DIVERTISSEMENT

C'était Bourgault, à la Première Chaîne : portrait sans complaisance d'un libre penseur

03/06/2013 01:18 EDT | Actualisé 04/06/2013 06:25 EDT
courtoisie

Le 16 juin prochain, il y aura déjà 10 ans que Pierre Bourgault nous a quittés. La Première Chaîne de Radio-Canada soulignera l’anniversaire du décès du communicateur, politicien et professeur, en présentant le portrait radiophonique C’était Bourgault, un regard en cinq épisodes sur la vie de cet être à la personnalité complexe, par le biais de témoignages de gens qui l’ont côtoyé de près ou qui ont été influencés par son œuvre.

Car, «il y a eu autant de Bourgault qu’il y a eu de gens qui l’ont connu à diverses périodes de sa vie», comme l’a si bien mentionné Franco Nuovo, lundi matin, lors du dévoilement officiel de la série aux journalistes. Ce dernier, jadis un grand ami du disparu, a mené les entrevues qui donnent corps à cette biographie parlée.

C’est toutefois la jeune réalisatrice Marie-Claude Beaucage qui a eu l’idée de consacrer un tel projet à Pierre Bourgault, elle qui n’a pourtant connu cette figure marquante qu’à la fin de son parcours, lorsqu’il était chroniqueur au Journal de Montréal. Touchée par la modernité de l’homme et ses multiples incarnations professionnelles, la jeune femme a appris à connaître son sujet en effectuant des recherches et à travers les entretiens avec ses proches.

«Les mots qui sont revenus le plus souvent pour le décrire sont passion, liberté, humour, intelligence, aplomb, humilité, séducteur et… chien sale», a-t-elle énuméré avec humour.

Les cinq chapitres de C’était Bourgault s’attardent à une facette précise de l’individu : L’homme de mots, Le militant, L’homme de médias, Le mentor et L’homme.

Récits touchants

C’était Bourgault tend donc le micro à des personnalités comme Jacques Parizeau, Georges-Hébert Germain, Julie Snyder, Patrick Huard, Marie-France Bazzo, Denise Bombardier, Gabriel Nadeau-Dubois et le réalisateur Hugo Latulippe, qui ont tous frayé avec l’un ou l’autre des visages de ce gaillard épris de liberté.

Dans des extraits entendus lundi, Guy A.Lepage, à qui Bourgault a enseigné les communications à l’UQAM, raconte avoir publié une photo embarrassante de son professeur, assortie d’une fausse citation à caractère raciste, alors qu’il était rédacteur en chef du journal étudiant Le Tracteur. Rouge de colère, le maître l’a intimé de passer à son bureau pour lui piquer une colère… et a finalement éclaté de rire et l’a invité à luncher. Le capitaine de Tout le monde en parle relate aussi avoir été profondément ému de voir ce guide inspirant se pointer aux funérailles de sa mère. «Ce jour-là, j’ai compris que j’étais aimé dans mon module, et qu’il était mon plus grand allié», se remémore-t-il, la voix tremblante. Quant à Lysiane Gagnon, chroniqueuse à La Presse, elle était une jeune militante souverainiste lorsque son conjoint d’hier, André D’Allemagne, membre fondateur du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), a converti Pierre Bourgault à l’idéologie indépendantiste.

«Jusqu’à ce qu’il rencontre D’Allemagne, Pierre ne croyait pas aux histoires de séparation, explique-t-elle. Ils ont passé une soirée à discuter ensemble dans l’appartement d’André, rue Gatineau, à Montréal. En sortant, il était convaincu. André D’Allemagne était son mentor.»

Bernard Landry, Louise Latraverse et Marie-Louise Arsenault étaient de leur côté présents lors de la rencontre médiatique. Monsieur Landry a parlé de ce vieux camarade comme d’un «grand citoyen du Québec», d’un «humaniste extraordinaire» et d’un «philosophe», qui pouvait aussi être très drôle. «J’ai été avec lui dans les heures précédant sa mort, a-t-il précisé. Il m’avait alors parlé de son idéal, en me disant qu’être indépendant, c’est voler de ses propres ailes. J’ai fait inscrire cette phrase sur les cartes de membres lorsque j’étais président du Parti québécois... Pour lui, la patrie passait avant le parti, et le parti, avant l’individu.»

Louise Latraverse s’est désolée de constater que la politique a été à la fois la plus grande joie, mais aussi le plus grand chagrin de ce battant, qui a entretenu une relation extrêmement houleuse avec René Lévesque. Elle a évoqué ses larges centres d’intérêts, ses talents de comédien et son respect infini envers les femmes. Enfin, Marie-Louise Arsenault, qui a aussi été l’élève de Pierre Bourgault, perçoit l’ascendance de ce pilier sur la jeune génération de créateurs qui grandit aujourd’hui entre les murs de Radio-Canada.

Pas un hommage

À quelques reprises, Franco Nuovo et Marie-Claude Beaucage ont insisté sur le fait que C’était Bourgault n’a rien d’un hommage et que l’esquisse qu’on y trace du personnage n’est pas du tout lisse ou complaisante, qu’on y met autant en relief ses défauts que ses qualités. Lorsqu’approché pour donner son point de vue, l’ex-ministre Jean Garon a d’abord décliné l’invitation, en admettant avec franchise n’avoir jamais aimé Pierre Bourgault. Jean-Claude Rivest, ancien conseiller de Robert Bourassa, et Denise Bombardier tiennent des propos plutôt durs à son endroit. Marie-Louise Arsenault soulignera que lorsque l’enseignant n’aimait pas un de ses étudiants, celui-ci passait une «session d’enfer».

«Même chez les gens qui l’ont aimé, les opinions divergeaient, a noté Marie-Claude Beaucage. On voulait avoir le plus de témoignages possibles, que ça soit varié. Chaque épisode a sa saveur.»

Un outil complémentaire

En guise de complément au documentaire, un livre numérique abondamment illustré, garni de vignettes historiques audio et vidéo, toutes puisées à même les archives de la société d’État, sera disponible gratuitement sur iPad. Il sera divisé en sept chapitres : L’entrée en scène (1934), Les années RIN (1960), Le sacrifice (1968), L’art de la communication (1976), Les plaisirs (1987), Le libre-penseur (1995) et La mort du rebelle (2003). Marie-Philippe Bouchard, directrice générale Internet et services numériques à Radio-Canada, a comparé l’outil à un livre d’art, qui permettra presque aux curieux de « fréquenter » Pierre Bourgault à différentes époques de son existence. Elle a aussi affirmé que cette première expérience de contenu multiplateforme dans le format e-book ne serait pas la dernière chez le diffuseur public.

C’était Bourgault sera en ondes à la Première Chaîne du lundi 10 au vendredi 14 juin, de 10h à 11h. Pour en savoir plus, et pour feuilleter l’ouvrage numérique, on consulte le www.radio-canada.ca/bourgault.