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Avion bolivien fouillé : l'Amérique du Sud s'indigne

03/07/2013 01:36 EDT | Actualisé 01/09/2013 05:12 EDT

Une réunion de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) aura lieu jeudi à Lima au niveau ministériel pour évoquer l'escale viennoise, liée à l'affaire Edward Snowden, de l'avion du président bolivien Evo Morales, a annoncé le ministère brésilien des Affaires étrangères.

Un sommet extraordinaire sera par ailleurs organisé à Cachabamba, en Bolivie, à une date qui reste à définir, a précisé un porte-parole mercredi.

Evo Morales regagnait la Bolivie mardi soir après une conférence internationale à Moscou quand la France et le Portugal ont interdit à son avion d'emprunter leur espace aérien après des rumeurs selon lesquelles l'informaticien à l'origine des révélations sur les programmes de surveillance américains se trouvait à bord.

Le traitement réservé au président bolivien a suscité l'indignation en Amérique du Sud et plusieurs de ses pairs lui ont exprimé leur soutien. « Ils sont définitivement tous fous », a lancé la présidente argentine Cristina Fernandez sur Twitter après un coup de téléphone à Evo Morales, resté bloqué cette nuit à Vienne.

« Je ne suis pas un voleur », lui a selon elle déclaré le président bolivien, qui a expliqué ne pas avoir pu s'opposer à l'inspection de son avion. Les autorités autrichiennes ont fait savoir qu'aucun passager clandestin n'y avait été découvert et l'appareil a pu reprendre l'air vers midi.

Le ministre bolivien de la Défense Ruben Saavedra a toutefois assuré par la suite que l'appareil n'avait pas été fouillé. Selon le vice-président Alvaro Garcia, des responsables se sont toutefois présentés à la porte de l'appareil.

L'ambassadeur de Bolivie auprès des Nations unies a exprimé la colère de son gouvernement et a nommément désigné les États-Unis comme responsables de cet incident. « Nous parlons de l'enlèvement d'un président en voyage officiel après un sommet officiel », a dit Sacha Llorenti Soliz. « Nous ne doutons pas du fait qu'il s'agit d'un ordre de la Maison-Blanche. »

« En aucun cas un avion diplomatique avec un président à son bord ne peut être détourné de sa route et contraint à atterrir dans un autre pays », a ajouté le diplomate.

Parlant d'un acte dangereux, l'Unsasur, qui regroupe l'ensemble des pays sud-américains, a dénoncé la fermeture des espaces aériens français et portugais.

« Kidnappé par l'empire »

Pour le vice-président bolivien, Evo Morales a été « kidnappé par l'empire ». La Paz a adressé une protestation officielle aux Nations unies et des demandes d'explications aux ambassades de France, d'Italie et du Portugal.

Des manifestants ont brûlé des drapeaux français et jeté des projectiles en direction de l'ambassade de France à La Paz, a-t-on appris de source diplomatique française.

Le ministre de la Défense a quant à lui accusé Washington d'avoir « manipulé » ses alliés européens.

En Équateur, le président Rafael Correa a parlé d'actes « extrêmement graves ». « Nous nous efforçons de réunir [...] les chefs d'État et de prendre des mesures contre cet affront fait à l'Amérique latine », écrit-il sur Twitter, dénonçant une atteinte au droit international.

Les excuses de la France

François Hollande a parlé d'« informations contradictoires sur les passagers [...] ».

« Dès lors que j'ai su que c'était l'avion du président bolivien, j'ai donné immédiatement l'autorisation de survol du territoire », a assuré le président français, lors d'une conférence de presse à Berlin.

Dans la soirée, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a téléphoné à son homologue bolivien « pour lui faire part des regrets de la France », a annoncé le ministère des Affaires étrangères. « Il lui a fait part des éclaircissements nécessaires sur cet incident », précise un communiqué.

Bloqué depuis le 23 juin dans la zone de transit de l'aéroport Cheremetievo à Moscou, où il est arrivé en provenance de Hong Kong, Edward Snowden a demandé l'asile à une vingtaine de pays, dont la Bolivie, mais se trouve dans l'impossibilité de se déplacer. Lui accorder l'asile ne serait pas sans conséquence, a averti Barack Obama.

Reuters

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