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Les villes du Canada feront pression pour améliorer la sécurité ferroviaire

29/07/2013 04:28 EDT | Actualisé 28/09/2013 05:12 EDT
AFP

MONTRÉAL - Le monde municipal canadien se regroupe sous le parapluie de la Fédération canadienne des municipalités (FCM) pour faire pression sur Ottawa afin d'améliorer la sécurité ferroviaire à la suite de la catastrophe de Lac-Mégantic.

Un groupe de travail sur la sécurité ferroviaire a été créé lundi par la FCM lors d'une conférence téléphonique avec la plupart des instances provinciales.

«Nous voulons mettre en place un canal unique de communication avec le fédéral, qui est la FCM. Il faut éviter de multiplier les lieux de communication», a expliqué le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux, à l'issue de la conférence téléphonique.

L'objectif du groupe de travail est d'obtenir en tout premier lieu une plus grande transparence des compagnies de chemin de fer du Canada relativement aux produits qui transitent sur les territoires des municipalités.

«Si on doit être les premiers intervenants en matière de sinistre, il faut savoir à quoi se préparer. La connaissance de ce qui transite dans nos municipalités est essentielle», a fait valoir M. Généreux, ajoutant qu'il est difficile de préparer des plans d'urgence en cas d'accident quand on n'a aucune idée des produits qui se trouvent dans un convoi.

Les municipalités, qui ont exprimé à maintes reprises leur frustration devant le refus des transporteurs de leur dire quelles sont les matières dangereuses qui traversent leurs villes, estiment que cette époque est maintenant révolue.

«Nous sommes dans une culture du silence sur cette question et c'est complètement inacceptable», a déploré M. Généreux, tout en avertissant que les municipalités ne se laisseront pas attirer dans le piège de la responsabilité.

«La connaissance n'induit pas la responsabilité. Ce n'est pas à la municipalité d'être responsable de ce qui transite sur son territoire. La responsabilité est à l'entreprise, mais nous, notre responsabilité c'est d'être capables d'intervenir en cas de sinistre.»

Le président de la FQM lance au passage une première flèche au gouvernement fédéral, qu'il juge complice de cette situation.

«Même l'appareil politique a intégré des éléments de concurrence, de secret d'industrie, et on invoque régulièrement des éléments de compétitivité, de concurrence pour justifier le fait que des informations doivent être traitées confidentiellement», a-t-il dit.

La mairesse de Bromont, Pauline Quinlan, qui copréside le groupe de travail, précise que les municipalités ne demandent pas de savoir en tout temps quelles sont les matières dangereuses qui se trouvent dans chaque convoi qui traverse leur territoire. Il s'agit plutôt d'avoir un inventaire général des matières dangereuses qui passent régulièrement dans une région et un registre qui permette d'intervenir rapidement et avec précision en cas d'urgence.

«Les instances régionales — par exemple les MRC — pourraient être en lien avec les compagnies ferroviaires et qu'on puisse immédiatement nous dire, lorsqu'il y a un accident: voici les produits qui transitent dans ce convoi», dit-elle.

Par ailleurs, le groupe de travail entend se pencher sur les lois et règlements qui régissent le secteur du rail et le rôle du gouvernement fédéral.

«Est-ce que les lois sont encore appropriées? Est-ce qu'on a fait évoluer le volet législatif au fil des ans? Quel est le droit de regard que le gouvernement fédéral doit exercer sur ces entreprises?», s'interroge à voix haute Mme Quinlan.

Son collègue Bernard Généreux se montre beaucoup plus dur à l'endroit d'Ottawa.

«Il y a une culture de déréglementation qui est en train de percoler dans l'appareil politique et bureaucratique qu'il faut absolument renverser, dit-il. On voit jusqu'où peut nous mener l'autorégulation. Il faut questionner cette façon de faire qui consiste à confier à l'entreprise la responsabilité de gérer ses risques.»

Les leaders municipaux rappellent malgré tout qu'on ne peut pas fermer les livres sur le rail.

«On s'entend tous pour dire qu'il est essentiel qu'on soit desservis par le rail, notre économie en dépend, mais il faut s'assurer que tout ça se fasse en grande sécurité», indique Mme Quinlan.

Le président de la FCM, Claude Dauphin, a donc appelé le gouvernement Harper à prendre la balle au bond puisque le moment est propice.

«Le gouvernement fédéral doit s'associer étroitement aux municipalités afin d'intervenir efficacement en matière de sécurité ferroviaire, a dit M. Dauphin. Assurer la sécurité du système ferroviaire canadien est incontestablement une responsabilité fédérale, mais cela exige également une coordination minutieuse avec les autres ordres de gouvernement.»

Le groupe de travail doit faire rapport à la FCM en novembre prochain.

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