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Nouveau procès pour Cathie Gauthier: la Cour suprême statue aujourd'hui

07/06/2013 07:27 EDT | Actualisé 07/08/2013 05:12 EDT
PC

OTTAWA - Cathie Gauthier, cette femme de Saguenay reconnue coupable du meurtre prémédité de ses trois enfants, n'aura pas droit à un nouveau procès, a tranché la Cour suprême du Canada.

Dans une décision partagée 6-1 rendue vendredi, le plus haut tribunal du pays s'est trouvé à confirmer la condamnation de la mère de famille.

Il s'agissait du dernier espoir de Cathie Gauthier, qui va demeurer incarcérée.

C'est une grande déception, a déclaré vendredi Me René Duval, qui représentait la mère de famille.

«Mme Gauthier avait fait tout ce qu'elle devait faire pour pouvoir invoquer la défense de désistement. Mais la Cour suprême n'est pas d'accord avec moi», a-t-il commenté.

Sa cliente était évidemment déçue, mais n'a pas montré de signe de désespoir, rapporte-t-il.

«Elle ne rêvait pas en couleurs», a dit Me Duval qui affirme qu'elle était quand même «raisonnablement optimiste» avant de connaître les conclusions du jugement. «On peut conclure qu'elle va maintenant envisager la vie autrement».

Le juge Morris Fish, le seul dissident, a toutefois accepté la thèse de Me Duval et aurait ordonné un nouveau procès.

Au procès, la Couronne avait plaidé qu'il y avait eu un pacte de meurtre-suicide entre Mme Gauthier et son conjoint.

Les jurés avaient retenu cette version des faits et ont condamné la mère de famille à purger trois peines de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Il s'agissait alors d'une peine pour chaque enfant: Joëlle (12 ans), Marc-Ange (7 ans) et Louis-Philippe (4 ans).

Le drame familial s'est déroulé le 31 décembre 2008.

Le couple vivait alors une grande détresse psychologique et financière.

La preuve a démontré que tous les membres de la famille avaient alors bu des boissons contenant de fortes doses de médicaments — un mélange de gravol et d'antidépresseurs. Ils sont tous morts, sauf la mère, malgré de graves blessures au poignet. C'est elle qui avait appelé le 9-1-1 pour obtenir de l'aide.

Devant la Cour suprême, Mme Gauthier avait soutenu, par l'entremise de son avocat, qu'elle avait renoncé au plan de pacte de meurtre-suicide.

Selon elle, le juge de première instance avait commis une grave erreur dans ses directives aux jurés en ne leur disant pas de considérer la défense de l'«abandon» de l'acte criminel envisagé, soit de tuer les enfants.

Car au procès, elle avait témoigné à l'effet que lorsqu'elle avait réellement compris le plan de son conjoint, elle avait changé d'idée, ne voulait plus aller de l'avant, et qu'elle avait signifié clairement à son conjoint son refus.

Son avocat a fait valoir qu'un nouveau procès permettrait aux jurés de considérer cette défense.

Mais selon la procureure de la Couronne, Cathie Gauthier aurait dû tout faire en son pouvoir pour empêcher la commission du crime, et non pas se contenter de faire entendre son désaccord à son conjoint.

Pour la Couronne, le juge a bien instruit le jury et n'avait pas à lui dire de considérer cette défense de l'«abandon».

En rendant son jugement, la Cour suprême a souligné qu'une défense doit uniquement être soumise au jury si elle est vraisemblable. Pour éviter la confusion dans la tête des jurés, est-il précisé dans la décision.

Et ici, la Cour a jugé que la preuve pour soutenir cette thèse était «lacunaire».

«La seule preuve repose sur le témoignage de l'appelante (Mme Gauthier) selon lequel, dans l'après-midi du 31 décembre 2008, elle a avisé son époux de son changement d'intention et de sa volonté de ne plus participer au projet commun», écrit le juge Richard Wagner de la Cour suprême.

«À mon avis, la preuve de l'appelante selon laquelle elle a communiqué de façon non équivoque et en temps utile son retrait du plan meurtrier est insuffisante et ne permet pas de satisfaire au critère de la vraisemblance», écrit le juge Wagner.

Selon lui, Mme Gauthier devait faire plus.

«Elle aurait pu, par exemple, cacher ou détruire les médicaments achetés, demeurer vigilante et emmener les enfants dans un endroit sûr pour la soirée, insister pour obtenir une confirmation verbale de son époux au sujet de ses intentions ou tout simplement faire appel aux autorités», conclut-il avant de rejeter l'appel de Mme Gauthier.