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Angelopoulos, le bon samaritain

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BASILE ANGELOPOULOS
Basile Angelopoulos. | Radio-Canada.ca

Le vice-président du comité exécutif de la Ville de Laval, Basile Angelopoulos, admet avoir servi de prête-nom pour des contributions politiques faites au parti du maire Gilles Vaillancourt, à la demande de Me Jean Bertrand.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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Son témoignage, et ceux livrés auparavant par l'ex-conseiller municipal Richard Goyer et le conseiller Benoit Fradet, membre de l'actuel comité exécutif, confirment les allégations faites par l'ex-représentant officiel du PRO sur le rôle des conseillers dans le financement du parti. Ce dernier a expliqué à la commission que l'argent permettant de rembourser ces contributions politiques provenait de firmes de génie-conseil de Laval.

M. Angelopoulos, qui a assuré l'intérim lorsque Gilles Vaillancourt a quitté la mairie, a cependant avancé une tout autre thèse que ses collègues pour expliquer pourquoi il a accepté de jouer un rôle de prête-nom.

Il soutient ainsi que Me Bertrand lui expliqué qu'il s'agissait de faire des chèques contre de l'argent venant de « compatriotes » qui voulaient aider le parti, mais ne souhaitaient pas y être associés formellement.

Jean Bertrand « m'a appelé pour me dire que certaines gens des communautés culturelles - pour utiliser le mot qu'il a utilisé : de mes « compatriotes » - voulaient aider le parti mais ne voulaient pas écrire de chèques, ne voulaient pas être identifiés à la formation politique », a-t-il expliqué. « Et il m'a demandé si j'acceptais de fournir des chèques pour ces montants. »

M. Angelopoulos a alors fait valoir à la commission que dans les communautés culturelles, certaines personnes auraient peur de faire des contributions politiques en raison de situations vécues dans leur pays d'origine.

« L'historique de la plupart de ces communautés-là était à l'effet que, quelque part dans le passé, quelqu'un a perdu un emploi, une opportunité ou même leur vie à cause d'une affiliation politique. Je le comprenais », a plaidé M. Angelopoulos. « C'est pour ça que ce que j'entendais de Me Bertrand me semblait être tout à fait en ligne avec cela. [...] C'est pas des gens qui ont vécu cette expérience au Québec, mais malgré cela, faire partie d'une formation politique de façon officielle n'était pas dans leur pratique ni dans leur culture. »

Aneglopoulos, l'avocat qui ignorait la loi

Le vice-président du comité exécutif de la Ville de Laval a assuré à la commission qu'il ignorait que ce stratagème était illégal. « (Me Bertrand) ne m'a jamais parlé que ce geste-là était illégal ou que la source de cet argent-là était autre que celle que je viens de vous décrire. Certainement pas que la source était illégale ou provenait de collusion ou d'un système de ristourne quelconque », a soutenu M Angelopoulos, au grand étonnement des commissaires France Charbonneau et Renaud Lachance.

Basile Angelopoulos a aussi soutenu qu'il remettait son chèque et ceux récoltés auprès d'autres prête-noms à Jean Bertrand lors du congrès du parti, habituellement tenu en novembre, ou lors de rencontres à l'hôtel de ville de Laval. Me Bertrand lui remettait alors de l'argent comptant correspondant à la somme prédéterminée. MM. Goyer et Fradet avaient plutôt dit que Me Bertrand remettait une somme en argent comptant, en disant que des chèques devaient lui être remis en conséquence. 

De 1998 à 2011, Basile Angelopoulos et ses proches ont donné 18 000 $ au parti PRO selon les données du DGEQ présentées par la commission Charbonneau. M. Angelopoulos a cependant contesté avoir fait des contributions politiques avant 2001, comme le recense le DGEQ,  et a assuré ne pas avoir été remboursé pour les années 2010 et 2011.

Basile Angelopoulos a complété sa journée à la barre des témoins en affirmant que le maire Gilles Vaillancourt s'était montré « beaucoup plus vigilant » au sujet du processus d'octroi de contrats vers 2008-2009, en raison des nouvelles publiées par les médias.

« Le maire questionnait beaucoup plus ce processus. Des questions comme par exemple : combien de gens ont pris les documents d'appels d'offres? Combien de ces firmes ont soumissionné? [...] Ça tentait de contrer ce qu'on entendait dans les médias. [...] Nous, on voyait un maire qui était beaucoup plus vigilant que jamais dans le passé, à essayer de s'enquérir et de s'assurer que le processus était correct. »

Une autre membre de l'exécutif reconnaît avoir agi comme prête-nom

Le conseiller Benoît Fradet, membre actuel du comité exécutif de la Ville de Laval, reconnaît à son tour avoir agi comme prête-nom, tout comme l'ex-conseiller Richard Goyer.

M. Fradet admet avoir reçu du représentant officiel du parti, Me Jean Bertrand, de l'argent comptant en échange de chèques au nom du PRO des Lavallois. Selon les données présentées par la commission, il a versé 8000 $ au PRO entre 1999 et 2011, tandis que ses proches ont versé 22 000$ au parti au cours de la même période.

M. Fradet soutient avoir été approché par Me Bertrand pour agir comme prête-nom en 1999 et qu'il en a conclu que tel était le fonctionnement du parti et que le représentant officiel du PRO agissait avec l'aval du « patron », Gilles Vaillancourt.

Il admet que ce qu'il a fait n'est pas « correct », mais se défend d'avoir posé un geste illégal. Il soutient d'ailleurs que Me Bertrand, contrairement à ce qu'il a soutenu devant la commission, ne lui a jamais dit rien de tel.

Il fait de plus valoir que jamais Me Bertrand ne lui a fait miroiter la possibilité qu'il pouvait ne pas participer au système de prête-noms, mais laisse entendre, d'un même souffle, qu'il a agi ainsi en pensant à son avenir politique au sein du parti.

Fradet, vice-président chez SchokBeton et ex-député du PLQ

Benoît Fradet est membre du comité exécutif de la Ville de Laval et conseiller du PRO des Lavallois depuis 1997. Ancien député libéral, M. Fradet est aussi vice-président développement chez SchokBeton, propriété de la famille Bibeau, réputée proche des libéraux provinciaux.

Marc Bibeau, actionnaire principal de l'entreprise, a déjà été présenté dans des médias comme très actif dans le financement et l'organisation du PLQ. « Je sais qu'il était proche de Jean Charest », a confirmé M. Fradet, qui ne peut dire cependant son rôle exact au PLQ.

Il soutient cependant que Marc Bibeau « n'a jamais été mêlé de près ou de loin » au fonctionnement de SchokBeton, même s'il en est l'actionnaire principal et signe les chèques. M. Fradet soutient que c'est son frère, Robert Bibeau, qui dirige au quotidien SchokBeton. Marc Bibeau gère plutôt les importants actifs immobiliers de sa famille.

M. Fradet a été député libéral provincial de 1989 à 1994 puis a siégé dans l'opposition jusqu'à ce que Gilles Vaillancourt le recrute en 1997.

Goyer admet ses torts

Richard Goyer, conseiller municipal de 1986 à 2005, et premier élus de Laval à se présenter à la barre, a reconnu d'entrée de jeu que lui et plusieurs de ses proches ont agi comme prête-noms pour le parti de l'ex-maire Gilles Vaillancourt.

Me Jean Bertrand, le représentant officiel du parti, lui remettait de l'argent comptant, généralement entre 3000 $ ou 4000 $ par année, dans un bureau de l'hôtel de ville de Laval. Il lui rapportait par la suite des chèques au nom du PRO des Lavallois faits par lui et ses proches.

L'homme, qui est aussi entrepreneur en construction depuis la fin des années 90 admet qu'il se doutait bien que le stratagème des prête-noms était illégal et il croit possible que Me Bertrand l'en ait bien averti, comme ce dernier l'a soutenu à la commission.

Selon les données présentées par la commission, M. Goyer a versé 7750 $ par chèques au PRO des Lavallois entre 1998 et 2007. Des membres de sa famille ont versé 14 750 $, entre 1998 et 2004. M. Goyer dit ne s'être jamais posé de questions sur la provenance de l'argent. Il croit sinon n'avoir jamais fait de demandes de déductions fiscales pour profiter des crédits d'impôts pour dons politiques.

Selon Me Jean Bertrand, c'est le notaire Jean Gauthier qui lui remettait l'argent pour les prête-noms, qu'il obtenait des firmes d'ingénieurs actives à Laval.

M. Goyer dit n'avoir jamais été témoin d'échanges d'argent entre d'autres conseillers et Me Bertrand. Il souligne qu'il savait dès les années 1990 que « le parti prenait tout en charge ».

M. Goyer a aussi dévoilé que le PRO des Lavallois a eu recours à des faux bénévoles pour poser des pancartes électorales aux élections de 2005 et 2009. M. Goyer, qui ne s'est pas présenté pour ces deux élections, a affirmé que c'est Me Bertrand qui l'a sollicité pour s'occuper de remplir cette tâche et qui lui remettait l'argent comptant pour payer les bénévoles, à raison de 25 $ par panneau posé pour un total qui se chiffrait en milliers de dollars.