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Clément Méric, un militant d'extrême gauche en état de mort cérébrale après une agression par des skinheads à Paris

06/06/2013 09:06 EDT | Actualisé 06/08/2013 05:12 EDT
AgitPropPraxis sur Twitter

Un militant d'extrême gauche de 19 ans se trouvait en état de mort cérébrale à l'hôpital, jeudi 6 juin au matin, à la suite d'une agression commise la veille en plein coeur de Paris par des skinheads.

L'agression, perpétrée vers 18 h, a été annoncée dans un communiqué par le Parti d'un Gauche affirmant que "l'horreur fasciste vient de tuer en plein Paris". "Violemment frappé au sol par un groupe de plusieurs militants d'extrême droite (...) laissé inanimé" le militant "a été déclaré ce soir en état de mort cérébrale à l'hôpital (de la Pitié) Salpêtrière", a indiqué le Parti de Gauche.

Selon une source policière, le jeune homme sortait d'un magasin de vêtements rue Caumartin, dans le 9e arrondissement de la capitale. Trois jeunes gens "de type skinhead", dont une femme, auraient reconnu Clément Méric, connu pour son engagement militant dans un mouvement antifasciste.

Il y aurait alors eu invectives, bousculades et échanges de mots entre les deux groupes de jeunes, selon les premiers éléments de l'enquête confiée au 1er district de police judiciaire (DPJ), se basant pour l'heure sur de "nombreux témoignages directs".

"On a entendu un gros boum quand sa tête a heurté le poteau"

Toujours selon les premiers éléments de l'enquête, les skinheads sont sortis et ont attendu "avec des renforts" dehors, devant le magasin, ce groupe de quatre jeunes gens avec qui il y avait eu les échanges "très houleux". La victime "a été frappée par l'un des skins qui avait un poing américain et a chuté sur la chaussée en heurtant un plot au passage".

Plusieurs témoins ont décrit aux reporters de 20Minutes.fr les trois agresseurs comme étant des skinheads, portant des "bombers et des rangers". "C'était une agression très violente. On était à une trentaine de mètres avec ma copine et on a entendu un gros boum quand sa tête a heurté le poteau", a indiqué un témoin, cité sur le site internet du quotidien gratuit.

"Ils avaient l'air déterminés à faire mal", a dit un témoin à i>Télé :

Les auteurs de l'agression ont pris la fuite et n'avaient toujours pas été interpellés jeudi matin.

Un guet-apens selon le leader des JNR

On ne sait pas grand chose des agresseurs, si ce n'est les descriptions qui en sont faites par les témoins. Selon le communiqué du Parti de Gauche, ils feraient parti du Groupe JNR (Jeune Nationaliste Révolutionnaire).

C'est absolument faux", a dit, lors d'un entretien téléphonique avec l'AFP, Serge Ayoub, alias "Batskin", figure historique des skinheads parisiens. Selon Serge Ayoub, qui dit avoir "eu le temps de se renseigner" sur l'agression, les "trois jeunes hommes et une fille, la compagne de l'un des jeunes", se sont rendus "normalement" mercredi dans une vente privée du quartier de la gare Saint-Lazare.

Selon lui, ce sont "des jeunes qui ont le malheur d'avoir les cheveux trop courts et une marque de blouson qui déplait à d'autres".

Sur place, ils auraient été "pris à partie par cinq militants d'extrême-gauche qui leur ont promis de les massacrer à la sortie. Le service d'ordre de la vente privée en a été témoin. Il a proposé à ces trois jeunes plus la gamine d'attendre", affirme-t-il. "La sécurité est descendue pour demander aux jeunes d'extrême gauche de s'en aller", poursuit Serge Ayoub.

"Quand ils sont descendus (...), les jeunes d'extrême-gauche les attendaient. La sécurité est sortie une deuxième fois pour les accompagner dehors". "Un peu plus loin dehors, ces cinq jeunes hommes les attendaient encore. A ce moment-là, les jeunes d'extrême-gauche ont porté les premiers coups, en tout cas il y a eu une bousculade", assure le leader des JNR. Selon lui, "les trois (militants d'extrême-droite) n'avaient qu'une seule envie c'est de s'en aller, de partir".

Écoutez Serge Ayboub interrogé par France Info :

Étudiant à Sciences-Po et et militant antifasciste

La victime est présentée comme un jeune homme gravitant dans la mouvance d'extrême gauche anti-fasciste. Selon un communiqué publié sur Bakchich.info de l'Action antifasciste Paris-banlieue, à laquelle appartenait la victime, Clément Méric était un "jeune syndicaliste âgé de 18 ans", "venu de Brest pour ses études à Sciences Po". "Il est décédé des suites de ses blessures, dans la nuit, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière", indique le communiqué.

Selon BFMTV, Clément Méric était également membre de Solidaires, un syndicat étudiant.

Regardez le portrait du jeune homme dressé par la chaîne :

Plusieurs personnes ont été interpellées dans le cadre de l'enquête sur le mort de Clément Méric, jeune militant d'extrême-gauche en mort cérébrale à l'hôpital après une agression en pleine rue mercredi 5 juin.

Parmi les interpellés, l'auteur "probable" du coup mortel, a annoncé Manuel Valls à l'AFP. Six personnes ont été interpellées au total, a ajouté une source policière.

Selon la source policière, les enquêteurs ont "rapidement disposé" de signalements précis et de photos des agresseurs présumés, qui "graviteraient pour certains" autour du "noyau dur" des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), ce qui "reste à affiner dans le temps de la garde à vue" et à "vérifier", a précisé la source.

Les policiers disposaient également de témoignages directs, qui ont été "utiles à l'enquête", a dit la source policière.

Serge Ayoub, le leader des JNR, groupe skin mis en cause dès mercredi soir par le Parti de Gauche dans la bagarre qui a laissé Clément Méric dans un état de mort cérébrale, a démenti jeudi toute implication de son groupe.

Manuel Valls a salué "le travail des enquêteurs du premier district de police judiciaire (de la préfecture de police de Paris), de la BRI (ndlr: brigade de recherche et d'intervention, l'antigang) et de la direction des renseignements de la préfecture de police sous l'autorité du procureur de la République".

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