POLITIQUE

La crise des dépenses se poursuit à Ottawa

05/06/2013 03:47 EDT | Actualisé 04/08/2013 05:12 EDT
Agence QMI

Un autre épisode dans le feuilleton du scandale des dépenses sénatoriales s'est joué mercredi sur la colline du Parlement, à Ottawa. Alors que le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, s'engage à plus de transparence, le sénateur conservateur Jean-Guy Dagenais a exprimé en matinée son ras-le-bol devant une crise qui n'en finit plus.

« Des sénateurs honnêtes qui respectent les règles, on s'entend qu'il y en a quand même 100 [dont] la photo n'est pas dans les journaux. On commence à en avoir ras-le-ponpon », a pesté le sénateur Dagenais.

Cette exaspération fait suite à une motion déposée par son propre parti lundi, qui demande une enquête du vérificateur général du Canada sur les dépenses du Sénat.

Le sénateur se dit « tanné » des mesures de contrôle récemment ajoutées au Sénat. Même si peu de ses collègues de la Chambre haute ont osé s'exprimer comme il l'a fait, M. Dagenais affirme qu'ils sont plusieurs à penser comme lui.

« Le Sénat est capable de s'autogérer », a-t-il affirmé.

Ils étaient nombreux pourtant à prédire que la motion conservatrice serait adoptée mercredi après-midi par tous les sénateurs, presque sans débat. Malgré ses protestations, M. Dagenais avait déclaré qu'il voterait en faveur.

Mais voilà que la question de la légitimité de la motion conservatrice est remise en cause. Son approbation repose maintenant entre les mains du Bureau du vérificateur général, qui devra déterminer si cette procédure de contrôle de la Chambre haute peut faire partie de son mandat.

La session du Sénat a donc été ajournée jusqu'à jeudi.

Ce délai pourrait laisser du temps à une autre idée de faire son chemin : ils sont maintenant plus d'un à réclamer que cette mesure de contrôle s'étende à la Chambre des communes.

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, un autre conservateur, suggère que la motion soit amendée pour inclure la Chambre basse dans le mandat du vérificateur général.

Éthique et transparence

Pendant ce temps, la course à la transparence des partis politiques à Ottawa s'est poursuivie au même rythme que les jours précédents.

Pendant la période de questions, le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, a encore tenté de faire avouer au premier ministre conservateur Stephen Harper qu'il était au courant du chèque de 90 000 $ signé par son chef de cabinet, Nigel Wright, au sénateur Mike Duffy pour rembourser ses dépenses.

Quant au chef du PLC, Justin Trudeau, c'est avec un rapport trimestriel sur les dépenses des parlementaires et sénateurs libéraux qu'il compte rétablir la confiance que les Canadiens ont perdue, selon lui, envers leurs élus et leurs institutions démocratiques.

Prenant note du « désenchantement » et surtout du « cynisme » dont fait preuve la population depuis le scandale des dépenses injustifiées de certains sénateurs, M. Trudeau s'est engagé à proposer quatre mesures d'ici l'automne :

  • Que tous les députés et sénateurs ainsi que leur personnel déclarent leurs dépenses de déplacement et de représentation;
  • Que les réunions du Bureau de la régie interne de la Chambre des communes ne soient plus tenues à huis clos;
  • Qu'un partenariat soit engagé avec le vérificateur général afin qu'il puisse examiner les dépenses des parlementaires;
  • Qu'un rapport précis sur les dépenses des élus et sénateurs libéraux soit publié en ligne.

Sur cette dernière proposition, M. Trudeau a précisé : « Ce sera un tableau que les journalistes et citoyens pourront fouiller. Ce sera un rapport commun, trimestriel et détaillé. »

Le Sénat : réforme ou abolition?

Quelques dizaines de manifestants se sont réunis derrière le chef du PLC pendant son discours. Les affiches visaient à critiquer la position du parti de M. Trudeau sur l'avenir du Sénat. On pouvait notamment y lire : « Justin aime le Sénat », « Le Sénat aime Justin », « Justin pas à la hauteur ».

Le chef du PLC en a profité pour se défendre encore une fois d'adopter le statu quo vis-à-vis du Sénat, comme l'accuse notamment le NPD. « Personne, y compris moi, ne peut être d'accord avec le statu quo », a répété M. Trudeau.

« J'ai déjà dit que nous devons revoir et établir une nouvelle façon pour choisir les sénateurs », a fait valoir M. Trudeau, sans préciser quelle forme pourrait prendre un nouveau mode de sélection des sénateurs.

Les députés de la Chambre des communes votent mercredi soir sur une motion déposée par le NPD visant à abolir le financement du Sénat dès le 1er juillet.

Le PC et le PLQ devraient rejeter la motion néo-démocrate, car les deux partis préfèrent une réforme du Sénat à son abolition.