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Le long travail d'identification des victimes de Lac-Mégantic

16/07/2013 07:37 EDT | Actualisé 15/09/2013 05:12 EDT

On peut oublier toutes ces scènes spectaculaires venant d'émissions de télé telles CSI : Crime Scene Investigation, et tous leurs gadgets de haute technologie. À Lac-Mégantic, les outils dont on ne peut se passer sont un oeil bien ouvert, de l'expertise et de la persévérance.

Pendant toutes les étapes de la besogne visant à retourner les victimes à leurs proches, rien n'est laissé au hasard.

Le docteur Bill Inkster, un spécialiste en identification au bureau du coroner de la Colombie-Britannique, n'envie nullement le travail des membres des équipes de recherches et de secours sur place. Ceux-ci, fait-il remarquer, doivent marcher sur leurs genoux et leurs mains, dans la suie, un boulot difficile, méticuleux et lent.

Les équipes de recherches et de secours, incluant des policiers spécialisés, des pompiers et des anthropologues judiciaires, ratissent les décombres depuis plus d'une semaine, souvent par des chaleurs accablantes. Leurs recherches ont permis de retrouver 37 victimes de la plus grande tragédie ferroviaire de l'histoire du Canada, le 6 juillet. Du nombre, 11 ont été identifiées jusqu'à maintenant.

Lorsque des chercheurs croient avoir trouvé des restes humains, un anthropologue judiciaire est appelé à déterminer s'il s'agit bien, en fait, d'un corps. Ensuite, le coroner est avisé, de sorte qu'il devient possible de retirer le corps, puis de l'identifier.

Les équipes sur place profitent d'une grande variété d'équipements. Certains sont aussi rudimentaires qu'une pelle ou une brosse. En d'autres occasions, on doit faire appel à d'énormes excavatrices qui peuvent, avec prudence, démolir des édifices, mur par mur, rendant plus sécuritaire l'entrée des équipes sur le site. « La recherche initiale dépasse l'entendement », affirme M. Inkster, qui a fait partie de l'équipe de spécialistes appelés à se rendre en Thaïlande à la suite du tsunami de 2004. « Ce sera extrêmement complexe. »

Comme un site archéologique

La directrice du programme de criminalistique à l'Université de Toronto note que le travail à Lac-Mégantic s'effectue selon une approche d'équipe coordonnée avec soi. « La méthode qui sera employée ressemblera beaucoup à celle utilisée au cours d'une excavation archéologique, où on avance couche par couche, séparant, triant et retirant délicatement chaque couche de débris, à la recherche des restes humains qui s'y trouvent enfouis », explique Tracy Rogers.

Mme Rogers, qui a aidé à identifier les restes humains des victimes du fameux tueur en série Robert Pickton en 2002 et 2003 en Colombie-Britannique, fait remarquer que les équipes en place à Lac-Mégantic doivent procéder avec beaucoup de soin -- pas seulement pour préserver les restes humains et les preuves, mais aussi pour se protéger.

Pendant que les équipes creusent, d'autres experts contribuent différemment. Par exemple, les autorités policières ont élaboré des descriptions détaillées des personnes manquant à l'appel, non seulement sur le plan physique, mais aussi ses habitudes, comme ses endroits de fréquentations préférées.

Les autorités ont aussi demandé aux familles des personnes disparues de fournir des objets tels des brosses à dents ou à cheveux afin de prélever des échantillons d'ADN. Les autorités recueillent aussi des échantillons d'autres membres de familles, à des fins de comparaison, explique M. Inkster. Les dossiers médicaux ont une importance d'une grande valeur, particulièrement les radiographies et les fiches dentaires.

Lorsque l'ADN peut avoir été souillé, les dents « ont, sans aucun doute, tendance à survivre », ajoute M. Inskster. « L'eau et la chaleur sont les deux éléments qui font se dégrader un échantillon d'ADN le plus rapidement, précise M. Inkster. Mais rien dans le corps humain n'est plus dur que l'émail. »

La Presse Canadienne

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