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La condamnation d'un opposant russe entraîne de vives réactions

18/07/2013 06:31 EDT | Actualisé 17/09/2013 05:12 EDT

L'opposant russe Alexeï Navalny, farouche adversaire du président Vladimir Poutine, a été reconnu coupable de détournement de fonds et condamné, jeudi, à cinq ans de prison par un tribunal de Kirov devant lequel il comparaissait. Ce jugement a été vivement dénoncé par les opposants russes et par plusieurs pays occidentaux.

Blogueur célèbre en Russie, qui ne ménage pas ses critiques envers le chef du Kremlin, Alexeï Navalny a démenti toute malversation et affirmé que les poursuites engagées contre lui obéissaient à des motifs politiques.

Le parquet de Kirov, ville industrielle située à 900 km au nord-est de Moscou, avait requis six années de prison contre l'opposant.

Alexeï Navalny, 37 ans, est resté perplexe lorsque le magistrat a annoncé qu'il était reconnu coupable d'avoir organisé le vol de 16 millions de roubles (514 000 $) dans une entreprise publique d'exploitation forestière en 2009 à l'époque où il était conseiller du gouverneur de la région.

Sur son compte Twitter, l'accusé a estimé que le magistrat n'avait fait que répéter les accusations du parquet.

« Honte! Déshonneur! » ont scandé des manifestants rassemblés devant l'entrée du tribunal. Certains ont éclaté en sanglots. Au moins deux personnes qui manifestaient devant le centre de détention préventive de Kirov, où Alexeï Navalny a été conduit, ont été arrêtées.

La défense a indiqué qu'elle allait faire appel du jugement.

Manifestation en appui à Navalny réprimée par les policiers

À Moscou, plusieurs personnes qui tentaient de manifester près du Kremlin pour soutenir Alexeï Navalny ont été interpellées alors que la place où ils devaient se rassembler a été fermée au public.

La place du Manège, à deux pas du Kremlin, où les pro-Navalny se sont donné rendez-vous en fin de journée a été fermée pour « travaux » ainsi que la place Rouge et le jardin d'Alexandre qui se trouvent à côté.

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées à proximité de ces lieux en scandant « liberté! » après la condamnation de M. Navalny.

La chaîne de télévision Dojd, proche de l'opposition, a montré des policiers antiémeutes repoussant des gens tentant de s'approcher de la place du Manège et des ses environs.

Plusieurs personnalités de l'opposition ont annoncé qu'ils participeraient à cette manifestation, qui n'a pas été autorisée par les autorités.

À Saint-Pétersbourg, deuxième ville russe, quelque 2000 personnes se sont rassemblées dans le centre-ville en scandant « Poutine voleur! » et « liberté! ».

Condamnations internationales

La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, s'est dite « préoccupée » par le jugement. « Étant donné les lacunes procédurales, ce jugement pose de sérieuses questions sur la situation de l'état de droit en Russie », affirme-t-elle dans un communiqué, jeudi.

L'ambassadeur américain à Moscou a lui aussi réagi sur Twitter. « Nous sommes profondément déçus par la condamnation de Navalny et la motivation apparemment politique de son procès », a-t-il écrit sur le réseau social.

De son côté, l'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev a dénoncé dans un communiqué une utilisation « inacceptable » de la justice contre un adversaire politique, ajoutant que l'ensemble de l'affaire « confirme malheureusement que nous n'avons pas une justice indépendante ».

Contre Poutine

Alexeï Navalny s'est imposé l'an passé comme l'un des opposants les plus déterminés à Vladimir Poutine, affirmant vouloir être président, et a déposé sa candidature pour les élections municipales à Moscou prévues en septembre.

Les organisations de défense des droits de la personne ont dénoncé la tenue de son procès, y voyant l'illustration de la répression menée contre les opposants depuis le début du troisième mandat de Vladimir Poutine à la tête de l'État russe.

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