POLITIQUE
11/06/2013 08:49 EDT | Actualisé 11/08/2013 05:12 EDT

Prête-noms : le défilé des élus de Laval se poursuit

Capture d'écran

Le vice-président du comité exécutif de Laval, qui a admis hier avoir servi de prête-nom pour le PRO des Lavallois, a tenu ce matin à souligner qu'il ignorait tout des activités illicites alléguées de l'ex-maire Gilles Vaillancourt.

« Je ne savais pas ce qu'il faisait, Madame la présidente, comme la plupart des gens, j'apprends... », a soutenu Basile Angelopoulos, qui décrit l'ex-maire comme quelqu'un « qui en menait large ».

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

Lire aussi : Angelopoulos, le bon samaritain de Laval

Notre blogue en direct

« Ce n'était pas quelqu'un qui déléguait facilement, ou régulièrement » à ses conseillers, a fait valoir M. Angelopoulos : « Il avait le contrôle, certainement ».

Il soutient par ailleurs que parmi les 37 personnes arrêtées pour collusion par l'UPAC le 9 mai dernier, dont l'ex-maire Vaillancourt, il n'en connaissait que sept ou huit.

Il soutient que si le système de collusion décrit à la commission par divers témoins « a effectivement fonctionné aussi longtemps », c'est parce qu'il était étanche, expliquant ainsi pourquoi lui ou les autres conseillers n'en ont rien su. « Sinon, soutient-il, ça aurait été dénoncé ».

M. Angelopoulos ajoute qu'hormis cet aspect de la collusion, « Laval est toujours l'envie du monde municipal », ajoutant, à la défense de M. Vaillancourt, qu'à partir de 2008-2009, ce dernier aurait été très scrupuleux dans la gestion des appels d'offres.

Le vice-président de l'exécutif lavallois, qui a assuré l'intérim à l'automne après le départ du maire - comme le veut la charte de la Ville - admet avoir alors reçu un appel de Gilles Vaillancourt, qui lui a fait quelques conseils politiques, notamment de combler rapidement le poste de maire. Il refuse cependant d'y voir de l'ingérence et parle d'un bref appel. Il dit qu'il n'a pas, sinon, cherché à l'appeler. Il ajoute que le maire ne lui a pas demandé de lui succéder.

Il a enfin évoqué une rencontre avec l'ex-maire il y un mois et demi, à son bureau d'avocat, qui se voulait amicale, mais l'aurait mis très mal à l'aise, pour des questions de perceptions, en raison des allégations pesant sur l'ex-maire.

Avocat fiscaliste, le vice-président du comité exécutif Basile Angelopoulos a admis hier que lui et deux de ses proches ont servi de prête-noms pour le PRO contre remboursement, mais a été réticent ce matin à admettre qu'il a fraudé le fisc.

Il soutient que les déductions qu'il a demandées étaient légales, car il payait aussi pour des « parties de sucre » du PRO et avait donc ainsi assez contribué pour y avoir droit. Il a été rabroué par le commissaire Renaud Lachance sur son interprétation des lois : les crédits d'impôt s'appliquent aux dons, pas aux billets pour des « parties de sucres ».

Basile Angelopoulos a admis lundi qu'il avait participé au stratagème de prête-noms, tout comme l'ex-conseiller municipal Richard Goyer et le conseiller Benoit Fradet, également membre du comité exécutif.

« Je reconnais que j'ai commis un grave impair » - Jocelyne Guertin

La conseillère Jocelyne Guertin, membre du comité exécutif de Laval, reconnaît à son tour avoir participé au système de prête-noms dévoilé par l'ex-représentant officiel du PRO, Me Jean Bertrand.

Mme Guertin a expliqué s'être méfiée dès la première fois où Me Bertrand l'a approchée en 2000, mais elle dit avoir jugé que ce dernier étant avocat et important au sein du parti, elle s'est « fiée à lui ». Elle a donc accepté de prendre une enveloppe contenant 3000 $ et a demandé à trois de ses proches de lui faire des chèques.

« Je reconnais que j'ai commis un grave impair de l'avoir fait, surtout que ça ne fait pas partie de mes valeurs, mais le contexte ne permettait pas de questionnement : c'était fait très rapidement », s'est-elle justifiée. Elle ajoute que jamais Me Bertrand ne lui a dit que c'était illégal.

Elle a continué pourtant de participer au stratagème dans les années subséquentes jusqu'en 2011, sauf en 2005, et a demandé pour ces dons des déductions fiscales. Elle dit sinon ne pas en avoir parlé à d'autres conseillers en raison du malaise que suscitait en elle la pratique : « On est déjà mal à l'aise avec nous-mêmes... ».

Mme Guertin a plus tôt contesté plusieurs données dévoilées par la commission, provenant du DGEQ, sur les contributions de ses proches au PRO. Elle estime que plusieurs de dons mentionnés n'ont pu être faits. Selon les données du DGEQ, Mme Guertin a versé 6000 $ au PRO entre 2006 et 2011 et quatre de ses proches 21 000 $ entre 1999 et 2011

Mme Guertin sera suivie à la barre par la conseillère Ginette Legault Bernier, encore sur le stratagème des prête-noms utilisé pour obtenir des contributions politiques qu'a décrit Me Jean Bertrand. 

Selon des données compilées par la commission à partir d'informations fournies entre autres par le Directeur général des élections du Québec, Ginette Legault Bernier, qui représente le district L'Abord-à-Plouffe, aurait donné 10 500 $ au PRO entre 1998 et 2011, et quatre de ses proches, dont Marc Poitras, auraient versé 30 000 $ entre 1999 et 2010.

Devant la commission, Me Jean Bertrand a admis qu'il remettait peut-être, dans les faits, l'argent au conjoint de Mme Legault Bernier, qui était membre de la direction du PRO. « Je le voyais plus souvent, ça aurait été plus pratique de lui donner. Mais de vous dire, là, catégoriquement, je ne pourrais pas », avait dit Me Bertrand.

Me Bertrand au coeur du système des prête-noms

Il y a dix jours, l'ex-représentant officiel du parti de l'ex-maire Gilles Vaillancourt a expliqué à la commission que, pendant une quinzaine d'années, il a remis de l'argent comptant à des conseillers du PRO, en échange de chèques pour un montant équivalent. Le représentant officiel du PRO a expliqué que cette pratique, illégale en vertu de la loi électorale du Québec, permettait de blanchir l'argent provenait de firmes de génie-conseil de Laval.

D'autres témoins ont expliqué avant Me Bertrand que ces firmes de génie participaient à un système de collusion leur permettant de faire main basse sur les contrats publics de la Ville de Laval. Ces allégations sont au coeur des accusations de gangstérisme déposées contre l'ex-maire Vaillancourt, l'ex-directeur général de la Ville, Claude Asselin, et l'ex-directeur du service d'ingénierie, Claude Deguise.

Les révélations de Me Jean Bertrand concernant l'utilisation de prête-noms au PRO ont entraîné la mise en tutelle de la Ville de Laval par le gouvernement Marois. Les décisions du comité exécutif doivent maintenant être approuvées par trois délégués de la Commission municipale du Québec, Florent Gagné, Sandra Bilodeau et Sylvie Piérard.

INOLTRE SU HUFFPOST

La commission Charbonneau en bref