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FrancoFolies 2013: Dans la tête et l'imagerie de Lescop (ENTREVUE)

Publication: Mis à jour:
LESCOP
Thomas Robin

Après un premier jeu de séduction avec le public montréalais lors du Festival OhhLaLA! en octobre dernier, Lescop est de retour aux FrancoFolies le temps de deux prestations. Armé de sa pop noire et glaciale, le Français a passé une année mouvementée, récoltant même une nomination aux Victoires de la musique pour son accrocheuse chanson La Forêt. Entrevue.

De groupe à solo

Anciennement membre de la formation Asyl, Mathieu Lescop s’est accoutumé à sa vie de leader durant la dernière année. « J’ai beaucoup appris sur moi et sur mon rapport aux autres. […] En étant seul, tu apprends à ne pas t’énerver ou du moins, à t’énerver au bon moment. Tu apprends à ne pas faire le vilain petit canard dans ton coin à ne rien dire. Maintenant, comme j’ai de la légitimité, je peux dire ce qui ne me plaît pas », explique-t-il. L’artiste ne discrédite pas pour autant l’apport de ses musiciens: « J’aime bien, que ce soit en studio ou sur scène, travailler avec des gens et qu’il y ait des échanges ».

Le projet de Lescop a beaucoup évolué sur scène au fil des mois, notamment par l’ajout de musiciens. « C’est plus étoffé. Je pense qu’avec l’âge, ça se bonifie…comme le vin! », dit-il en souriant. Devant une performance de Lescop, les spectateurs apprivoisent une certaine bipolarité musicale. Les paroles sont livrées avec une telle froideur, un certain mystère s’installe, mais les airs pop déroutent et l’on se méprend vite à danser.

Tout est dans le ressentiment

Si la trame sonore du chanteur est pop, ce sont les situations troubles qui se retrouvent au centre de son écriture. Ses textes sont de belles autofictions; des histoires et de petits flashs qui font irruption en tête. Pour lui, rien n’est plus ennuyeux que des écrits directs. « Ça ne m’intéresse pas de ressentir quelque chose et de mettre en mots de cette même façon. C’est un peu chiant et pénible d’ailleurs, ces chanteurs qui écrivent les choses comme ils les pensent », raconte-t-il. Mathieu illustre des éléments de sa vie, de son vécu en les étirant et en leur faisant tracer des obliques.

L’importance qu’il accorde à l’idée de «ressenti» a toujours émergé en lui. Lorsqu’on demande à Lescop si quelqu’un a marqué son parcours, il y fait rapidement référence. « Quand j’avais cinq ans, j’ai rencontré une danseuse qui s’appelle Susan Buirge. J’avais aimé son spectacle et naïvement, j’étais allé la voir pour lui dire. […] Elle est devenue amie avec mes parents et je l’ai souvent revue. Elle a ouvert une porte dans ma tête par rapport à l’abstraction. C’est bien d’utiliser d’autres formules qui vont peut-être faire ressentir un message plus fort que si on le disait aux gens de manière littérale », raconte-t-il.

Sa rencontre inspirante avec cette danseuse contemporaine l’a aussi conscientisé à la possibilité de devenir artiste. « En France, il y a un espèce de mythe comme quoi un artiste a un génie et que ça lui est tombé dessus, comme une influence divine. Elle, elle m’a fait réaliser que percevoir les choses, ce n’est pas nécessairement inné et que devenir artiste, ça s’apprend comme un boulot », dit-il.

LES QUESTIONS HUFFPOST

1. Nommez un lieu que vous aimeriez visiter à Montréal.

R. Je suis allé au quai tout à l’heure et j’ai beaucoup aimé...mais j’ai encore beaucoup à visiter.

2. Nommez un mot de la langue française pour décrire votre œuvre.

R. Coupant

Différentes interprétations

L’idée d’abstraction entraînant son lot d’interprétations, le chanteur se méfie parfois de ce que son public pourrait comprendre au travers ses textes. « Je lis des explications complètement délirantes de La Forêt sur internet avec des gens qui disent ‘C’est sûr qu’il parle de ça’. Après, à partir du moment où tu lâches une œuvre, elle t’échappe un peu », affirme-t-il.

La forme et non le fond

Lorsqu’on interroge Lescop sur l’apparition de noms de villes dans ses paroles, il admet ne pas y allouer tant d’importance. « Dans une chanson, la forme est plus importante que le fond. Ce n’est pas tant ce que tu dis qui est important, mais la façon dont tu le dis », croit le chanteur. « C’est la forme qui éveille l’imaginaire. Par exemple, Guernica de Picasso: oui, le message est intéressant parce que ça parle de la guerre d’Espagne, mais en même temps, si le tableau n’était pas aussi beau, on se foutrait du message », renchérit-il.

Si c’est la forme qui le préoccupe, de quoi peut-il être inspiré? «Je travaille sur les souvenirs et l’imaginaire. Surtout, je ne crois pas les gens qui partent pour un lieu précis dans le but de s’inspirer. C’est louche. C’est trop beau pour être vrai! », répond-il. Toujours dans cette envie de raconter des histoires, l’artiste planche même sur l’écriture d’un scénario. Il est trop tôt pour parler vivement de son projet, mais ce n’est pas les images qui lui manquent…

Lescop – 20 juin, 22h / 21 juin, 20h – Scène Loto-Québec

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FrancoFolies: 19 juin 2013
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