oléoduc de TransCanada reliant l'Ouest à l'Est: le projet va de l'avant

01/08/2013 07:23 EDT | Actualisé 01/10/2013 05:12 EDT
Alamy/Getty

CALGARY - Un projet d'oléoduc d'une valeur de 12 milliards $ présenté comme une «opportunité historique» pour approvisionner l'est du Canada en pétrole brut provenant des sites pétroliers de l'ouest du pays va de l'avant, a indiqué TransCanada (TSX:TRP).

La compagnie a affirmé jeudi qu'elle jouissait de suffisamment d'appuis pour aller de l'avant avec son projet Énergie Est, dont celui de la première ministre albertaine, Alison Redford, qui l'a présenté comme un «projet fondateur pour la nation».

Pour sa part, le gouvernement du Québec, qui semble plutôt ouvert au projet, attend de connaître les plans définitifs de la compagnie avant de lui accorder son appui.

L'oléoduc Énergie Est aura une capacité d'environ 1,1 million de barils par jour et devrait être mis en service à la fin de 2017. Il permettra le transport de pétrole brut jusqu'au Québec et au Nouveau-Brunswick.

Un oléoduc de 3000 km déjà existant constituerait le tronçon principal du projet. Des ajouts devraient toutefois être réalisés au nord-ouest de Burstall, en Alberta, et surtout entre Montréal et Saint-Jean (N.-B.), en passant par la région de Québec.

La société albertaine dit avoir conclu des contrats fermes et à long terme avec des entreprises pour transporter quotidiennement environ 900 000 de ces barils de pétrole brut vers l'est du pays.

«C'est une occasion historique d'acheminer les ressources pétrolières de l'Ouest canadien aux consommateurs de l'est du Canada, de générer des emplois et des recettes fiscales et d'assurer la sécurité énergétique de tous les Canadiens pour les décennies à venir», a déclaré par voie de communiqué Russ Girling, président et chef de la direction de l'entreprise.

L'ensemble du projet d'oléoduc est à l'étude du côté de l'Office national de l'énergie.

Selon le porte-parole du projet Énergie Est, Philippe Cannon, TransCanada a encore d'importantes étapes à franchir au chapitre de la planification, notamment la définition exacte du tracé.

«Le tracé final va être connu seulement une fois que le processus réglementaire de l'Office national de l'énergie va être terminé», a-t-il exposé en entrevue téléphonique. «On va se rendre dans chacune des communautés touchées par le tracé de l'oléoduc (...) et on va inviter les gens à venir rencontrer les différents spécialistes et les gens de chez TransCanada.»

En plus de la construction de nouveaux tronçons d'oléoduc, le projet Énergie Est prévoit la conversion d'un gazoduc existant en conduit adapté pour le transport de pétrole brut.

Projet à l'exportation?

Le projet de TransCanada compte évidemment son lot de détracteurs, qui le jugent dangereux et qui mettent en doute les promesses de créations d'emplois et de sécurité énergétique avancées par ses promoteurs.

«Nous ne pouvons pas construire une nation autour d'un projet qui empoisonnera l'eau, violera les droits des Premières Nations et aggravera la crise climatique qui déjà cause des catastrophes dans le monde entier», a réagi Keith Stewart, coordonnateur de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace.

«Ce projet-là n'est pas pour la sécurité énergétique du Québec, ce n'est pas pour qu'on paie notre essence moins cher, a soutenu Steven Guilbault, directeur principal chez Équiterre. Ce projet-là vise l'exportation pour que les compagnies fassent plus d'argent.

«La raffinerie de Montréal et celle de Québec n'ont pas les équipements nécessaires pour raffiner le pétrole lourd issu des sables bitumineux (...) Est-ce qu'on va accepter d'être simplement une voie de passage au Québec — de prendre tous les risques et d'avoir peu ou pas de bénéfices?», a-t-il demandé.

«Tous les projets de pipelines présentés jusqu'à maintenant — Keystone vers les États-Unis, Northern Gateway vers la côte ouest, la première incarnation du renversement de la ligne 9 d'Enbridge — ne visent qu'une chose: l'exportation, a soutenu M. Guilbault. Alors, qu'on ne vienne pas me dire tout à coup: 'on a changé notre fusil d'épaule et c'est pour la sécurité énergétique'. Ce n'est tout simplement pas vrai.»

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) y est allé d'une mise en garde à l'intention du gouvernement Harper, qu'il a accusé d'avoir «démantelé des protections environnementales» et sommé de renforcer les normes de sécurité entourant les oléoducs.

«Le NPD est clair depuis le début: le transport du pétrole canadien d'ouest peut être avantageux, à condition que les questions environnementales et les préoccupations du public soient traitées convenablement dans le cadre d'un processus d'évaluation exhaustif», peut-on lire dans le communiqué transmis jeudi par la formation politique.

Les gens d'affaires enthousiastes

En revanche, certains représentants du milieu des affaires n'ont pas tardé à témoigner de leur enthousiasme face à ce projet.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), notamment, a salué l'annonce de l'entreprise. Le projet Énergie Est «permettra d'accroître la compétitivité de notre secteur pétrochimique qui a écopé de nombreuses fermetures au cours des dernières années», a plaidé la pdg de la FCCQ, Françoise Bertrand.

De son côté, la compagnie Irving Oil a d'ailleurs annoncé jeudi qu'elle entendait construire un terminal marin d'une valeur de 300 millions $ à Saint-Jean pour s'assurer de pouvoir être en mesure de gérer l'augmentation du flux d'hydrocarbures.

TransCanada a déjà reçu l'approbation d'élus du Nouveau-Brunswick pour ce projet.

L'exportation de pétrole brut à destination de marchés assoiffés de pétrole comme l'Inde à partir de la côte est du Canada est aussi possible, à condition de procéder à certains réaménagements.

La première ministre Redford estime que cette opportunité cadre parfaitement avec la stratégie énergétique canadienne. «Mon gouvernement s'est engagé dans ce projet dans la poursuite de ses efforts visant à explorer de nouveaux marchés et à obtenir un prix plus juste pour les ressources pétrolières que possèdent les Albertains», a-t-elle dit.

Du côté de Québec, la première ministre Pauline Marois avait indiqué, lors d'une rencontre avec son homologue néo-brunswickois David Alward, en février, qu'il fallait «obtenir davantage d'information et d'analyses afin de nous assurer que toutes les questions techniques, environnementales et économiques de ce projet répondent aux intérêts des Québécois».

Un groupe de travail poursuit ses recherches dans ce dossier et on ignore à quel moment il remettra ses conclusions.

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