POLITIQUE

Une caisse secrète au bureau de Harper: rien d'anormal, d'après son porte-parole

07/06/2013 11:05 EDT | Actualisé 07/08/2013 05:12 EDT
CP

OTTAWA - Le porte-parole de Stephen Harper maintient qu'il n'y a rien d'anormal dans l'existence d'un fonds, provenant du Parti Conservateur, dédié à certaines dépenses du premier ministre, même si ce fonds est géré par le chef de cabinet du premier ministre.

Le directeur des communications de M. Harper, Andrew MacDougall, a confirmé vendredi que ce fonds a toujours été géré par le chef de cabinet. Normal, selon lui, puisque le chef de cabinet gère tout le budget au bureau du premier ministre.

«On a un budget dans le bureau qui vient du parti pour les événements politiques», a tout d'abord admis M. MacDougall au cours d'un point de presse.

«Le budget du bureau, c'est le chef du cabinet qui prend soin de ça. Et c'est la même (chose) avec les fonds pour les événements politiques. Il est le chef du bureau, il connaît l'horaire du premier ministre, les événements qu'il fait. Il juge si c'est gouvernement ou politique. Et si c'est pour le Parti conservateur, ce sont les fonds du Parti conservateur qui sont utilisés», a-t-il précisé.

Le réseau CBC a révélé, jeudi, l'existence de ce fonds qui s'est élevé, parfois, à un million de dollars. Le réseau rapportait que pareille caisse n'a jamais existé avant le gouvernement Harper.

Vendredi après-midi, le Parti conservateur cherchait à contredire CBC, affirmant dans une déclaration officielle que tout cela était faux.

«La CBC, Peter Mansbridge et Greg Weston ont menti aux Canadiens. Ils devraient retirer ce reportage trompeur», claironnait le document écrit émanant du parti.

Dans un courriel à La Presse Canadienne, le porte-parole du parti, Fred DeLorey, a précisé: «CBC avait tort de dire que c'était "un fonds secret" et séparé».

«Nous utilisons un seul compte bancaire, et ce budget relève de ce compte», a-t-il écrit.

Pendant ce temps, aux Communes, le député conservateur Pierre Poilievre, chargé de répondre aux questions de l'opposition sur ce sujet, offrait une toute autre version.

«Le fonds n'existe pas», a-t-il répété à plusieurs reprises. Lorsqu'une députée néo-démocrate a demandé combien d'employés au bureau du premier ministre étaient au courant de l'existence de «cette caisse occulte», M. Poilievre a répondu que «personne ne peut être au courant de quelque chose qui n'existe pas».

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, lui, y croit à l'existence de ce fonds, se fiant davantage aux autres versions offertes par les conservateurs. Et il reproche à M. Harper de ne pas faire la différence entre les affaires du parti et les affaires du pays.

«Encore une fois, une confusion totale entre l'argent public et l'argent du parti, ceux qui travaillent pour le parti et ceux qui travaillent pour l'État», s'est plaint M. Mulcair au cours d'une conférence de presse.

«On se pose la question: à quoi a servi exactement cet argent-là?», a renchéri le député bloquiste André Bellavance à la sortie des Communes.

«Le fonds au bureau du premier ministre était probablement secret pour deux raisons: ils ne voulaient pas que les Canadiens sachent qui distribuait l'argent ou qui était payé», a avancé, pour sa part, le libéral Massimo Pacetti, en Chambre.

Les néo-démocrates ont envoyé une lettre à Élections Canada, lui demandant l'ouverture immédiate d'une enquête sur cette caisse.

M. Mulcair n'hésite pas à faire le lien entre cette caisse occulte et les 90 000 $ donnés par l'ex chef de cabinet Nigel Wright au sénateur Mike Duffy. Il croit que M. Wright aurait très bien pu compter se rembourser dans cette caisse pour le cadeau qu'il faisait au sénateur conservateur.

L'argent a servi à M. Duffy pour qu'il rembourse des dépenses illégitimes réclamées au Sénat. À cause de ce chèque de 90 000 $, M. Duffy siège maintenant comme sénateur indépendant et M. Wright a démissionné.

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