Que s'est-il passé avant le déraillement à Lac-Mégantic?

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EN DIRECT - La compagnie Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA), propriétaire du train qui a déraillé au centre-ville de Lac-Mégantic, évoque la possibilité d'un relâchement du système de freinage à air, ajoutant toutefois ne pas avoir toutes les informations nécessaires pour tirer des conclusions.

La série d'événements qui a conduit à la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic dans la nuit de vendredi à samedi, s'est amorcée 11 kilomètres plus haut, à Nantes.

Vers 23 h 25, vendredi soir, le train s'est immobilisé comme prévu à Nantes, pour effectuer un changement d'équipe. Le conducteur du train a alors quitté les lieux pour aller dormir dans un hôtel de la région, a indiqué l'entreprise par voie de communiqué.

En fin d'après-midi dimanche, Yves Bourdon, administrateur de la MMA, a précisé à Radio-Canada que les freins à air de toutes les locomotives et de tous les wagons étaient activés, de même que les freins à bras (mécanique) de 5 locomotives et 10 wagons.

Environ 50 minutes plus tard, vers 12 h 15, un passant ayant aperçu du feu s'échappant d'une locomotive a téléphoné au 9-1-1. À ce moment, personne de la compagnie n'était sur place. Des employés de la MMA ont ensuite sécurisé le train. Selon MMA, le feu venait d'un tuyau de diesel brisé.

Après le départ des pompiers et des employés de MMA, Yves Bourdon indique que le train a amorcé sa descente vers Lac-Mégantic, vers 1 h.

La compagnie MMA dit suivre la procédure de vérification des freins avant chaque trajet, et qu'il n'y a eu aucun accident de ce type par le passé, selon M. Bourdon.

Yves Bourdon précise que les cinq locomotives du convoi ont traversé Lac-Mégantic sans dérailler. Elles se seraient détachées des wagons qui eux, ont déraillé.

Toutes les hypothèses, dont le sabotage, sont étudiées par l'entreprise.

Le BST fait le point

Pendant ce temps, l'enquête du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) se met en marche. Neuf enquêteurs ont été attitrés au dossier. Ces derniers ont réussi à récupérer l'enregistreur de paramètres, la fameuse « boîte noire », puisque la locomotive a poursuivi son chemin sans dérailler et se trouve hors du périmètre de sécurité. Ils ont aussi récupéré l'unité de détection de freinage montée su le dernier wagon, qui est une deuxième source d'information sur le freinage et la vitesse.

Malgré tout, l'enquête ne fait que débuter, et l'équipe n'aura pas accès au site de l'accident avant lundi.

En point de presse, dimanche soir, l'enquêteur principal du BST, Ed Belkaloul, a tenu à offrir ses condoléances aux proches des victimes, ajoutant qu'il n'avait jamais été témoin d'une catastrophe ferroviaire d'une telle ampleur durant sa carrière. Il s'est dit « conscient que la population a certaines attentes », mais a averti que la tâche était colossale.

M. Belkaloul a indiqué que toutes les personnes liées directement ou indirectement au drame seront interrogées au cours des prochains jours.

Un incendie précurseur du drame ?

L'incident survenu dans les minutes précédant le drame dans le village voisin de Nantes sera aussi étudié, a précisé le BST.

Plus tôt dans la nuit, le service de pompiers de Nantes a été appelé pour éteindre un qui s'est déclaré sur le moteur de la première locomotive du train de la MMA en question, le long de la route 161, a confirmé Patrick Lambert, chef des pompiers de Nantes. Des témoins avaient d'ailleurs rapporté avoir aperçu une locomotive en feu.

En entrevue à RDI, le maire de Nantes, Sylvain Gilbert, a indiqué de son côté que ce sont les responsables de la MMA qui ont fait appel au service incendie de sa municipalité. Des employés de la MMA auraient ensuite sécurisé le train.

Entraîné par la gravité, le convoi aurait dévalé la voie à grande vitesse sur une dizaine de kilomètres avant de s'engouffrer à Lac-Mégantic vers 1 h 15 du matin. Incapable de négocier un virage dans la ville à une telle vitesse, le train a déraillé au cœur du centre-ville, provoquant une série de puissantes explosions et d'incendies qui ont emporté une trentaine de bâtiments et fauché un nombre indéterminé de vies.