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Nomination suspendue: Jean-Yves Duthel poursuit Investissement Québec

03/06/2013 05:43 EDT | Actualisé 03/08/2013 05:12 EDT
Radio-Canada

Parce que sa nomination en Allemagne a été « reportée » par Investissement Québec, Jean-Yves Duthel veut poursuivre l'organisation. « La décision ne respecte ni la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, ni la Charte des droits et libertés canadienne, ni les lois du travail. Je n'ai pas le choix que d'aller en cour », affirme M. Duthel.

Un texte de Davide Gentile

En avril, La Presse révélait que ce péquiste avait été nommé à un poste de représentant dans la ville de Munich. L'affaire avait suscité beaucoup de critiques des deux oppositions.

Comme dans le cas de l'ex-chef du Parti québécois André Boisclair, devenu délégué général du Québec à New York, l'opposition voyait là une autre nomination partisane.

Parce que Jean-Yves Duthel fait l'objet d'un constat d'infraction du Directeur général des élections (DGE), Investissement Québec a « reporté » la nomination.

Nomination partisane pour les partis d'opposition

La Coalition avenir Québec et le Parti libéral avaient souligné que Jean-Yves Duthel a oeuvré au sein de cabinets péquistes, entre autres aux côtés de Bernard Landry.

Il a aussi travaillé aux communications à la Société générale de financement (SGF) sous Claude Blanchet, le conjoint de la première ministre Pauline Marois.

« Je ne sais pas si la ministre Élaine Zakaïb [ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique du Québec] connaît Jean-Yves Duthel, raillait François Legault le 16 avril. Mais je sais que Mme Marois le connaît très très bien. »

La CAQ affirmait que Jean-Yves Duthel, spécialiste des communications, n'avait pas les compétences pour occuper un travail de démarcheur en économie.

La députée libérale Lise Thériault ajoutait : « La première ministre peut-elle nous dire quels sont les critères d'embauche, outre l'amitié? »

Le Cabinet péquiste avait brièvement défendu les compétences de Jean-Yves Duthel. Le ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur, Jean-François Lisée, l'avait défendu, soulignant que M. Duthel connaît bien l'Allemagne et parle couramment la langue de Goethe. Jean-Yves Duthel a souvent visité les pays germanophones alors qu'il était à la SGF.

Fragilisé par les accusations du DGE

Investissement Québec avait « reporté » la nomination en invoquant un constat d'infraction du DGE à l'endroit de Jean-Yves Duthel.

Les faits reprochés remontent à 2008. Le DGE accuse Jean-Yves Duthel d'avoir pris part à un stratagème de contribution politique illégale. Investissement Québec refuse de permettre à M. Duthel d'occuper son poste tant que les tribunaux n'auront pas statué sur cette affaire, un processus qui prendra plusieurs mois.

Pourtant, Jean-Yves Duthel affirme que tant Investissement Québec que le gouvernement péquiste avaient été informés des démarches du DGE.

On sent bien que Jean-Yves Duthel aurait aimé que le Parti québécois l'appuie jusqu'au bout, lui qui a oeuvré longtemps pour la formation politique. « C'est mieux que je ne dise rien là-dessus. J'ai déjà assez à me battre pour rétablir ma réputation, je n'ai pas de temps à perdre sur des amitiés passées. »

M. Duthel estime être victime d'une vendetta politique des libéraux qui seraient présents à Investissement Québec. « La haute direction d'investissement Québec, est, on le sait, de réputation plutôt libérale. Et comme j'ai une réputation de souverainiste, c'est une bonne occasion pour eux. »

Décision prématurée et illégale

Jean-Yves Duthel intente une poursuite parce qu'il estime la décision prématurée et injustifiée.

Prématurée parce qu'il n'a pas encore été reconnu coupable. Injustifiée parce qu'il s'agit d'une infraction pénale et non criminelle. « Au même titre qu'une contravention au code de la route par exemple », affirme-t-il.

« Je m'évertue à redire que si on dénombrait tous les Québécois qui ont eu une cause pénale, nous serions nombreux à ne pas pouvoir travailler. C'est exagéré et absurde de suspendre mon contrat pour cela. »

Selon lui, même la suspension ou le report de son contrat n'ont aucun sens au plan juridique.

« Le constat que je dois faire, c'est que ma réputation est fortement ébranlée au Québec. À tel point que j'ai perdu plusieurs contrats dans le secteur privé à la suite de cette affaire-là. Et vous me retrouvez aujourd'hui à l'étranger parce que c'est là que j'ai trouvé un contrat en attendant. »

Selon plusieurs indications, il est presque impossible que la cause opposant le DGE à Jean-Yves Duthel soit entendue cette année.

M. Duthel affirme que sa poursuite à l'endroit d'Investissement Québec sera déposée « sous peu ».