La Warner Bros., qui détient les droits d’adaptation du superhéros, ne veut pas le laisser tomber. C’est de bonne guerre puisque Superman, créé en 1938 par Jerry Siegel et Joe Shuster, ne nous aurait jamais laissé tomber. Même si, avouons-le, le héros à la cape rouge ne fait plus sonner les caisses du box-office comme dans les années 70-80 où Christopher Reeves, très charismatique, donnait du tonus à la franchise.

Par ailleurs, la dernière tentative Superman Returns (2006) de Bryan Singer avait presque fini de tuer la série, fleuron de DC Comics que l’on croyait increvable. Mais la séquence pourrait changer car aujourd’hui débarque une bombe sur nos écrans: Man of Steel de Zack Snyder.

Les espoirs sont énormes puisque ce n’est pas seulement l’humanité que l’on veut sauvegarder ici, mais l’univers mythique de Superman. Toutefois, on peut compter sur l’expertise en séquences de combats titanesques et numériques du réalisateur de Watchmen et de 300 pour donner à son film un souffle spectaculaire, au risque d’en faire trop.

De toute façon, la commande est simple: il s’agit, ni plus ni moins, de ressusciter Superman. Christopher Nolan s’est donc joint à titre de producteur avec son acolyte et scénariste David S. Goyer dans l’aventure pour remettre en scelle les origines du superhéros. On le sait, ce duo d’enfer est capable de redonner vie à n’importe quelle figure aussi moribonde soit elle. Ils y sont déjà parvenus avec leur impressionnante trilogie The Dark Knight qui a redonné à Batman ses lettres de noblesse.

On oublie tout et on recommence. Man of Steel est un «reboot» entièrement repensé à la sauce Nolan, bien sûr. Entendez par là: davantage de psychologie torturée et d’ambiances postapocalyptiques sur fond musical tonitruant signé par Hans Zimmer (même compositeur que le thriller Inception). La première partie du film s’avère passionnante. Le spectateur est littéralement entraîné aux cœurs de la planète Krypton avant sa destruction où les origines de Superman sont mieux mises en lumière. Tout un chapitre jusqu’ici inexploré, ou si peu, par les précédents épisodes de la série où l’on peut voir son père Jor-El en pleine action (Russell Crowe).

La suite nous entraîne en terrain connu, à Smallville, petit patelin fermier du Kansas, en compagnie d’un garçon incompris et rejeté par ses camarades d’école. Le jeune Clark Kent qui deviendra le futur Superman interprété par un nouveau venu, le Britannique Henry Cavill, connu par la série Les Tudors. Lorsque son bon père adoptif (Kevin Costner) lui apprend qu’il vient des étoiles, alors tout s’éclaire soudainement.

Déchiré entre le passé et le présent, Clark – devenu beau et fort – demeure un paria. La figure christique présente en filigrane dans l’ADN du personnage prend davantage de place. Hormis le baiser final, sa relation avec Lois Lane (Amy Adams), la journaliste un peu trop curieuse du Daily Planet, est résumée à son plus petit dénominateur commun. Moins d’humour également. Aussi craquant soit-il, Superman et son costume flambant neuf ne font plus rire du tout contrairement à Christopher Reeves qui avait dessiné un Clark Kent un peu maladroit. Il est prêt à sauver la veuve et l’orphelin, mais fini les pitreries.

Ainsi, le funeste et très sérieux Man of Steel, c’est d’abord et avant tout un débordement parfois exagéré de combats gonflés à la testostérone. Surtout dans sa deuxième partie. Lorsque le méchant général Zod (Michael Shannon) revient de son exil intergalactique, le film laisse place à une débauche d’effets spéciaux hallucinants.

Les gratte-ciels qui s’effondrent à n’en plus finir, les immenses scènes de batailles entre Kryptoniens énervés ou la prise en otage de notre propre planète, le long métrage ne s’interdit vraiment aucune limite. Des moments impressionnants, mais qui finissent par donner le vertige.

Man of Steel (L’Homme d’acier) – Warner Bros. – Science-fiction – 143 minutes – Sortie en salles le 14 juin 2013 – États-Unis.


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  • L'HOMME D'ACIER (Man of Steel) (4)

    <strong>États-Unis. 2013. 143 min.</strong> Science-fiction de Zack Snyder avec Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon, Russell Crowe, Kevin Costner, Diane Lane. Prévoyant la destruction imminente de Krypton, sa planète, le savant Jor-El lance vers la Terre son fils naissant Kal-El dans un engin spatial contenant le code génétique de tous les Kryptoniens. Avant de mourir, il vainc le général Zod, qui est condamné à l'exil. Sur la Terre, l'enfant recueilli et élevé par des fermiers du Kansas se transforme au fil des ans en un homme doté de pouvoirs extraordinaires. Tandis qu'il cherche à découvrir le but de son existence, surgit de l'espace le général Zod avec un contingent armé. L'officier belliqueux exige des autorités qu'elles lui livrent Kal-El. Or, celui-ci ne s'est pas encore révélé à l'humanité, malgré la perspicacité de la journaliste Lois Lane, mise au fait de son identité secrète. Zod veut se servir du code génétique de Kal-El pour faire revivre Krypton, détruisant du même souffle l'humanité. Un combat titanesque s'engage alors entre le général belliqueux et celui que l'on surnomme désormais l'Homme d'acier. Les efforts pour rénover la formule de SUPERMAN dans l'esprit torturé des BATMAN de Christopher Nolan ont porté fruit. Du moins dans la première partie, assez inspirée. Ils s'évaporent ensuite dans une orgie tonitruante, démesurée et lassante de destruction massive. Dans le rôle-titre cependant, Henry Cavill ("The Tudors") en impose.

  • DO NOT DISTURB (5)

    <strong>France. 2012. 92 min.</strong> Comédie de moeurs de Yvan Attal avec Yvan Attal, François Cluzet, Laetitia Casta, Charlotte Gainsbourg, Asia Argento, JoeyStarr. En pleine nuit, Ben débarque sans prévenir chez Jeff. Les deux amis, qui ne s'étaient pas vus depuis les Beaux-Arts, quinze ans plus tôt, sont aux anges de se retrouver, malgré leurs vies diamétralement opposées. Ben voyage à travers le monde, sans attaches, tandis que Jeff, urbaniste rangé, tente de fonder une famille avec Anna, son épouse. Pourtant, le professionnel sérieux semble renaître sous l'impulsion de son ami fantasque, qui dès le lendemain l'entraîne dans une soirée bohème. Devant l'hôtesse lesbienne et son amante, les deux potes enivrés vont jusqu'à se lancer le défi de tourner ensemble un film à l'intention d'un festival de Seattle spécialisé dans le cinéma porno amateur. Le lendemain matin, après que Jeff eut réussi à amadouer Anna, en colère contre lui, les deux hétéros refont en privé le serment de tourner le film, et conviennent d'un rendez-vous à l'hôtel le lendemain soir. Mais dans l'intervalle, Anna doit être mise au courant et eux, trouver le courage qui leur manque. HUMPDAY, la comédie fauchée et improvisée de l'Américaine Lynn Shelton, fait ici l'objet d'un remake boursouflé et désincarné par le Français Yvan Attal (MA FEMME EST UNE ACTRICE). Les personnages mal définis et inégalement défendus, les situations artificielles et la mise en scène sans boussole alourdissent le bilan de ce film qui compte au final un seul vrai bon moment.

  • THIS IS THE END (5)

    <strong>États-Unis. 2013. 107 min.</strong> Comédie de Evan Goldberg,Seth Rogen avec James Franco, Seth Rogen, Jay Baruchel, Jonah Hill, Danny McBride, Craig Robinson, Emma Watson, Michael Cera, Paul Rudd. Durant la pendaison de crémaillère de l'acteur James Franco, ses confrères Jay Baruchel et Seth Rogen s'absentent momentanément afin d'aller chercher quelques provisions. Mais les rues de Los Angeles sont le théâtre de phénomènes étranges: la terre tremble, des incendies se déclenchent et des faisceaux bleus aspirent les gens vers le ciel. Rentrés sains et saufs chez James, dont la nouvelle demeure a des allures de bunker, les deux amis sont témoins de la chute fatale, dans une large crevasse, de plusieurs célébrités présentes à la fête. Avec leurs amis Jonah Hill et Craig Robinson, Jay, Seth et James tentent de survivre à ce qui s'apparente à l'apocalypse. Le lendemain, ils découvrent avec stupeur que Danny McBride, qui n'était pourtant pas invité à la fête, a élu résidence chez James. L'intrus sème bientôt le chaos en faisant fi des règlements de la maison. Au même moment, des grondements se font entendre à l'extérieur. Dans cette grosse farce sur l'amitié et la rédemption, des vedettes et célébrités jouent à fond la carte de l'autodérision, avec des résultats inégaux. Carburant à l'humour outrancier facile, le film est ponctué de scènes d'action aux trucages bricolés peu convaincants. La réalisation purement fonctionnelle est totalement au service des interprètes déchaînés.

  • PIERRE DE PATIENCE (Syngue Sabour) (4)

    <strong>Afghanistan. 2012. 102 min.</strong> Drame de moeurs de Atiq Rahimi avec Golshifteh Farahani, Hamidreza Javdan, Hassina Burgan, Massi Mrowat, Mohamed Maghraoui, Hiba Lharrak. Au milieu du chaos qui règne dans Kaboul sous les bombes, une jeune Afghane insiste pour demeurer au chevet de son mari, un héros de guerre plongé dans le coma. Mais une suite d'incidents tragiques l'oblige à prendre la fuite avec ses deux fillettes et à trouver refuge auprès de sa tante, qui tient une maison close dans un autre secteur de la ville. Revenue transformée de ce lieu clandestin, l'épouse dévouée et pudique s'ouvre à son mari, toujours dans le coma, comme elle ne l'avait jamais fait en dix ans d'union. Ainsi, elle lui raconte qu'elle a découvert sa sexualité avoir cédé aux avances d'un jeune combattant, qui croyait qu'elle était une prostituée. Emportée par le fil de sa confession, la jeune femme lui fait d'autres révélations étonnantes. Pour la seconde fois après TERRE ET CENDRES, l'écrivain Atiq Rahimi transpose lui-même son roman au cinéma, un récit intimiste mais universel, qui lève le voile sur la condition des femmes afghanes. Marqué par un traitement sobre, un peu statique, le film en impose grâce à la composition sensible de l'actrice iranienne Golshifteh Farahani (POULET AUX PRUNES).

  • HANNAH ARENDT (4)

    <strong>Allemagne. 2012. 113 min.</strong> Drame historique de Margarethe von Trotta avec Barbara Sukowa, Axel Milberg, Janet McTeer, Julia Jentsch, Ulrich Noethen, Michael Degen. En 1961, la philosophe juive allemande Hannah Arendt est dépêchée à Jérusalem par le magazine américain <em>The New Yorker</em> pour couvrir le procès du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann. Les articles qu'elle fait paraître, dans lesquels elle échafaude son audacieuse théorie sur "La banalité du mal", entraînent une vive polémique. De fait, son obstination et l'exigence de sa pensée se heurtent à l'incompréhension de ses proches, à l'exception de son mari Heinrich Blücher, et provoquent son isolement auprès des milieux intellectuels et universitaires new-yorkais, au sein desquels elle évolue. On reproche à cette femme engagée et pétrie de contradictions - elle n'a jamais coupé les ponts avec son ancien amant Martin Heidegger, philosophe nazi convaincu - de vouloir déresponsabiliser Eichmann. Alors que la justice internationale veut faire de son procès un exemple, Arendt brosse de lui le portrait d'un subalterne zélé et médiocre, maillon d'une chaîne de commande bureaucratique qui lui a permis de poser des gestes terribles sans avoir à en endosser les conséquences. Évitant le film biographique classique aux trop multiples ramifications, Margarethe von Trotta (ROSA LUXEMBOURG) se concentre sur une période clé de la vie de Hannah Arendt. La mise en scène comporte certaines lourdeurs que la force du propos et l'intensité du jeu de Barbara Sukowa permettent cependant d'oublier.

  • THE EAST (4)

    <strong>États-Unis. 2013. 116 min.</strong> Thriller de Zal Batmanglij avec Brit Marling, Alexander Skarsgard, Ellen Page, Toby Kebbell, Shiloh Fernandez, Patricia Clarkson, Julia Ormond. Ancienne agente du FBI, Jane vient de joindre les rangs d'une puissante compagnie de surveillance basée à Washington. Afin de la mettre à l'épreuve, sa patronne lui confie une mission délicate: retracer puis infiltrer "The East", une organisation écoterroriste qui cible les multinationales pétrolières et pharmaceutiques. Ayant repéré le groupuscule dans une maison délabrée au fond des bois, la jeune femme parvient à se faire admettre au sein de la bande, bien que sa présence en gêne certains. Après avoir soumis Jane à une initiation humiliante visant à confirmer son engagement, Benji, le leader de "The East", l'invite à participer à leur prochain coup d'éclat. Forcée d'obtempérer par crainte d'être démasquée, la jeune femme discrète et ambitieuse prend enfin la pleine mesure de l'engagement des membres de l'organisation. Mais son attirance pour le charismatique Benji complique sa mission. L'actrice-scénariste d'ANOTHER EARTH, l'excellente Brit Marling, refait équipe avec le réalisateur de SOUND OF MY VOICE pour formuler une réflexion intelligente sur la clandestinité et le militantisme radical. Bien ficelé, ancré dans les préoccupations du présent, le scénario n'est toutefois pas exempt d'invraisemblances.

  • CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT (4)

    <strong>France. 2012. 159 min.</strong> Chronique de Alexandre Arcady avec Fu'ad Aït Aatou, Nora Arnezeder, Anne Parillaud, Vincent Pérez, Mohamed Fellag, Anne Consigny. Algérie, années 1930. Parce que la terre de son père a été incendiée puis saisie par un créancier, Younes emménage à Oran avec sa famille. Aussitôt, son oncle Mohammed, un pharmacien, arrache le garçon de neuf ans à la misère à laquelle il était promis en le prenant sous son toit, où son épouse Madeleine, Française en rupture de ban, voit en lui le fils dont elle a toujours rêvé. D'abord attristé de devoir se séparer de sa mère et de sa petite soeur, Younes accepte de devenir Jonas et de fréquenter un bon lycée où, passé une intégration difficile, il fraternise avec quatre pieds-noirs qui seront encore ses amis lorsque la révolte algérienne se mettra à gronder, une douzaine d'années plus tard. Alors que le coeur de Jonas se déchire entre les revendications de son peuple et son admiration pour la culture française, son désir est éveillé par l'arrivée dans la bande de la jolie Émilie, fille d'une riche propriétaire terrienne. Cette allumeuse aime Jonas, et réciproquement. Mais un secret inavouable empêche le jeune homme de donner libre cours à ses sentiments. Dans cette chronique elliptique inspirée du roman de Yasmina Khadra, le vétéran Alexandre Arcady (LE COUP DU SIROCCO) met l'accent sur l'identité déchirée de son jeune protagoniste, emblématique d'un pays en quête de lui-même. Le recours à une grammaire vieille école rompt parfois le charme de cette production luxueuse, défendue par une belle galerie d'interprètes.

  • AU-DELA DES COLLINES (Dupa dealuri) (3)

    <strong>Roumanie. 2012. 150 min.</strong> Drame de Cristian Mungiu avec Cosmina Stratan, Cristina Flutur, Valeriu Andriuta, Dana Tapalaga, Catalina Harabagiu, Ionut Ghinea. Alina vient chercher Voichita, sa compagne de dortoir à l'orphelinat roumain où elles ont grandi, afin de partir avec elle en Allemagne, où on leur offre du travail. Mais son ancienne amante, qui vit dans un monastère isolé sous la direction d'un pope orthodoxe réputé posséder des dons de guérisseur, refuse de la suivre. À l'inverse, la nonne s'efforce d'éveiller chez la visiteuse une ferveur religieuse, en vain. Hospitalisée à la suite d'une crise d'hystérie qui a perturbé la communauté, Alina avoue au médecin entendre parfois des voix, ce qui laisse croire à ce dernier qu'elle souffre de schizophrénie. De retour au monastère, qui par charité accepte d'accueillir la jeune femme sans domicile, celle-ci se fait plus sage et discrète. Jusqu'au jour où, désespérant de reconquérir Voichita, elle crée un nouvel esclandre, cette fois en remettant en question les pouvoirs et l'autorité du pope. À bout de patience, ce dernier, convaincu qu'Alina est possédée du démon, décide de pratiquer un exorcisme sur elle. L'auteur de l'extraordinaire 4 MOIS, 3 SEMAINES, 2 JOURS fait montre d'une égale maîtrise du récit dans cette évocation nuancée et glaçante d'un fait divers survenu en 2005. Sa mise en scène rigoureuse, tendue jusqu'au malaise, met en valeur les formidables Cosmina Stratan et Cristina Flutur, récompensées à juste titre par le prix d'interprétation à Cannes en 2012.

  • SCATTER MY ASHES AT BERGDORF'S

    <strong>États-Unis. 2013. 93 min.</strong> Documentaire de Matthew Miele. Incursion dans les coulisses du Bergdorf Goodman, magasin de luxe new-yorkais louangé par les plus grands couturiers et designers de la planète.