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Égypte : la réconciliation avant l'élection?

03/07/2013 10:51 EDT | Actualisé 02/09/2013 05:12 EDT

Un texte de Bahador Zabihiyan

Un texte de Bahador Zabihiyan

En théorie, le prochain gouvernement égyptien sera dirigé par des technocrates, qui tiendront des élections démocratiques, et qui tenteront de réconcilier des camps adverses. En pratique, la tâche s'annonce ardue dans un pays encore peu habitué à l'exercice de la démocratie.

L'Égypte a certes connu des élections l'année dernière, qui ont porté le parti islamiste des Frères musulmans au pouvoir. Cependant, une fois élu, Mohamed Morsi n'a pas su prendre en compte les différents courants politiques traversant la société égyptienne, explique l'ancien ambassadeur canadien en Égypte, Ferry de Kerckhove. « L'impasse était totale », dit-il, en entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes.

À tel point que les Frères musulmans n'ont pas su conserver la légitimité qu'ils avaient acquise grâce aux urnes, selon M. de Kerckhove. « L'élection n'est pas la démocratie, l'élection est un mode d'exercice du pouvoir démocratique, mais il y a encore énormément de travail à faire », ajoute-t-il. Si bien que l'intervention de l'armée pour destituer Mohamed Morsi apparaissait comme étant inévitable, selon l'ancien ambassadeur. « Pour éviter une guerre civile, il fallait cette intervention (...) Il n'y a pas de procédure de destitution constitutionnelle de la présidence », explique-t-il.

Réconciliation difficile

Désormais, l'Égypte a besoin d'un processus de réconciliation plutôt que de nouvelles élections, pense M. De Kerckhove. « Si vous organisez des élections dans un mois, ce sera la catastrophe », affirme-t-il.

L'armée égyptienne a d'ailleurs fait savoir qu'elle comptait mettre en place un comité de réconciliation. Le prochain gouvernement ne devra pas prendre le risque d'exclure les courants islamistes du débat, soutient M. De Kerckhove. Faute de quoi, il commettrait la même erreur que les Frères musulmans.

« L'erreur qu'ils ont commise eux, une fois au pouvoir, c'est qu'ils ont cru pouvoir diriger contre la volonté de la moitié de la population, il ne faut pas commettre l'erreur inverse en pensant qu'il est possible d'obtenir une Égypte stable sans la participation active des Frères musulmans », explique Miloud Chennouffi, professeur au Collège des Forces canadiennes, en entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes.

« Il va falloir du doigté pour convaincre une masse critique de Frères musulmans de faire partie du processus de réconciliation », rajoute M. Chennoufi.

S'il faut inclure les Frères musulmans, il faudra aussi s'habituer à l'intervention de l'armée dans les affaires politiques, estime le professeur. « Les militaires ne vont pas rentrer dans leurs casernes la semaine prochaine. Ils vont être plus que des accompagnateurs, sans être nécessairement l'acteur le plus en avant de la scène », soutient M. Chennoufi.

Une présence militaire qui ne dérange pas Emad Raphael, un Montréalais d'origine égyptienne, dont le restaurant est devenu un point de ralliement des Égyptiens de la métropole. « Je pense que ces deux dernières années, on a appris beaucoup. Je pense qu'on va s'en aller dans la bonne direction ».

Même s'ils ont démontré qu'ils étaient un pivot de la vie politique égyptienne, les militaires égyptiens sont issus d'une « nouvelle génération », moins intéressée par « l'exercice du pouvoir », souligne M. Chennoufi.

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