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Les Égyptiens dans la rue sur fond de crise économique et sociale

03/07/2013 03:35 EDT | Actualisé 01/09/2013 05:12 EDT

Si les manifestants égyptiens ont demandé, et obtenu, le départ du président Mohamed Morsi, c'est en grande partie parce qu'ils sont très insatisfaits de sa gestion de l'économie.

Depuis la révolution du 25 janvier 2011 qui a abattu le régime du dictateur Hosni Moubarak, l'instabilité politique s'est installée à demeure et l'économie du pays tourne au ralenti, sur fond de grèves et de protestations.

L'Égypte est confrontée à un effondrement des investissements étrangers et à la fonte de ses réserves en devises étrangères en raison d'une baisse marquée du tourisme, dont dépend grandement le pays.

En conséquence, les Égyptiens font face à une hausse du prix des aliments de base et le chômage est grimpé en flèche. De plus, les interruptions de courant se multiplient, faute de fonds pour acheter les hydrocarbures nécessaires aux centrales électriques.

Le gouvernement négocie avec le Fonds monétaire international (FMI) un prêt de 4,8 milliards de dollars afin d'insuffler un peu d'oxygène à l'économie. L'obtention de ce prêt donnerait un signal de confiance et permettrait de débloquer d'autres aides (Banque mondiale, Union européenne, Banque africaine de développement) dont l'Égypte a cruellement besoin.

Mais les négociations, initiées en août 2012, n'avancent guère. Le FMI exige des mesures de rigueur budgétaire et une hausse de taxes, que le gouvernement ne parvient pas à faire adopter.

Selon François Brousseau, chroniqueur en information internationale à Radio-Canada, le FMI aurait peut-être été posé des conditions moins strictes si un gouvernement laïc et pro-occidental avait été élu plutôt que les Frères musulmans.

Le FMI demande entre autres l'arrêt des subventions aux produits de première nécessité, très coûteuses pour l'État puisqu'elles accaparent près du tiers de son budget.

L'Égypte subventionne notamment le pain, la farine, le sucre et l'huile, mais aussi l'essence et le gaz butane. Depuis quelques mois, il y a déjà des pénuries de pain et de carburant, ce qui a encouragé l'apparition d'un marché noir et d'interminables files d'attente devant les boulangeries et les stations d'essence.

Le blé cultivé en Égypte ne parvenant pas à couvrir les besoins de la population, évalués à 18 millions de tonnes, le pays est le premier importateur de blé au monde. Plusieurs analystes sont donc inquiets pour la sécurité alimentaire de la population, alors que fondent les réserves de devises nécessaires pour acheter sur les marchés extérieurs.

Qui plus est, la monnaie égyptienne est en chute libre. Les produits en provenance de l'étranger sont donc plus coûteux et tout le monde en souffre dans un pays qui dépend fortement des importations.

Après avoir diminué du tiers en 2011, le nombre de touristes a remonté légèrement en 2012, pour atteindre quelque 11,5 millions de personnes. En 2010, avant le soulèvement, 14,5 millions de personnes avaient visité l'Égypte. Les recettes ont plongé d'autant, passant de 12,5 milliards en 2010 à 8,8 milliards en 2011.

De plus, les investissements étrangers nets ont chuté de 393 millions de dollars au cours du deuxième semestre de 2012, aggravant encore la situation de la Banque centrale.

Les réserves de devises ont atteint un seuil critique, passant de 36 milliards de dollars, avant la chute de Moubarak, à 15 milliards aujourd'hui, soit de quoi couvrir trois mois d'importations. Pour tenter de les protéger, le gouvernement a annoncé, à la fin de l'année dernière, une taxe sur l'acquisition de devises étrangères pour les particuliers et un plafonnement des retraits quotidiens.

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