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Jour d'élections au Zimbabwe : la fin de l'ère Mugabe?

31/07/2013 02:23 EDT | Actualisé 29/09/2013 05:12 EDT

Au Zimbabwe, les électeurs se pressent aux urnes mercredi, dans le cadre du troisième scrutin présidentiel opposant le chef de l'État sortant Robert Mugabe à son premier ministre Morgan Tsvangirai. De longues files d'attente sont rapportées un peu partout dans le pays, et aucune violence ne semble avoir marqué le vote jusqu'ici.

Les électeurs ont jusqu'à 13 h (HAE) pour enregistrer leur choix, et les premiers résultats sont attendus à compter de lundi.

Quelque 6,4 millions d'électeurs ont droit de vote dans ce pays d'environ 13 millions d'habitants à l'économie moribonde, malgré quelques progrès depuis le scrutin de 2008.

Cette élection avait été marquée par des violences, ce qui avait incité M. Tsvangirai, vainqueur du premier tour, à ne pas briguer les suffrages pour le second. Une médiation menée par l'Afrique du Sud s'est traduite quelques mois plus tard par la création d'un gouvernement de cohabitation.

La légitimité du scrutin reste incertaine, étant donné que les exercices du genre ont été entachés d'irrégularités, et en raison de la mainmise du président Mugabe sur les médias et l'appareil de sécurité.

Aucun observateur occidental n'a été admis dans le pays pour surveiller le déroulement du vote. Des observateurs de la Communauté de développement de l'Afrique australe sont toutefois sur place.

Le parti de Morgan Tsvangirai, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a d'ailleurs dénoncé à ces observateurs des irrégularités dans les listes électorales, qui ont été publiées à moins de 24 heures du vote, et qui n'ont donc pas pu être vérifiées.

Une précédente version de ces listes contenait les noms d'un million de personnes étant en fait décédées ou ayant quitté le pays, selon Amnistie Internationale et l'International Crisis Group.

Mugabe et Tsvangirai se montrent confiants

« Je suis certain que les gens iront voter librement et honnêtement », a néanmoins assuré Robert Mugabe, après avoir voté dans une école de Highfiels, en banlieue de la capitale Harare. « Il n'y a aucune pression exercée sur qui que ce soit ».

Âgé de 61 ans, M. Tsvangirai a promis d'envoyer M. Mugabe à la retraite, lui qui dirige le pays d'une main de fer depuis l'indépendance acquise sur la Grande-Bretagne en 1980.

Cet ancien chef syndical a prédit qu'il gagnerait « de façon assez retentissante », après avoir voté dans la matinée dans la capitale Harare, considérée comme un fief de son parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

Robert Mugabe a déjà affirmé qu'il accepterait la défaite, apaisant ainsi les craintes de voir se reproduire les violences qui avaient marqué le premier tour de l'élection de 2008, qu'il avait perdue.

Un porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Tsvangirai a pour sa part précisé que le parti n'accepterait le verdict des urnes que si le scrutin était « libre et équitable ».

L'économie, principal enjeu du scrutin

L'économie est sans contredit le grand enjeu de cette élection. Selon certaines estimations, jusqu'à 85 % de la population serait au chômage, une situation qui explique d'ailleurs pourquoi tant de Zimbabwéens ont trouvé refuge en Afrique du Sud au cours des dernières années.

Une victoire de Morgan Tsvangirai pourrait ouvrir la voie à une levée des sanctions que plusieurs pays occidentaux ont adoptées pour faire pression sur le régime de Robert Mugabe.

« Tout ce qu'on veut, c'est un bon Zimbabwe, avec de l'électricité, de l'eau courante et des emplois. J'espère que ça va venir », a résumé à l'AFP Gamuchirai, une étudiante de 20 ans de Chitungwiza, en banlieue d'Harare.

« Je suis contente d'avoir voté. Je veux juste la fin des problèmes de notre pays », a pour sa part soutenu Ellen Zhakata, rencontrée à Epworth, en banlieue de la capitale. « Tous mes enfants sont à l'étranger à cause des difficultés économiques ici. Je suis très seule, j'aimerais qu'ils puissent travailler ici. »

Les deux candidats ont des engagements électoraux bien différents pour rétablir l'économie. Morgan Tsvangirai souhaite mettre un terme à l'isolement du pays et encourager les investissements étrangers, tandis que le parti de Robert Mugabe, le ZANU-PF, mise plutôt sur l'expropriation d'entreprises étrangères.

L'expropriation sauvage de terres agricoles appartenant aux Blancs, menée par le ZANU-PF au profit d'anciens combattants de la guerre d'indépendance, a été l'une des causes de la catastrophe économique qui a frappé le pays au milieu des années 80.

Le Zimbabwe, longtemps considéré comme le grenier de l'Afrique, s'est rapidement trouvé aux prises avec de graves pénuries d'aliments, qui ont contribué à une hyperinflation.

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